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V. les Apôtres, p. 235, note

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rêvé le royaume de Dieu furent eux-mêmes tachés de sang. La rive se couvrit de cadavres en putréfaction, l'air fut empesté. Des foules de Juifs s'étaient réfugiés sur des barques ; Vespasien les fit tous tuer ou noyer. Le reste de la population valide fut vendu ; six mille captifs furent envoyés à Néron en Achaïe pour exécuter les travaux les plus difficiles du percemçnt de l'isthme de Corinthe * ; les vieillards furent égorgés. Il n'y eut guère qu'un transfuge : Josèphe, dont la nature avait peu de profondeur et qui du reste s'était toujours douté de l'issue de la guerre, se rendit aux Romains, et fut bientôt dans les bonnes grâces de Vespasien et de Titus. Toutes ses habiletés d'écrivain n'ont pas réussi à laver une telle conduite d'un certain vernis de lâcheté ^

Le cœur de l'année 67 fut employé à cette guerre d'extermination. La Galilée ne s'en releva jamais; les chrétiens qui s'y trouvaient se réfugièrent sans doute au delà du lac ; désormais il ne sera plus question du pays de Jésus dans l'histoire du christianisme.

4. Jos., B. J., m, X, iO; Lucien ou plutôt Philostrate, Nero $eu de isthmo perfodiendo, 3. Notez la préoccupation de ce percement chez les Sibyllins, V, 32, 138, 217; VIII, 455; XU, 84. Cf. Philostrate, ApolL, V, 19.

t. Vita, 38, 39 (explication bien peu admissible des défiances qu'il inspire aux hommes les plus autorisés de Jérusalem). Juste de Tibériade était très-défavorable à Josèphe {Vita, 65).

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Gischala, qui tint la dernière, tomba en novembre ou décembre. Jean de Gischala, qui l'avait défendue avec fureur, se sauva et put gagner la Judée. Vespasien et Titus prirent leurs quartiers d'hiver h. Césarée, se préparant à faire l'année suivante le siège de Jérusalem \

La grande faiblesse des gouvernements provisoires organisés pour une défense nationale, c'est de ne pouvoir supporter de défaite. Sans cesse minés par les partis avancés, ils tombent le jour où ils ne donnent pas à la foule superficielle ce pour quoi ils ont été proclamés : la victoire. Jean de Gischala et les fugitifs de GaHlée, arrivant chaque jour à Jérusalem, la rage dans l'âme, élevaient encore le diapason de fureur où vivait le parti révolutionnaire. Leur respiration était chaude et haletante : « Nous ne sommes pas vaincus, disaient-ils ; mais nous cherchons des postes meilleurs; pourquoi s'user dans Gischala et des bicoques, quand nous avons la ville mère à défendre? » — « J'ai vu, disait Jean de Gischala, les machines des Romains voler en éclats contre les murs des villages de Galilée; à moins qu'ils n'aient des ailes, ils ne franchiront pas les remparts de Jérusalem. » Toute la jeunesse était pour

\. Jos., B. J.^ III-IV, ii; Vita, 65, 74-75 (en faisant trèslarge la part de la vanité de Josèphe); Tacite, Hist,, V, 10.

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la guerre à outrance. Des troupes de volontaires tournent facilement au pillage ; des bandes de fanatiques, soit religieux, soit politiques, ressemblent toujours h des brigands *. Il faut vivre, et des corps francs ne peuvent guère vivre sans vexer la population. Voilà pourquoi brigand et héros, en temps de crise nationale, sont presque synonymes. Un parti de la guerre est toujours tyrannique; la modération n'a jamais sauvé une patrie; car le premier principe de la modération est de céder aux circonstances, et l'héroïsme consiste d'ordinaire à ne pas écouter la raison. Josèphe, l'homme d'ordre par excellence, est probablement dans le vrai quand il nous présente la réso^

4. 11 est remarquable que Barabbas, présenté par l'Évangile de Marc, XV, 7, comme un sicaire politique ou religieux, est qualifié Xykjttîç dans Jean, xviii, 4. Se rappeler les Vendéens, les « brigands de la Loire », et jusqu'à un certain point les volontaires d& la révolution française, en observant que Josèphe, par lequel nous savons toute cette histoire, est une espèce de Dumouriez. Sa partialité contre ses adversaires politiques éclate sans cesse. Si on voulait le croire, les boute-feu n'eussent été qu'une poignée de misérables, ne répondant à aucun sentiment national. Tacite et Dion Cassius présentent tout autrement les choses. Selon eux, c'est bien la nation qui fut fanatisée. Il est clair que Josèphe veut atténuer aux yeux des Romains la faute que ses compatriotes ont commise, et croit les excuser en diminuant le courage et le patriotisme qu'ils montrèrent. Il faut se rappeler, en outre, que l'histoire de la guerre des Juifs subit la censure de Titus, et reçut le visa d'Agrippa II. Josèphe, du moins, le prétend {Vita, 65).

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lution de ne pas reculer comme ayant été le fait d'un petit nombre d'énergumènes, entraînant de force après eux des bourgeois tranquilles, qui n'eussent pas mieux demandé que de se soumettre. Il en est le plus souvent ainsi; on n'obtient de grands sacrifices d'une nation sans dynastie * qu'en la terrorisant. La masse est par essence timide; mais le timide ne compte pas en temps de révolution. Les exaltés sont toujours en petit nombre, mais ils s'imposent en coupant les voies à la conciliation*. La loi de pareilles situations est que le pouvoir tombe nécessairement aux mains des plus ardents et que les politiques y sont fatalement impuissants.

Devant cette fièvre intense, grandissant chaque jour, la position du parti modéré^ n'était plus tenable. Les bandes de pillards, après avoir ravagé la campagne, se repliaient sur Jérusalem ; ceux qui fuyaient les armes romaines venaient à leur tour s'entasser dans la ville, et l'afi'amaient. Il n'y avait aucune

1 . Une dynastie n'est elle-même au fond qu'un terrorisme permanent et réglé.

2. Voir en particulier ce qui se passa dans Tibériade. Jos., B. J,, III, IX, 7-8; Vita, 65. Le fanatisme musulman est de même, dans la plupart des cas, le fait d'une minorité, qui domine toute une population.

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