‹ L'AntechristChapitre 4 sur 397 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

ceux de leurs adversaires envers qui, aune autre époque, ils avaient été le plus durs. Ces hommes, envisagés à notre point de vue, étaient susceptibles, personnels, irritables, mobiles; ce qui fait la fixité des opinions, la science, le rationalisme, leur était étranger. Ils avaient entre eux, comme les juifs de tous les temps, des brouilles violentes, et néanmoins ils faisaient un corps très-solide. Pour les comprendre, il faut se placer bien loin du pédantisme inhérent à toute scolastique; il faut étudier plutôt les petites coteries d'un monde pieux, les congrégations anglaises et américaines, et principalement ce qui s'est passé lors de la fondation de tous les ordres religieux. Sous ce rapport, les facultés de théologie des universités allemandes, qui seules pouvaient fournir la somme de travail nécessaire pour débrouiller le chaos des documents relatifs à ces curieuses origines, sont le lieu du monde où il était le plus difficile qu'on en fît la vraie histoire. Car l'histoire, c'est l'analyse d'une vie qui se développe, d'un germe qui s'épanouit, et la théologie, c'est l'inverse de la vie. Uniquement attentif à ce qui confirme ou infirme ses dogmes, le théologien, même le plus libéral, est toujours, sans y penser, un apologiste; il vise à défendra ou à réfuter. L'historien, lui, ne vise qu'à raconter. Des faits matérielloment faux,

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des documents même apocryphes ont pour lui une valeur, car ils peignent l'âme, et sont souvent plus vrais que la sèche vérité. La plus grande erreur, à ses yeux, est de transformer en fauteurs de thèses abstraites ces bons et naïfs visionnaires dont les rêves ont été la consolation et la joie de tant de siècles.

Ce que nous venons de dire de l'épître aux Golossiens, et surtout de l'épître aux Ephésiens, il faut le dire à plus forte raison de la première épître attribuée à saint Pierre, et des épîtres attribuées à Jacques, à Jude \ La deuxième épître attribuée à Pierre est sûrement apocryphe. On y reconnaît au premier coup d'œil une composition artificielle, un pastiche composé avec des lambeaux d'écrits apostoliques, surtout de l'épître de Jude^ Nous n'insistons pas sur ce point , car nous ne croyons pas que la //^^ Pétri ait^ parmi les vrais critiques, un seul défenseur. Mais la fausseté de la //" Petri^ écrit dont l'objet principal est

\. Sur cette dernière, voir Saint Paul, p. 300 et suiv.

2. Comparez surtout le second chapitre de la //'^ Pétri à l'épître de Jude. Des traits comme //« Pétri, i, 14, 16-18; m, 1, 2, 5-7, 15-16, sont aussi des indices certains de fausseté. Le style n'a aucune ressemblance avec celui de la I*^ Pétri (observation de saint Jérôme, Epist. ad Hedib., c. 11 ; cf. De viris ilL, c. 1). Enfin l'épître n'est pas citée avant le m- siècle. Irénée {Adv. hœr., IV, ix, 2) et Origène (dans Eusèbe, H. E., VI, 25), ne la connaissent pas ou l'excluent. Cf. Eus., H. E., IIF, 25.

INTRODUCTION. Wï

de faire prendre patience aux fidèles que lassaient les longs retards de la réapparition du Christ, prouve en un sens l' authenticité de la /** Pétri, Car, pour être apocryphe, la W Pétri est un écrit assez ancien; or l'auteur de la 11^ Pétri croyait bien que la I"^ Pétri était l'œuvre de Pierre, puisqu'il s'y réfère et présente son écrit comme une « seconde épître » , faisant suite à la première (m, 1-2) \Lb.P Pétri est un des écrits du Nouveau Testament qui sont le plus anciennement et le plus unanimement cités comme authentiques^. Une seule grave objection se tire des emprunts qu'on y remarque aux épîtres de saint Paul et en particulier à l'épître dite aux Éphésiens^ Mais le secrétaire dont Pierre dut se servir pour écrire la lettre, si réellement il l'écrivit, put bien se permettre de tels emprunts. A toutes les époques, les prédicateurs et les publicistes ont été sans scrupules pour

i . Les imitations que l'auteur des épîtres à Timothée et à Tito ferait, dit-on, de la I"- Pétri, en ce qui concerne les devoirs des femmes et des anciens, ne sont pas évidentes. Gomp. cependant I Tim., II, 9 et suiv.; m, fl, à I Pétri, m, 1 et suiv.; I Pétri, V, 1 et suiv., à lit., i, 5 et suiv.

2. Pcipias, dans Eusèbe, H. E., III, 39; Polycarpe, Epist., 1 (cf.! Pétri, i, 8; Eusèbe, H. E.^ IV, 14); Irénée, Adv. hœr., IV, IX, ^, XVI, 5 (cf. Eusèbe, H. E., V, 8); Clément d'Alex., Strom., III, 18; IV, 7; Tertullien, Scorpiace, 12; Origène, dans Eusèbe, H. E., VI, 25; Eusèbe, //. E., III, 23.

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