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CHAPITRE II

LES FONCTIONS DES CRIMINELS, ETC

Résistance a la douleur. — La plus grande anomalie des criminels-nés, qu'on ne rencontre pas aussi exagérée même chez les sauvages, c'est la résistance à la douleur, l'analgésie. C'est ce que j'ai pu démontrer avec mon algomètre électrique, et dont on avait déjà de bien nombreux témoignages avant moi.

Les médecins des prisons savent comment les opérations les plus douloureuses (application du fer rouge, par exemple) sont souvent peu sensibles aux criminels.

Un voleur se laissa amputer la jambe sans pousser un seul cri, et s'amusa ensuite à jouer avec le tronçon. Un assassin renvoyé du bagne de l'île de S... à l'expiration de sa peine, priait le directeur de le garder encore; voyant sa prière repoussée , il se déchira les entrailles avec le manche d'une grande cuillère, puis remonta tran-

Ob LES PKOGHlis DE l'aNÏIIKOI'ULUGII; ClUiMINIi: llk

qiiillement Tescalier et entra dans son lit où il c\pira, peu d'instants après, sans avoir fait entendre un seul gémissement.

L'assassin Descourbes, pour ne pas aller à Cayenne, se fit aux jambes des plaies artificielles, et, celles-ci guéries, se passa, au moyen d'une aiguille, un cheveu à travers la rotule : il en mourut. Mandrin, avant qu'on lui tranchâtia tête, fut tenaillé en huit endroits différents, aux jambes et aux bras, et ne poussa pas un soupir. Pour faire disparaître un signalement dénonciateur, B..., se fit sauter trois dents avec de la poudre; R... s'enleva la peau du visage avec des fragments de verre (Vidocq).

J'ai vu deux meurtriers qui s'étaient mutuellement dénoncés, et qui se haïssaient depuis longtemps, s'élancer l'un sur l'autre, à l'heure de la promenade , et s'étreindre pendant quelques minutes, l'un mordant la lèvre, l'autre arrachant les cheveux de son adversaire; tous les deux se plaignaient ensuite, non des blessures reçues et qui furent suivies de graves accidents, mais de ce qu'on les empêchait de compléter leur vengeance.

Cette analgésie nous explique les moyens atroces choisis si souvent pour les suicides, dans les prisons, et aussi le penchant au suicide, même chez ceux qui n'ont plus à subir que quelques

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jours de pi-ison, ainsi qu'on l'a souvent constate à Mazas. Elle nous explique bien quelques phénomènes étranges du monde crimineK celui surtout que les anciens poètes auraient appelé l'invulnérabilité et que, avec un mot plus modeste et plus médical, je nommerai la disvulnérabilité des criminels.

Le professeur Benedikt a vu dans une prison un brigand de la fameuse troupe de Rozza Sandor, vrai géant par la taille et athlète par la vigueur, qui. ayant pris part à une révolte de prisonniers, fut battu par des gardiens de telle façon qu'il eut plusieurs vertèbres fracturées. Toutes ses blessures guérirent, mais le géant d'auparavant devint une sorte de nain; toutefois il continua à travailler dans la forge de la prison et à se servir du lourd marteau comme dans les jours de sa plus grande vigueur.

Pour ma part, j'en ai vu de plus étranges encore : un voleur eut, dans une escalade, le frontal droit fendu latéralement par un coup de hache; en quinze jours il était guéri sans aucune réaction.

Le crâne du môme brigand de la troupe de Rozza Sandor, dont parle M. Benedikt, a été envoyé à l'Exposition d'anthropologie de Rome parle célèbre professeur Lenhossek de Pesth. Ce crâne

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avait une énorme dépression de l'os pariétal gauche, effet d'une blessure d'arme à feu, qui ne l'avait pas empêché, m'écrivait M. Bosany, de tenir tête, plusieurs jours de suite, aux troupes autrichiennes et russes.

