Tacite, IIist.,Y
2. C'est l'objet d'un jeûne le 17 du dixième mois jtammuz). Voir Mischna, Taanilh, iv, 6.
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contre le temple \ La lutte fut des plus acharnées. Le 28, les Romains étaient maîtres de toute la galerie du nord, depuis la forteresse Antonia jusqu'au val de Cédron. L'attaque commença alors contre le temple lui-même. Le 2 août, les plus puissantes machines se mirent à battre les murs, admirablement construits, des exèdres qui entouraient les cours intérieures; l'effet en fut à peine sensible; mais, le 8 août, les Romains réussirent à mettre le feu auxportes. La stupeur des Juifs fut alors inexprimable; ils n'avaient jamais cru que cela fût possible; à la vue des flammes qui pétillaient , ils versèrent sur les Romains un flot de malédictions.
Le 9 août, Titus donna ordre qu'on éteignît le feu et tint un conseil de guerre où assistaient Tibère Alexandre, Géréalis et ses principaux officiers ^ 11 s'agissait de savoir si l'on brûlerait le temple. Plusieurs étaient d'avis que, tant que Tédifice subsisterait, les Juifs ne demeureraient point en repos. Quant à Titus, il est difficile de savoir comment il opina ; car nous avons sur ce point deux récits opposés. Selon Josèphe, Titus fut d'avis de sauver un ouvrage
4. Pour la topographie, voir Vogiié, Le temple de Jér.^ p. GO- BI; pi. XV, XVI.
2. Voir Léon Renier, dans les Mém. de VAcad, des inscr,, t. XXVI, 4" partie, p. 269 et suiv.
si admirable, dont la conservation ferait honneur à son règne et prouverait la modération des Romains. Selon Tacite S Titus aurait insisté sur la nécessité de détruire un édifice auquel se rattachaient deux superstitions également funestes, celle des juifs et celle des chrétiens. « Ces deux superstitions, auraitil ajouté, bien que contraires l'une à l'autre, ont la même source; les chrétiens viennent des juifs; la racine arrachée, le rejeton périra vite. »
Il est difficile de se décider entre deux versions aussi absolument inconciliables; car, si l'opinion prêtée à Titus par Josèphe peut très-bien être regardée comme une invention de cet historien, jaloux de montrer la sympathie de son patron pour le judaïsme, de le laver aux yeux des juifs du méfait d'avoir détruit le temple, et de satisfaire l'ardent désir qu'avait Titus de passer pour un homme très-mo-
\, M. Bernays [Ueber die Chronik des Sulpicius Severus, Berlin, 4 861, p. 48 et suiv.) a démontré que le passage de Sulpice-Sévère, II, xxx, 6-7, est tiré presque mot à mot de la partie perdue des Histoires de Tacite. Tacite aurait lui- môme puisé ses renseignements dans le livre qu'Antonius Julianus. l'un des officiers du conseil de guerre, composa sous le litre De Judœîs (Minucius Félix, Octav., 33;Tillemont, Hist. des emp.,l^ p. 588). Orose, comme Sulpice-Sévère, eut entre les mains le texte complet des Histoires; mais il reste dans le vague : diu deliberavit... l\ finit cependant par attribuer l'incendie à Titus : incendit ac diruit (VII, 9).
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déréS on ne saurait nier que le bref discours mis par Tacite dans la bouche du capitaine victorieux ne soit, non-seulement pour le style, mais pour l'ordre des idées, un reflet exact des sentiments de Tacite luimême. On a le droit de supposer que l'historien latin, plein contre les juifs et les chrétiens de ce mépris, de cette mauvaise humeur qui caractérise l'époque de Trajan et des Antonins, a fait parler Titus comme un aristocrate romain de son temps, tandis qu'en réalité le bourgeois Titus eut pour les superstitions orientales plus de complaisance que n'en avait la haute noblesse qui succéda aux Flavius*. Vivant depuis trois ans avec des Juifs, qui lui avaient vanté leur temple comme la merveille du monde, gagné par les caresses de Josèphe% d' A grippa, et plus encore de Bérénice, il put très -bien désirer la conservation d'un sanctuaire dont plusieurs de ses familiers lui présentaient le culte comme tout pacifique. Il est
1 . Se rappeler que V Histoire de la guérite des Juifs fut (Josèphe du moins nous l'assure) soumise à la censure de Titus, à Tapprobation d'Agrippa, qu'elle fut en un mot rédigée dans le sens qui pouvait le plus flatter l'amour- propre de Titus et servir la politique des Flavius. Jos., Vita, 63; Contre Apion,\^ 9.
2. Suétone, Titus, 5 ; Philostrate, ApolL, VI, 29. Voir ci-après, p. 531-532.
3. La fortune de Josèphe vint de la sympathie particulière que Titus avait pour lui. B, J., III, viii, 8 et 9.
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donc possible que, comme le veut Josèphe, des ordres aient été donnés pour que le feu allumé la veille fut éteint, et pour que, dans l'effroyable tumulte que l'on prévoyait, des mesures fussent prises contre l'incendie. Il entrait dans le caractère de Titus, à côté d'une réelle bonté, beaucoup de pose et un peu d'hypocrisie. La vérité est sans doute qu'il n'ordonna pas l'incendie, comme le dit Tacite, qu'il ne l'interdit pas , comme le veut Josèphe , mais qu'il laissa faire, en réservant des apparences pour toutes les thèses qu'il lui conviendrait de laisser soutenir dans les régions diverses de la publicité. Quoi qu'il en soit de ce point, difficile à trancher, un assaut général fut décidé contre l'édifice, déjà privé de ses portes. Pour des militaires exercés, ce qui restait à faire n'était plus qu'un effort sanglant peutêtre, mais dont l'issue n'offrait rien de douteux.
