CRITIQUE DES PRINCIPAUX DOCUMENTS ORIGINAUX EMPLOYÉS DANS CE LIVRE
Après les trois ou quatre ans de la vie publique de Jésus, la période que le présent volume embrasse fut la plus extraordinaire de tout le développement du christianisme. On y verra, par un jeu étrange de ce grand artiste inconscient qui semble présider aux caprices apparents de l'histoire, Jésus et Néron, le Christ et l'Antéchrist opposés, affrontés, si j*ose le dire, comme le ciel et l'enfer. La conscience chrétienne est complète. Jusqu'ici elle n'a guère su qu'aimer; les persécutions des juifs, quoique assez rigoureuses, n'ont pu altérer le lien d'affection et de reconnaissance que l'Eglise naissante garde dans son cœur pour sa mère la Synagogue, dont elle est à
lî L'ANTECHRIST,
peine séparée. Maintenant, le chrétien a de quoi haïr. En face de Jésus, se dresse un monstre qui est ridéal du mal, de même que Jésus est l'idéal du bien. Réservé comme Hénoch, comme Élie, pour jouer un rôle dans la tragédie finale de l'univers, Néron complète la mythologie chrétienne, inspire le premier livre saint du nouveau canon, fonde par an hideux massacre la primauté de l'Église romaine, et prépare la révolution qui fera de Rome une ville sainte, une seconde Jérusalem. En même temps, par une de ces coïncidences mystérieuses qui ne sont point rares aux moments des grandes crises de l'humanité, Jérusalem est détruite, le temple disparaît; le christianisme, débarrassé d'une attache devenue gênante pour lui, s'émancipe de plus en plus, et suit, en dehors du judaïsme vaincu, ses propres destinées.
Les dernières épîtres de saint Paul, l'épître aux Hébreux, les épîlres attribuées à Pierre et à Jacques, l'Apocalypse, sont, parmi les écrits canoniques, les documents principaux de cette histoire. La première épître de Clément Romain, Tacite, Josèphe, nous fourniront aussi des traits précieux. Sur une foule de points, notamment sur la mort des apôtres et les relations de Jean avec l'Asie, notre tableau restera dans le demi-jour ; sur d'autres, nous pourrons con-
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centrer de véritables rayons de lumière. Les faits matériels des origines chrétiennes sont presque tous obscurs ; ce qui est clair, c'est l'enthousiasme ardent, la hardiesse surhumaine, le sublime mépris de la réalité, qui font de ce mouvement le plus puissant effort vers l'idéal dont le souvenir ait été conservé. Dans l'Introduction de notre Saint Paul^ nous avons discuté l'authenticité de toutes les épîtres qu'on attribue au grand apôtre. Les quatre épîtres qui se rapportent à ce volume, les épîtres aux Philippiens, aux Golossiens, à Philémon, aux Ephésiens, sont de celles qui prêtent à certains doutes. Les objections élevées contre l'épître aux Philippiens sont de si peu de valeur, que nous y avons à peine insisté. On a vu et on verra par la suite que l'épître aux Golossiens donne beaucoup plus à réfléchir, et que l'épître aux Ephésiens, quoique très-autorisée, présente une physionomie à part dans l'œuvre de Paul. Nonobstant les graves difTicultés qu'on peut soulever, je tiens l'épître aux Golossiens pour authentique. Les interpolations qu'en ces derniers temps d'habiles critiques ont proposé d'y voir ne sont pas évidentes *. Le système de M. Holtzmann, à cet égard, est digne de son savant auteur ; mais que de dangers dans cette