Dans la prison dont je suis le médecin, un meurtrier, qui travaillait comme maçon, grondé pour une faute légère, se jeta du troisième étage, d'une hauteur de 9 mètres, sur le pavé de la cour. — Tous le croyaient mort : on était allé chercher le médecin et même le prêtre, quand tout à coup on le vit se relever en souriant et demander à continuer son ouvrage.

Les individus qui possèdent cette disviilnérabilité se considèrent comme des privilégiés, et ils méprisent les délicats et les sensibles. C'est un plaisir, pour ces gens durs, de tourmenter incessamment les autres qu'ils regardent comme des créatures inférieures.

Voilà une double source de cruauté des criminels, comme le note très bien Benedikt : « Si nous voyons souffrir autrui, nous ressentons nousmême, à l'aide de notre mémoire, de pareilles sensations; nous ressentons, pour ainsi dire, une copie de ces souffrances. De là naît la compassion que noQS comptons parmi les vertus. Plus nous sommes sensibles, plus nous sommes dis-

LES rONCTlONS HES CHtMINEr.S, HTC. 61

posos à la compassion. Lorsqu'il y a une diminution congénitale de sensibilité pour les douleurs et les sentiments désagréables, alors l'aptitiide à la compassion fait presque défaut. »

SÉciiÉTioNs. — M. Ottolenghi ' a fait dans mon laboratoire plusieurs observations sur l'élimination de Tm-éc, des chlorures et des phosphates chez lo criminels-nés, et chez .3 criminels d'occasion assujettis aux mômes conditions aUmentaires.

Voici les moyennes des résultats :

Urée p. 1,000 gr. du i, Criminels nés 0,:i9

poids du corps. ( — d'occasion. 8,53

s Criminels-nés 0,024

Phosphates id. , d'occasion. 0,0195

„, , ., ( Criminels-nés 0,28

Chlorures id. j d'occasion. 0,29

U y a donc chez les criminels-nés une diminution dans l'élimination des urées et un augmentation des phosphates, tandis que l'élimination des chlorures ne varie pas.

11 a obtenu les mômes résultats dans des cas d'épilepsie psychique, tandis que les criminels d'occasion n'offrent aucune anomalie.

(1) Ciornal d.el Academia mêd. di Torinu 1888. Archivin di l'sichialria, 1888, X.

Lo.Munoso.

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M. Rivano, au contraire', trouve chez les épileptiques une plus grande quantité d'urée et moins de phosphates aux jours de paroxysmes, et en outre, dans 33 p. 100, de l'albumine,

29 — de l'acétone,

87 — des peptones, toujours dans les jours d'accès.

Odorat. — M. Ottolenghi a étudié aussi l'odorat chez les criminels.

Il a composé dans ce but un osmomètre contenant douze solutions aqueuses d'essence de girofle qui variaient de 1 p. 50000 à 1 p. 100.

Il a fait ses observations en plusieurs séries, une seule par jour, dans des conditions de ventilation à peu près identiques, et en renouvelant les solutions pour chaque observation, afin d'éviter les erreurs d'évaporation.

Il cherchait d'abord le degré le plus faible auquel commençait la perception de l'odorat.

D'autres fois, il procédait d'une manière différente : il déplaçait les diverses bouteilles, et invitait ensuite le sujet à les replacer dans l'ordre de leur intensité d'odeur.

Il a distingué les erreurs de disposition qui

(1) Archivio di Feniatria, Torino, 1889.

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s'étaient produites, en erreurs graves et légères, selon que, dans l'ordre des solutions, il y avait la distance de plusieurs ou d'un seul degré. Il a examiné 80 criminels (50 hommes, 30 femmes), et 50 personnes normales, (30 hommes, choisis la plupart parmi les gardes de prisons, et 20 femmes honnêtes).

Voici ses résultats :

Tandis que dans les hommes normaux l'odorat moyen variait entre le troisième et le quatrième degré de l'osmomètre, chez les criminels il variait du cinquième au sixième degré; 44 individus en manquaient tout à fait.