Les Juifs prévinrent l'attaque. Le JO août*, au matin, ils engagèrent un combat furieux, sans succès. Titus se retira dans l'Antonia pour se reposer et se préparer à l'assaut du lendemain. Un détachement fut laissé pour empêcher que Tincendie ne se rallu-
4. Le grand jeûne des juifs pour la destruction du temple se célèbre le 9 du mois de ab, qui répond à peu près au mois d'août. Jos., B. J., VI, iv, 5; Mischna, Taanith, iv, 6 (cf. Dion Cassius,LXVl,7).
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mât. Alors eut lieu, selon Josèphe, l'incident qui amena la ruine du bâtiment sacré. Les Jui^o se jetèrent avec rage sur le détachement qui veillait près du feu; les Romains les repoussent, entrent pêle-mêle dans le temple avec les fuyards. L'irritation des Romains était au comble. Un soldat, « sans que personne le lui commandât, et comme poussé par un mouvement surnaturel, » prit une solive tout en feu, et, s'étant fait soulever par un de ses compagnons, jeta le tison par une fenêtre qui donnait sur les exèdres du côté septentrionale La flamme et la fumée s'élevèrent rapidement. Titus reposait à ce moment sous sa tente. On courut le prévenir. Alors, s'il en faut croire Josèphe, une sorte de lutte se serait établie entre lui et ses soldats. Titus, de la voix et du geste, ordonnait d'éteindre le feu; mais le désordre était tel, qu'on ne le comprenait pas ; ceux qui ne pouvaient douter de ses intentions affectaient de ne pas Tentendre. Au lieu d'arrêter l'incendie , les légionnaires l'attisaient. Entraîné par le flot des envahisseurs, Titus fut porté dans le temple même. Les flammes n'avaient pas atteint l'édifice central. Il vit intact ce sanctuaire dont Agrippa, Josèphe, Bérénice lui avaient parlé tant de fois avec admiration,
1 . Voir le plan et la restauration du temple, par M. de Vogiié. Le temple de Jérus., pi. xv et xvi.
et le trouva supérieur encore à ce qu'on lui en avait dit. Titus redoubla d'efforts, fit évacuer l'intérieur, et donna même ordre à Liberalis, centurion de ses gardes, de frapper ceux qui refuseraient d'obéir. Tout à coup un jet de flammes et de fumée s'élève de la porte du temple. Au moment de l'évacuation tumultuaire, un soldat avait mis le feu à l'intérieur. Les flammes gagnaient de tous les côtés; la position n'était plus tenable; Titus se retira.
Ce récit de Josèphe renferme plus d'une invraisemblance. Il est difficile de croire que les légions romaines se soient montrées aussi indociles envers un chef victorieux. Dion Gassius prétend, au contraire, que Titus eut besoin d'employer la force pour déterminer les soldats à pénétrer dans un lieu entouré de terreurs*, et dont tous les profanateurs passaient pour avoir été frappés de mort. Une seule chose est certaine, c'est que Titus, quelques années après, était bien aise que, dans le monde juif, on racontât la chose comme le fait Josèphe, et qu'on attribuât l'incendie du temple à l'indiscipline de ses soldats, ou plutôt à un mouvement surnaturel de
1. Dion Cassius, LXVI, 6. Gomp. Josèphe lui-même, XI, ii, 3. Josèphe, ayant été témoin des événements, est très-exact dans certains tableaux; mais l'ensemble de son récit est faussé par toutes sortes d'inventions et d'arrière-pensées.
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quelque agent inconscient d'une volonté supérieure*. L'Histoire de la guerre des Juifs fut écrite vers la fin du règne de Vespasien, en 76 au plus tôt, quand déjà Titus aspirait à être les « délices du genre humain » , et voulait passer pour un modèle de douceur et de bonté. Dans les années précédentes, et dans un autre monde que celui des Juifs, il avait sûrement accepté des éloges d'un ordre différent. Parmi les tableaux qu'on promena au triomphe de l'an 71, était l'image « du feu mis aux temples^ », sans qu'assurément on cherchât alors à présenter ce fait autrement que comme glorieux. Vers le même temps, le poète de cour Valerius Flaccus propose à Domitien comme le plus bel emploi de son talent poétique de chanter la guerre de Judée, et de montrer son frère semant partout les torches incendiaires :
Solymo nigrantem pulvere fratrem,
Spargentemque faces et in omni turre furenlem'.
La lutte pendant ce temps était ardente dans les
4. Aatp.ovia) ôpii-Yî nvi xpw|i.6voç (Jos., B. J., VI, IV, 5); Dei nutu (Sulp. Sev., II, 30). Josèphe va jusqu'à présenter les Juifs comme la cause première du malheur. Aapi.6avouffi ^'at «pXci'Ye; sjc twv oîxsîwv Tiôv àpj^Yiv xaî Tm cùtîm (Jos., /. c; cf. VI, II, 9).