‹ L'anthropologie criminelle et ses récents progrèsChapitre 15 sur 23 · J CO · texte numérisé non relu

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rature excessive, une explosion d’embryons voués pour cela, à une mort certaine.

On peut donc appeler les premières des phéno-

loi LES PROGRÈS DE L’ANTIIROrOLOGTE CRIMINELLE

nomènes physiologiques, les secondes des phénomènes pathologiques ; celles-là ne sont jamais un délit, parce que l’opinion publique les sanctionne et leur donne son appui ; tandis que cellesci sont toujours l'équivalent d’an délit, car elles représentent l’exagération des rébellions ordinaires.

Il y a ensuite les points intermédiaires : ce sont les révolutions provoquées par des causes justes et générales, mais qui sont trop précoces.

Elles finissent cependant par triompher : mais en attendant qu’elles se soient adaptées au milieu, elles peuvent constituer un délit, évidemment temporaire, qu’une époque non éloignée transformera même en héroïsme et en martyre.

Le facteur le plus puissant des révolutions et des révoltes, c’est le climat. — Comme on peut le voir par nos diagrammes, c’est dans les départements des montagnes de France, qu’on observe le plus grand nombre de génies et de républicains, tandis que leur moindre nombre est dans la plaine. (Voir fig. 6 et 7-)

Race. — Déjà M. Le Bon nous avait démontré la grande influence de la race sur les révolutions.

En France, il a reconnu la différence de caractère des brachycéphales et des dolichocéphales : les premiers seraient amoureux des traditions et de l’uniformité, conservateurs en un mot; tandis

que les seconds seraient révolutionnaires. — Mais il a exagéré.

En effet, il y a des peuples dolichocéphales (Egyptiens, Nègres, Australiens, Sardes, etc.), peu révolutionnaires, et des brachycéphales (Auver-

l LIGURA | BELGICA I GALLICA j IBERICA CIMBRICA

Fig. 9. — Échelle représentative des départements (1 à 25).

Ligne de diffusion des principes républicains.

Ligne de diffusion des principes monarchiques.

gnats, Romagnols) qui, au contraire, ne sont pas conservateurs ; et on voit 86 émeutes italiennes (1793-1870) donner ie dessus à la dolichocéphalic (Sicile, Naples, Ligurie, Calabre), quoique la brachycéphalie y fût aussi représentée dans de fortes proportions (33,72 p. 100).

En France, ayant comparé, d’après Reclus, Topinard et Jacoby, une carie des races avec les résultats des élections politiques des années 1877, 1881 et 1885, nous avons pu en conclure qu’en général les départements où prédomine la race ligurienne, et la Belgique, donnent un plus grand contingent de votes aux républicains, ainsi que les départements de race gauloise, lesquels abondent aussi en génies (fig. 6). Quoique en moindre proportion les républicains sont moins nombreux chez les Ibériques et les Celtiques.

La Vendée, par contre, le Morbihan, le Pas-de- Calais, le Nord, les Basses et Hautes-Pyrénées, le Gers, la Dordogne, le Lot, sont réactionnaires et comptent aussi peu d’hommes de génie.

11 y a, pourtant des conditions particulières qui rendent encore plus efficace et plus active l’action ethnique, comme le croisement de plusieurs races. 11 en fut ainsi des Ioniens qui, par leur mélange avec les Asiatiques (Lydiens, Perses), devinrent plus révolutionnaires et plus intelligents que les Doriens ; nous voyons de même, de nos jours, les Japonais, bien plus avancés que les Chinois dans la voie du progrès, à cause sans doute de leur mélange avec les races malaises.

L’inoculation du sang germanique expliquerait la précoce civilisation de la Pologne et peut-être même le fait qu'en Franche-Comté on remarque, les plus grands révolutionnaires dans le domaine des sciences (Nodier, Fourier, Proudhon, Cuvier).

Des effets analogues sont dus aussi aux changements de climat, qu’on pourrait nommer un

croisement climatérique : c'est celui-ci qui éleva en Europe le Sémite à une hauteur de génie qu’il n’a pas en Asie, et qui transforma l’Anglo-

Fig. 10. — Échelle représentative des départements (1 à 28).

Li-gne de diffusion des principes républicains.

Ligne de diffusion des principes monarchiques.

A, de 20 à 40 habitants par kilomètre carré, — B, de 40 à 60 h. par k. ni. q. — C. de 60 à 80 h. par k. m. q. — D, de 80 à 100 h. par k. m. q. E, plus de 100 h. par k. m. q.

Saxon en Américain bien plus libre et plus génial Quant à la France, elle offre d’abord un rapport remarquable entre la race et le génie. On voit celui-ci prédominer là où prévaut la race germa-

ns LES PROGRÈS DE L’ANTII ROPOLOGIE CRIMINELLE

nique (Marne, Meurthe-et-Moselle, Haute-Marne, Aisne, Seine-et-Oise, etc.), tandis qu'il est plus clairsemé dans les départements où prévaut la race ibérique (Basses et Hautes-Pyrénées, Àriège Gers, Landes, etc.) et la race celtique la plus pure (Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Charente, etc.). Mais même ici les contradictions ne manquent pas, car, ainsi que nous l’avons démontré dans Y Homme de Génie , les descendants des Burgnndiones donnent beaucoup de génies dans le Jura et le Doubs et un petit nombre dans la Saône-et-Loire. — Dans la même race, la Haute-Garonne produit dix fois plus de génies que FAriège, deux fois plus que le Gers et cinq fois plus que les Landes.