Tandis que les hommes honnêtes faisaient en moyenne trois fautes de disposition, les criminels en firent cinq, dont trois graves.

Les femmes normales touchèrent au quatrième degré de l'osmomètre, les femmes criminelles au sixième degré ; chez deux l'odorat manquait totalement.

Tandis que les premières firent en moyenne environ quatre fautes, les criminelles en firent cinq.

Des huit cas d'anosmie constatés chez les criminels, deux étaient en relation avec des altérations nasales; pour les autres, c'était une espèce de cécité olfactive ; ils ressentaient les

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excitations odoriférantes sans pouvoir les spécifier, et moins encore les classifier.

Pour vérifier ce qu'il y avait de vrai dans l'assertion que les criminels contre les mœurs avaient l'odorat très développé, il l'examina chez 30 auteurs de viol et chez 40 prostituées. Il trouva dans 33 p. 100 des premiers la cécité de l'odorat, dans les autres une moyenne correspondant au cinquième degré de l'osmomètre.

Faisant ensuite disposer les diverses solutions selon le degré de leur force, il remarqua trois erreurs graves.

Chez 19 p. 100 de filles soumises, il a trouvé la cécité de l'odorat ; et pour les autres, une acuité moyenne correspondant au cinquième degré de l'osmomètre.

Comparant ces résultats avec ceux déjà obtenus pour les normaux et pour les criminels, l'odorat apparaît beaucoup moins développé dans cette dernière catégorie .

GouT. — M. Ottolenghi a examiné aussi le goût de 100 criminels (60 criminels-nés, 20 criminels d'occasion et 20 femmes criminelles), il

(1) Krafft-Ebing. Psychopatia sexiialis. 1889, 4» éd. Wien.

(2) Archivio di Psickiatria, iS89.

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les a comparés avec 20 hommes de la classe inférieure, 20 professeurs eL étudiants, 20 femmes honnêtes et 40 filles de joie; ses expériences ont

Grande Moindre acuité du goût. acuité du goût.

î î î î î î î î î î î îl

Fig. 3. — A, 60 délinquants-nés. — B, 20 délinquants d'occasion. — C, '20 ouvriers. — D, 50 étudiants. — E, 20 femmes criminelles — F, 20 fernmes normales. — A', 60 délinquantsnés. — R', 20 délinquants d'occasion. — C, 20 ouvriers.

— ])', 50 étudiants. — E', 20 femmes criminelles. F'

20 femmes normales.

été faites avec onze solutions de strychnine (graduées 1/80000 à 1/50000), de saccharine (depuis 1/100000 jusqu'à 1/10000) et dix de chlorure de

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sodium (de 1/SOO à 3/100). Les criminels montrèrent toujours une obtusité remarquable. (Voir fîg.3.)

La moindre acuité gustative a été rencontrée chez 38 p. 100 de criminels-nés, 30 p. 100 de criminels d'occasion, chez 20 p. 100 de femmes criminelles; tandis qu'on a trouvé 14 p. 100 parmi les professeurs et les étudiants, 2S p. -JOO parmi les hommes des classes inférieures, 30 p. 100 pour les filles de joie et enfin 10 p. 100 chez les femmes honnêtes.

Marche. — Une étude que j'ai faite avec Peracchia \ sur la marche, suivant la méthode de Gilles de la Tourette, nous montre que, à l'inverse des gens normaux, le pas gauche des criminels est, généralement, plus long que le droit; en outre ils s'écartent de la ligne d'axe plus à droite qu'à gauche ; leur pied gauche, en se posant à terre, forme avec cette ligne un angle de déviation plus prononcé que l'angle formé par leur pied droit; tous ces caractères se rencontrent très souvent chez les épileptiques.

Écriture. — Les caractères que j'avais décou-

1) Archiviù di Psichiatria, 18S8.

