Jos., B. J., IV, III
(An 68] L'ANTECHRIST. ÎS3
à la voie toute démocratique du sort*. Le sort, naturellement, donna des résultats absurdes; il tomha sur un rustre, qu'il fallut traîner à Jérusalem et revêtir malgré lui des vêtements sacrés; le pontificat se vit profané par des scènes de carnaval. Tous les gens sérieux, les pharisiens, les sadducéens, les Siméon ben Gamaliel, les Joseph ben Gorion, furent blessés dans ce qu'ils avaient de plus cher.
Tant d'excès décidèrent enfin le parti sadducéen aristocratique à tenter un essai de réaction. Avec beaucoup d'habileté et de courage, Hanan essaya de réunir la bourgeoisie honnête et tout ce qu'il y avait de sensé, pour renverser la monstrueuse alliance du fanatisme et de l'impiété. Les zélotes furent serrés de près et obligés de se renfermer dans le temple, devenu une ambulance de blessés. Pour sauver la révolution, ils eurent recours à un moyen suprême, ce fut d'appeler dans la ville les Tduméens, c'est-àdire des troupes de bandits, habitués à toutes les violences, qui rôdaient autour de Jérusalem. L'entrée des Iduméens fut signalée par un massacre. Tous les membres de la caste sacerdotale qu'on put trouver furent tués. Hanan et Jésus, fils de Gamala, subirent
4. Tosiphtha Ioma,i\ Sifra, sur Lévit.,x\i, 10; Tanhouma-, 48 a.
284 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 68]
d'affreuses insultes; leurs corps furent privés de sépulture, outrage inouï chez les Juifs.
Ainsi périt le fils du principal auteur de la mort de Jésus. Les Beni-Hanan restèrent fidèles jusqu'au bout à leur rôle, et, si j'ose le dire, h leur devoir. Comme la plupart de ceux qui cherchent à faire digue aux extravagances des sectes et du fanatisme, ils furent emportés; mais ils périrent noblement. Le dernier Hanan semble avoir été un homme de grande capacité * ; il lutta près de deux ans contre l'anarchie. C'était un véritable aristocrate, dur parfois % mais grave, pénétré d'un réel sentiment de la chose publique, hautement respecté, libéral en ce sens qu'il voulait le gouvernement de la nation par sa noblesse et non par les factions violentes. Josèphe ne doute pas que, s'il eût vécu, il n'eût réussi à amener entre les Romains et les Juifs une composition honorable, et il regarde le jour de sa mort comme le moment où la ville de Jérusalem et la république des Juifs furent définitivement condamnées. Ce fut au moins la fin du parti sadducéen, parti souvent hautain, égoïste et cruel, mais qui représentait après tout la seule opi-