‹ L'AntechristChapitre 211 sur 397 · Jos., B. J., IV, iii-v · texte numérisé non relu

Jos., B. J., IV, iii-v

t. Jean, xi, 48-50; xvui, 14.

286 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 68}

quand on contempla, jetés nus hors de la ville, livrés aux chiens et aux chacals, ces aristocrates si hautement respectés, qu'on avait vus naguère revêtus de leurs superbes habits pontificaux, présidant à des cérémonies pompeuses, entourés de la vénération des nombreux pèlerins qui du monde entier venaient à Jérusalem. C'était un monde qui disparaissait. Le pontificat démocratique inauguré par les révoltés fut éphémère. Les chrétiens crurent d'abord relever deux ou trois personnages en leur ornant le front du péta- Ion sacerdotal. Tout cela n'eut pas de conséquence. Le sacerdoce, pas plus que le temple, dont il dépen-^ dait, n'était destiné à être la chose capitale du judaïsme. La chose capitale , c'était l'enthousiaste, le prophète, le zélote, l'envoyé de Dieu. Le prophète avait tué la royauté; l'enthousiaste, l'ardent sectaire tua le sacerdoce. Le sacerdoce et la royauté une foi& tués, il reste le fanatique, qui, durant deux ans et demi encore, va lutter contre la fatalité. Quand le fanatique aura été écrasé à son tour, il restera le docteur, le rabbin, l'interprète de la Thora, Le prêtre et le roi ne ressusciteront jamais.

Ni le temple non plus. Ces zélotes, qui, au grand scandale des prêtres amis des Romains, faisaient da lieu saint une forteresse et un hôpital, n'étaient pas aussi loin qu'il semble d'abord du sentiment de Jésus.

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Qu'importent ces pierres? L'esprit est la seule chose qui compte, et celui qui défend l'esprit d'Israël, la révolution, a le droit de souiller les pierres. Depuis le jour où Isaïe avait dit : « Que m'importent vos sacrifices? ils me dégoûtent; c'est la justice du cœur que je veux, » le culte matériel était une routine arriérée, qui devait disparaître.

I L'opposition entre le sacerdoce et la partie de la nation, au fond toute démocrate, qui n'admettait pas d'autre noblesse que la piété et l'observation de la Loi, est sensible dès le temps de Néhémie, qui est -déjà un pharisien ^ Le véritable Aaron, dans la pensée des sages, c'est l'homme de bien\ Les Asmonéens, à la fois prêtres et rois, n'inspirent que de l'aversion aux hommes pieux. Le sadducéisme, chaque jour plus impopulaire et plus rancunier, n'est -sauvé que par la distinction que le peuple fait entre la religion et ses ministres^. Pas de rois, pas de prêtres , tel était au fond l'idéal du pharisien.

i . Néhémie, xiii, 4 et suiv.

2. Anecdote sur Schemaïa et Abtalion : Talmud de Babylone, loma, 71 6.

3. Strabon, XVI, ii, 37, 40. Strabon tenait ses renseignements d'un juif libéral, opposé au sacerdoce et au pouvoir temporel. Sa phrase rend très-bien les deux sentiments contraires qu'éprouvait un juif démocrate envers le temple :... à; rupawsîov pS^eXuTTop.s'vwv...^ «ç Upov ffE{Ji.vovoyrû)v xai aebc{ii.ev(i)v.

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Incapable de former un État à lui seul, le judaïsme devait en arriver au point où nous le voyons depuis dix-huit siècles, c'est-à-dire à vivre en guise de parasite, dans la république d'autrui. Il était également destiné à devenir une religion sans temple et sans prêtre. Le temple rendait le prêtre nécessaire; sa destruction sera une sorte de débarras. Les zélotes •qui, Tan 68, tuèrent les pontifes -et souillèrent le temple pour défendre la cause de Dieu n'étaient donc pas en dehors de la véritable tradition d'Israël.

Mais il était clair que, privé de tout lest conservateur, livré à un équipage frénétique, le vaisseau irait à une effroyable perdition. Après le massacre des sadducéens, la terreur régna dans Jérusalem sans frein ni contre-poids ^ L'oppression était si grande, que personne n'osait ouvertement ni pleurer ni enterrer les morts. La compassion devenait un crime. On porte à douze mille le nombre des suspects de condition distinguée qui périrent par la cruauté des forcenés. Sans doute il faut se défier ici des appréciations de Josèphe. Le récit de cet historien sur la domination des zélotes a quelque chose d'absurde; des impies et des misérables ne se seraient pas fait tuer -comme ceux-ci firent. Autant vaudrait chercher h.

4. Pour l'impression que cette fureur de guerre oivile causa sur les Romains, voir Pline, Hist. nal., XII, xxv (54).

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expliquer la révolution française par la sortie du bagne de quelques milliers de galériens. La pure scélératesse n*a jamais rien fait dans le monde. Le vrai, c'est que les soulèvements populaires, étant l'œuvre d'une conscience obscure et non de la raison, se compromettent par leur propre victoire. Selon la règle de tous les mouvements du même genre, la révolution de Jérusalem n'était occupée qu'à se décapiter elle-même. Les meilleurs patriotes, ceux qui avaient le plus contribué aux succès de l'an 66, Gorion, Niger le Péraïte, furent mis à mort. Toute la classe aisée périt^ On fut surtout frappé de la mort d'un certain Zacharie, fils de Baruch, le plus honnête homme de Jérusalem, et fort aimé de tous les gens de bien. On le traduisit devant un jury révolutionnaire, qui l'acquitta à l'unanimité. Les zélotes le massacrèrent au milieu du temple. Ce Zacharie, fils de Baruch, put être un ami des chrétiens; car on croit remarquer une allusion à lui dans les paroles prophétiques que les évangélistes prêtent à. Jésus sur les terreurs des derniers jours*.

Les événements extraordinaires dont Jérusalem était le théâtre frappaient, en effet, au plus haut degré les chrétiens. Les paisibles disciples de Jésus,

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