Dans la Guyenne, la Gironde produit le double du Lot et dans le Languedoc, l’Hérault donne sept fois plus de génies que la Lozère.

Toutefois, en cherchant les gros chiffres, on voit que les races qui donnent le maximum des départements riches en génies, 5 sur 8 (G6p. 100) sont peuplés par la race belge et par la race ligurique.

La race ibérique donne des chiffres insignifiants de même que la race cimbrique, avec laquelle elle n’a pourtant aucune affinité (fig. 10).

Or, en comparant la distribution géographique du génie en France avec les résultats des élections politiques des années susmentionnées, on aperçoit que la génialité va de pair avec la tendance républicaine.

Densité de la population. — On comprend aisé-

CRIMES POLITIQUES. — INFANTICIDES, ETC. t59

ment que là où la population est agglomérée, notamment dans les villes, et Jacoby l’a signalé

le premier, les agitations politiques doivent avoir lieu plus fréquemment, car, dans les grands centres de population, les passions s’aiguisent par

le contact mutuel et l’exemple se propage facilement. 11 faut ajouter l’existence dans les gros centres ouvriers, de l’influence peu pacifique des génies (fig. 11) et en même temps celle très dangereuse des déclassés et des criminels qui, dans les troubles politiques, cherchent à s’élever euxmêmes ou à donner libre cours à leurs instincts pervers.

En outre, dans les centres très peuplés, il faut compter avec la névrosthénie endémique ; ainsi M. Béard a reconnu que la soif de l’or, les journaux excitants, les élections politiques favorisent la neurasthénie parmi presque tous les citoyens de New-York et celle-ci à son tour favorise la révolution (fig. 11).

De l’étude sur les rapports entre la densité de la population et les votes monarchiques en France, il résulte que dans les départements où la population est le plus agglomérée, l’esprit public est plus enclin aux idées républicaines (Bg. i:).

En effet, les Basses-Alpes, les Landes, l’Indre, le Cher et la Lozère, dont la population ne dépasse pas 40 habitants par kilomètre carré, ont donné dans les élections politiques de 1877, 1881 et 1885 des quotités considérables de votes au parti monarchique.

Il en est de même pour les départements de la Vendée, du Nord, des Hautes-Pyrénées, du Gers, du Lot, et de l’Aveyron, avec 60 habitants par kilomètre carré.

Des résultats aussi curieux nous sont offerts

r par l’étude des rapports entre les révolutions et îs génie (fig. 12), qui est un caractère et un effet de l’évolution : on a remarqué que révolution et les révolutions se multiplient de préférence chez les peuples industriels (fig. 12), et chez ceux qui ont plus d’esprit, comme ce fut le cas de Flo-

i 'ig. 12. — Üchcllc représentative des départements Ci à 25).

„ Ligne de diffusion des principes républicains

Ligne de diflusion des principes monarchiques

ronce, de Paris et de Genève, qui en 1500 était appelée la ville des mécontents et qui était sans contredit la ville la plus civilisée de la Suisse.

Il en était de meme, en Athènes, si portée aux révolutions et qui, dans la période florissante de sa civilisation, arriva à compter 56 poètes célèbres, 21 orateurs, 12 historiens et littérateurs.

IG2 LES PROGRÈS DE L’ANTIlROrOLOGIE CRIMINELLE

14 philosophes et savants et 2 législateurs éminents, tels que Dracon et Solon; tandis que Sparte n’ eut que peu ou point de révolutions et très peu de génies célèbres (pas plus de deux, d’après Schoell) ; mais ici l’influence orographique était sans doute aussi enjeu.

C’est aussi la grande production de génies, jointe à une culture très élevée, qui explique à la fois le grand développement de civilisation et l’instabilité politique de la Pologne, qui entraîna plus tard sa ruine, et cela malgré qu’elle eût tous les éléments contraires à la tendance révolutionnaire, étant un pays plat, d’un climat l'roid, de race slave et par conséquent brachycéphale. C’est la meme raison (la moindre densité) qui nous explique le nombre aussi petit des républicains dans les départements agricoles et leur grand nombre dans les départements industriels (fig. 12).

Les femmes prennent une grande part aux grèves (Zola), aux révoltes — bien peu aux révolutions. La statistique donne pour la Commune 27 p. 100 de femmes — tandis que dans la révolution italienne, elles ne dépassaient pas 1,2 p. 100 ; il en est de même pour le génie qui est un cas tout à fait exceptionnel chez la femme — môme dans les arts. Elles prirent cependant une très grande part à la révolution du Christ — comme actuellement à celle des nihilistes — mais c’est que, dans l’une comme dans l’autre, elles amélioraient leur sort et arrivaient à une plus proche égalité de droits. Il faut dire aussi que la femme slave est plus sérieusement instruite que

dans le reste de l’Europe — et que le nombre plus grand des célibataires les contraint à chercher de nouvelles sources d’activité.

