Josèphe, B. J., proœm., 2; VI. vi
322 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 68]
La Gaule elle-même, bien que moins pacifiée que le reste, bornait ses velléités révolutionnaires à renverser les mauvais empereurs, à demander la réforme, à souhaiter l'empire libéral. Mais on conçoit que des gens habitués aux royautés éphémères de l'Orient aient regardé comme fini un empire dont la dynastie venait de s'éteindre, et aient cru que les diverses nations subjuguées depuis un ou deux siècles allaient former des États séparés sous les généraux qui en avaient le commandement. Pendant dix-huit mois, en effet, aucun des chefs de légions révoltées ne réussit à primer ses rivaux d'une manière durable. Jamais le monde n'avait été pris d'un tel tremblement : à Rome, le cauchemar à peine dissipé de Néron; à Jérusalem, une nation entière à l'état de délire ; les chrétiens sous le coup de l'affreux massacre de l'an 64. ; la terre elle-même en proie aux convulsions les plus violentes : tout le monde avait le vertige. La planète semblait être ébranlée et nej pouvoir plus vivre. L'horrible degré de méchanceté" où la société païenne était arrivée, les extravagances de Néron, sa Maison Dorée, son art insensé, sesi colosses, ses portraits de plus de cent pieds de haut^ avaient à la lettre rendu le monde fou. Des
4. Pline, XXXIV, vu (8); XXXV, vu (33); Dion Cassius, LXVI, 15.
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fléaux naturels se produisaient de toutes parts * , et tenaient les âmes dans une espèce de terreur.
Quand on lit l'Apocalypse sans en connaître la date et sans en avoir la clef, un tel livre paraît l'œuvre de la fantaisie la plus capricieuse et la plus individuelle; mais, quand on replace l'étrange vision en cet interrègne de Néron à Vespasien, où l'empire traversa la crise la plus grave qu'il ait connue, l'œuvre se trouve dans un merveilleux accord avec l'état des esprits^ ; nous pouvons ajouter avec l'état du globe ; car nous verrons bientôt que l'histoire physique de la terre à la même époque y fournit des éléments. Le monde était affolé de miracles ; jamais on 'ne fut si occupé de présages. Le Dieu Père paraissait avoir voilé sa face ; des larves impures, des monstres sortis d'un limon mystérieux semblaient errer dans l'air. Tous se croyaient à la veille de quelque chose d'inouï. La croyance aux signes du temps et aux prodiges était universelle; à peine quelques cen- ^taines d'hommes instruits en voyaient-ils la vanité \ les charlatans, dépositaires plus ou moins authentiques des vieilles chimères de Babylone, exploitaient