B. J., VI, IX, 1. Sans doute on peut soupçonner ici une
528 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 71J
à Dieu, et reconnut qu'il avait été l'objet d'une faveur surnaturelle. Ce qu'il y a de frappant, c'est que Philostrate S cent vingt ans après, admet pleinement cette donnée et y prend l'occasion d'une correspondance apocryphe entre Titus et son Apollonius. A l'en croire, Titus aurait refusé les couronnes qu'on lui offrait, alléguant que ce n'était pas lui qui avait pris Jérusalem, qu'il n'avait fait que prêter son ministère à un dieu irrité. Il n'est guère admissible que Philostrate ait connu le passage de Josèphe. Il puisait à la légende, devenue banale, de la modération de Titus. Titus revint à Rome vers le mois de mai ou de juin 71. Il tenait essentiellement à un triomphe qui surpassât tout ce qu'on avait vu jusque-là. La simplicité, le sérieux, les façons un peu communes de Vespasien n'étaient pas de nature à lui donner du prestige auprès d'une population qui avait été habituée à demander avant tout à ses souverains la prodigalité, le grand air. Titus pensa qu'une entrée
arrière-pensée systématique de Josèphe (voyez ci-dessus, p. 504- 505, note,509et 510-513). Cependant Titus, quelques années après, ayant, di;,-on, approuvé de tels passages (Jos., Vita^ 65), on peut en conclure qu'ils répondaient par quelques côtés à sa nature et à sa pensée Et, si l'on doute de la réalité d'une telle approbation, il reste au moins que Josèphe crut faire sa cour en écrivant ainsi.
\ . Vie d'Apoll., VI, 29.
[An 71] L'ANTECHRIST. 529
solennelle serait d'un excellent effet, et parvint à surmonter à cet égard les répugnances de son vieux père. La cérémonie fut organisée avec toute l'habileté des décorateurs romains de ce temps ; ce qui la distingua fut la recherche de la couleur locale et de la vérité historique ^ On se plut aussi à reproduire les rites simples de la religion romaine^ comme si on eût voulu l'opposer à la religion vaincue. Au début de la cérémonie, Vespasien figura en pontife, la tête plus qu'à demi voilée dans sa toge, et fit les prières solennelles; après lui, Titus pria selon le même rite. Le défilé fut une merveille ; toutes les curiosités, toutes les raretés du monde, les précieux produits de l'art oriental, à côté des œuvres achevées de l'art grécoromain, y figurèrent; il semble qu'au lendemain du plus grand danger que l'empire eût couru, on tînt à faire un pompeux étalage de ses richesses. Des échafaudages roulants, s'élevant à la hauteur de trois et quatre étages, excitaient l'universelle admiration; on y voyait représentés tous les épisodes de la guerre; chaque série de tableaux se terminait par la vive effigie de l'apparition étrange de Bar-Gioras et de la façon dont il fut pris. Le visage pâle et les yeux hagards des captifs étaient dissimulés par les