La folie et la criminalité se développent dans les départements en raison directe du nombre des suffrages révolutionnaires.

16 i LES PROGRÈS DE L’ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE

La présence d’un fonde génie, Cola de Rienzi, ou d’un grand génie, Marcel, et même d’un homme sans génie mais fourbe et criminel, comme Boulanger, Calilina, Donato Corsi, Sacchelti, etc., suffit pour déterminer de grands troubles politiques. Mais même avec un génie — le Christ par exemple — une vraie révolution ne peut se produire et durer sans une nécessité organique des peuples (1).

Régis, dans sa belle monographie a bien montré que les régicides étaient la conséquence directe et forcée d’un état d’esprit particulier, toujours le même. C’est donc en ce sens que les régicides forment véritablement un groupe naturel. Bien entendu, il ne faut pas confondre les régicides vrais avec les faux régicides chez lesquels l’attentat, plus apparent que réel, a été purement et simplement le fait du hasard, sans connexion avec le fond des idées, délirantes ou non délirantes. Chez ces derniers, l’attentat est parfois un moyen , tandis qu’il est le but chez les premiers.

M. Régis montre d’abord, dans son livre, que les régicides, comme tous les délinquants, sont des héréditaires dégénérés, d’une intelligence au moins mal pondérée, issus de familles morbides et porteurs de stigmates manifestes, tels que malformations du crâne, strabisme, anomalies dé la forme des oreilles, etc. 11 fait, en outre, remarquer que tous les régicides ont été des hommes

(1) Le développement de ces théories sera donné dans le Crime politique, de Lombroso et Lasclii. Paris, 1891-2.

jeunes, et la précocité des accidents, on le sait,

' est une des principales caractéristiques des psychoses chez les dégénérés.

Quant à la forme de cette psychose, c’est un mysticisme héréditaire, un véritable délire qui se traduit par la croyance à une mission à remplir . Ainsi, Poltrot blesse à mort le duc de Guise pour ôter de ce monde un ennemi juré du saint Évangile et gagner le paradis par cet acte ; Balthazcir Gérard tue Guillaume de Nassau pour être un athlète généreux de l’Église romaine et devenir bienheureux et martyr; Ravaillac assassine Henri IV pour l’empêcher de faire la guerre au pape et de transporter le Saint-Siège à Paris ; Damiens égratigne Louis XV de son canif pour l’avertir de remettre toutes choses en place et de rétablir la tranquillité dans ses États ; Henri i Admirai et Charlotte Corday frappent Collot d’Herbois et Marat pour sauver la République ; Louvel assassine le duc de Berry avec l’idée de délivrer successivement la France de tous les Bourbons; Gui te au lue le président Garfield «par suite d’une nécessité politique et par passion divine » ; Auber tin tire sur M. Jules Ferry pour supprimer le mauvais génie de la France, etc.

Il faut aussi remarquer que, chez tous ces fanatiques, l’attentat est l’acte d’un seul, et que c’est commettre une véritable faute de psychologie que de leur chercher des complices. Le crime est conçu, médité et accompli par le régicide comme se conçoit, se médite et s’accomplit un acte d’aliéné.

166 LES PROGRÈS DE l’aNTIHIOPOLOGIE CRIMINELLE

Nous devons enfin signaler un ouvrage de M. Balcstrini qui applique nos idées à une nouvelle théorie pénale sur l’avortement ( DeÏÏaburù et dell infanticide, 1888 ).

Il nous prouve que la pénalité doit dans ce cas être bien amoindrie, car le fœtus, surtout dans les premiers mois, représente pour la société moderne qui n’est plus théologique, bien plus, un animal qu’un être humain; et c’est alors bien plus, qu’on me permette le mot, un bruticide qu’un homicide.

Tarde, Sarraud, Drill ont essayé les premiers les applications juridiques de la science nouvelle, ainsique MM. Ferri et Garofalo qu’on peut bien dire Français aussi par leurs ouvrages. Je dois signaler surtout la Riparazione del danno de M. Garofalo, car elle peut dissiper les craintes dont M. Maxime Du Camp s’est fait l’écho sur les dangers de notre école: il y étudie, en effet, les moyens pour obtenir les dédommagements du crime.

Il propose, que, dans les dégâts contre la propriété, lorsque l'offenseur est solvable, les dédommagements offerts par le coupable avant ou après la condamnation amènent la réduction de la moitié de la peine : la réduction serait d’un quart dans les délits contre les personnes. Lorsque le dédommagement serait obtenu par l’of-

fensé, par exécution forcée, le condamné n’en récolterait aucun bénéfice.

Si l’endommagé refusait d’accepter la réparation des dommages-intérêts, ou s’il y renonçait, la somme offerte serait dévolue à une caisse des amendes; il en serait de même si l’endommagé était lui-même responsable pour délit commis ; la caisse pourvoirait dans les cas d’insolvabilité de l’ofTenseur.

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