LES FONCTIONS DES CRIMINELS, ETC

verts dans les écritures des criminels, surtout des meurtriers, me furent confirmés par les expériences hypnotiques. Un jeune étudiant suggestionné qu'il était un brigand, nous donna une écriture rude, grossière, avec des t énormes, tandis que son écriture ordinaire était très polie, fine et presque féminine. Le même étudiant, suggestionné peu de temps après de se croire une petite fille, a conservé dans l'écriture enfantine quelque peu de lenergie du brigand.

Gestes. — C'est un usage ancien parmi les criminels de se communiquer leurs pensées par gestes.

Avé-Lallemant décrivit une série de gestes des voleurs allemands, un véritable langage exécuté avec les seuls doigts, comme chez les muets.

Vidocq dit que les floueurs, quand ils guettent leur victime, se font le signal de la Saint-Jean^ qui consiste à porter la main à leur cravate, oîi même à ôter leur chapeau.

Mais c'est surtout Pitré qui a publié des renseignements très importants.

Dans ses Usi e costumi délia Sicilia, il vient de décrire 48 gestes particuliers aux déhnquants.

Cet abus des gestes s'explique par la mobilité

b» LES PROGRÈS DE l'aNTOROPOLOGIE CRIMINELLE

exagérée qu'ont les criminels-nés, tout à fait comme les enfants.

Tatouage. — J'avais cru qu'il n'y aurait à ce propos plus rien à dire après les belles études de MM. Lacassagne, Marro, et après les miennes ^

Cependant les recherches faites par MM. Severi, Lucchini et Bosellisur 4,000 nouveaux criminels, ont donné des résultats d'une haute importance et tout d'abord une proportion octuple de celle des aliénés de la même région (Florence et Lucques). Cette dilTusion énorme vajusqu'à 40 p. 1 00 chez les militaires criminels, à 33 p. 100 chez les mineurs; les femmes ne donneraient que 1,6 p. 100, mais la proportion s'élèverait à 2 p. 100 si on voulait y comprendre certains tatouagesmouches ressemblant aux grains de beauté, qui sont en usage jusque dans la haute prostitution.

Ce qui frappe le plus dans ces recherches, après la fréquence, c'est le caractère spécifique cesdits tatouages : l'obscénité, la vantardise du Ciimo, cL le contraste étrange des passions mauvaises et des sentiments les plus délicats.

M. C..., âgé de vingt-sept ans, condamné cinquante fois aumoinspourrévolte, coups etblessures

(1) Voir NouvcUe revue 1888 elUomo deliquinlc, 4° éd. 1889.

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d'hommes et de chevaux, a pour ainsi dire l'histoire de ses crimes écrite sur sa peau, et à ce propos, notons que tout récemment l'infâme de Rosny, qui s'est suicidée à Lyon, avait le corps couvert de tatouages représentant des figures érotiques; on y lisait la liste de ses amants et les dates auxquelles elle les avait quittés.

F. S..., charretier, âgé de vingt-six ans, récidiviste, porte sur la poitrine un cœur percé par un poignard (signe de vengeance), sur la main droite une chanteuse de café-concert dont il s'était épris. A côté de ces tatouages et d'autres' que les convenances nous empêchent de citer, on voit avec surprise le dessin d'un tombeau avec l'épitaphe : A mon père chéri. Contradii^tions étranges de l'esprit humain!

Un nommé B..., déserteur, a sur la poitrine un saint Georges et la croix de la Légion d'honneur, et sur le bras droit une femme très peu habillée qui boit, avec l'inscription : Mouillons un peu l'intérieur.

Q. A..., journalier, condamné plusieurs fois pour vol, expulsé de France et de Suisse, a sur la poitrine deux gendarmes suisses avec les mots : Vive la République ! Sur le bras droit un

(1) y o\r Allas A&V Homme criminel, 1888, Alcan.

1(1 LES PROGRÈS DE l'anTHROPOLOGIE CRIMINELLE

cœur percé et à côLé la tôle d'un poisson, un maquereau, pour signifier qu'il veut poignarder un souteneur, son rival.

