Cupitor incredibilium. Tacite, Ann., XV
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tête des projets grandioses, le percement de l'isthme de Gorinthe, un canal de Baïa jusqu'à Ostie, la découverte des sources du Nil*. Un voyage de Grèce était depuis longtemps son rêve, non par le désir sérieux qu'il eût de voir les chefs-d'œuvre d'un art incomparable, mais par la grotesque ambition qu'il avait de se présenter aux concours fondés dans les différentes villes et d'y remporter le prix. Ces concours étaient, à la lettre, innombrables : la fondation de pareils jeux avait été une des formes de la libéralité grecque : tout citoyen un peu riche trouvait là, comme cela se voit dans la fondation de nos prix académiques, une manière sûre de transmettre son nom à l'avenir ^ Les nobles exercices qui contribuèrent si puissamment à la force et à la beauté de l'ancienne race, et furent l'école de l'art grec, étaient devenus, comme devinrent plus tard les tournois du moyen âge, la pâture de gens de métier, qui faisaien profession de courir les agones, et d'y gagner des cou ronnes. Au lieu de bons et beaux citoyens, on n'y voyait figurer que d'odieux bellâtres inutiles, ou des
h. Les centurions qu'il envoya paraissent avoir remonté jusqu'aux grands lacs. Sénèque, Quœsl. nat., VI, 8.
2. Voir Tinscriplion de Larisse, Acad, des inscr,, séance du 1 "juillet 4870. Voir aussi Rev. arch., juillet-août 1872, p. 109 et suiv.
é06 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 66]
geyis qui s'en créaient une spécialité lucrative. Ces prix, dont les vainqueurs faisaient montre comme d'espèces de décorations, empêchaient de dormir le césar vaniteux ; il se voyait déjà rentrant à Rome en triomphe avec le titre extrêmement rare de penodomce ou vainqueur dans le cycle complet des jeux solennels ^
Sa manie de chanteur arrivait au comble de là folie ^ Une des raisons de la mort de Thraséa fut qu'il ne sacrifiait pas à la « voix céleste » de l'empereur \ Devant le roi des Parthes, son hôte, il ne voulut se faire valoir que par son talent h la course des chars*. On montait des drames lyriques où il avait le principal rôle, et où les dieux, les déesses, les héros, les héroïnes étaient masqués et drapés à son image et à l'image de la femme qu'il aimait. Il jouait ainsi Œdipe, ïhyeste. Hercule, Alcméon, Oreste, Ganacé; on le voyait sur la scène enchaîné (de chaînes d'or), guidé comme un aveugle, imitant \m fou, faisant le personnage d'une femme qui accouche. Un de ses derniers projets fut de paraître au
\. Voir Comptes rendus de VAcad. des inscr., 1872, P*^l et suiv. Cf. Dion Cassius, LXIII, 8, 20, 21 .
2. Suétone, Néron, 6, 7, 20, 22, 40, 41, 42, 44, 47 ; Dion Cas- j si us, LXIII, 26, 27; Eusèbe, Chron., à l'année 64; Carmina \ sibyll, V, UO-141. M