Nous avons vu sur le bras gauche d'un autre voleur, un pot de citronnier avec les initiales V. G. {vengeance); ce qui, dans l'étrange langage des criminels, veut dire : trahison et après, vengeance. Il ne nous cachait pas que sa pensée continuelle était de se venger de la femme qui l'a aimé et depuis abandonné : son désir est dq lui couper le nez ; il refusa même l'offre que lui fit son frère de se charger de l'opération, pour le plaisir de l'exécuter personnellement une fois en liberté.

On voit donc, par ces quelques exemples, qu'il y a parmi les criminels une espèce d'écriture hiéroglyphique, mais qui n'est pas réglée, ni fixée ; elle dérive des événements journahers et de l'argot, comme cela devait être chez les hommes primitifs.

Très souvent, en effet, la clef y signifie le silence du secret entre les voleurs, et la tête de mort la vengeance. Parfois on remplace les figures par des points; ainsi un repris de justice s'est marqué avec 17 points, ce qui veut dire, selon lui, qu'il se propose d'outrager dix-sepl fois son ennemi lorsqu'il lui tombera sous la main,

LES FONCTIONS DES CRIMINELS, ETC

Les tatoués criminels de Naples ont l'habitude de faire de longues inscriptions ; mais les mots sont remplacés par des initiales. Beaucoup de camoiristes de Naples portent un tatouage qui représente une grille derrière laquelle se trouve un prisonnier, et au-dessous les initiales Q. F. Q. P. M., c'est-à-dire Qiiando finiranno queste pene? (Quand finiront ces peines? Jamais!)

D'autres portent l'épigraphe G. G. P. V., etc., c'est-à-dire : Courage, galériens, pour voler et piller nous devons tout mettre à sang et à feu.

On voit donc déjà ici que certains tatouages sont emplpyés par des associations criminelles et qu'ils sont un signal de ralliement.

En Bavière et dans le sud de l'Allemagne, les voleurs à la tire, qui sont réunis en véritables associations, se reconnaissent entre eux par le tatouage épigraphique T. Und L., c'est-à-dire Thaï und Land, mots qu'ils doivent échanger à demi-voix quand ils se rencontrent, sans cela ils se dénoncent eux-mêmes à la police.

Le voleur R..., qui porte sur le bras droit un dessin représentant deux mains entre-croisées et le mot Union, entouré d'une guirlande de fleurs, nous dit que ce tatouage est adopté par beaucoup de malfaiteurs et associés du midi de la France (Draguignan).

LES PROGRÈS 1)K LANTHROI'OLOGUE CRIMINELLE

D'après des révélations qui nous été faites par des camorrktes émérites, cinq points sur la main droite, un lézard ou un serpent, signalent le premier grade dans cette dangereuse association.

Je passe sous silence, et pour cause, la diffusion des tatouages sur toutes les autres parties du corps.

Dans la Revista de antropologia criminal, nouvelle publication qui vient de paraître à Madrid, M. Sallilas a publié une excellente étude sur le tatouage des criminels espagnols. Selon lui, cet usage est fréquent parmi les meurtriers ; la prédominance du caractère religieux s'y observe, mais toujours avec ce cachet de cynisme obscène qu'on remarque chez tous les autres.

J'ai eu l'occasion , récemment , de vérifier jusqu'à quel point est atavistique l'impulsion qui conduit les criminels à s'infliger cette étrange opération.

Un voleur des plus incorrigibles, qui a six frères tatoués comme lui, me priait, quoiqu'il fût à demi couvert des tatouages les plus cyniques, de lui chercher un tatoueur de profession pour achever ce qu'on pouvait bien appeler la tapisserie de sa peau. « Lorsque le tatouage est bien drôle et répandu sur tout le corps, me disait-il, c'est, pour nous autres voleurs, comme l'habit noir de société avec des décorations; plus nous

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