‹ L'anthropologie criminelleChapitre 52 sur 119 · LONGÉVITÉ, LÉTH ALITÉ, MORBIDITÉ II · texte numérisé non relu

LONGÉVITÉ, LÉTH ALITÉ, MORBIDITÉ II

Ferrus(i) Ta examinée chez 2,1 53 détenus des deux principales maisons centrales de France, Melun et Clairvaux ; il a trouvé :

Constitutions réputées bonnes à l'arrivée. 1455

Constitutions médiocres 471

Constitutions faibles 227

a Ce qui est loin, évidemment, conclut Tauteur, de faire considérer les malfaiteurs en général comme des hommes robustes. » Mais, il est non moins évident d'après ces chiffres, que la majorité des criminels est de bonne constitution, du moins à leur entrée en prison. Après que la captivité eut exercé son influence, Ferrus n'a plus trouvé que :

Sujets ayant conservé leur bonne santé. . . . 908

Sujets qui présentaient une constitution

médiocre 379

Sujets qui présentaient une constitution très

débilitée 806

11 y en avait donc 579 dont la constitution avait subi un très notable appauvrissement.

Longévité, léthalité, morbidité. — Voici encore une question où les divergences et les incertitudes apparaissent en grand nombre.

Nous avons vu que les criminels présentaient en général une constitution plutôt faible et Lombroso nous dira tout à Theure que chez eux, les maladies sont fréquentes.

Et pourtant, ce même Lombroso accorde aux malfaiteurs une vitalité plus puissante que celle des honnêtes gens. Il est conduit à cette affirmation par voie de déduction : peu sensibles à la douleur, moins exposés aux réactions vasculaires, ils doivent donc être plus résistants.

Mais les statistiques, du moins certaines statis-

(1) Op. cit., p. 172.

1,20 LONGÉVITÉ, LÉTHALITÉ, MORBIDITÉ

tiques, établissent que la vie moyenne des prisonniers est inférieure à celle des hommes libres.

Lombroso en convient, mais il a pour écarter cette petite difficulté, d'adorables raisons : « Les causes délétères inhérentes au régime de la prison sont, dit-il, en si grand nombre, qu'il est inutile d'insister pour expliquer ce phénomène (i). »

Pour le cas où cette considération ne convaincrait pas le lecteur, il lui propose une expérience bien simple et bien facile à réaliser. « Rendez, ajoute-t-il, les conditions égales et vous verrez aussitôt la différence changer précisément à l'avantage des criminels. » Ne pas se rendre, après une proposition si magnanime, serait le fait d'un mauvais caractère.

Cherchons pourtant quelques données plus positives sur la question : elles nous seront fournies par Lombroso lui-même et par Corre.

Lombroso cite différents exemples de longévité chez les criminels, rapportés par les auteurs.

J'ai rencontré dans les prisons, écrit Casanova (2), des individus qui étaient parvenus à un degré de vieillesse très avancée : un scélérat qui faisait le double métier d'espion et de vicaire, un certain Beguelo, enfermé à 44 ans, vécut 37 années dans sa prison.

A propos de Gasparone, mort tout récemment à Abbiategrasso, à Tâge de 88 ans, un biographe intelligent disait, il y a déjà bien des années, en 1866 : « Comment a-t-il pu résister si longtemps aux épreuves de l'âge, de ses blessures, de la fatigue et de la prison? Par la force de son caractère et surtout par le calme inaltérable d'un esprit, que nulle émotion ne put jamais toucher (5).»

Settembrini (4) cite un vieillard qui vivait au bagne de

(i) Vhomme criminel, p. 320.

(2) Mémoires, III, 336.

(3) Masi, Mémoires de Gasparone, 1867.

(4) Mémoires^ C, t. Il, p. i25.

LONGÉTITÉ, LÉTH ALITÉ, MORBIDITÉ 121

San-Stefano depuis 32 ans, il en comptait 89. II parle encore d'un Calabrais qui se vantait d'avoir tué 3 5 hommes et qui, condamné pour viol et brigandage en 1802, vivait encore en 1825; d'un vieillard de 81 ans qui, avec son fils âgé de 5 1 ans, avait été condamné pour vol suivi de meurtre sur la personne de l'infortuné Procaccio; enfin, d'un autre de 92 ans, dur et sec, qui avait conservé toutes ses dents, toutes ses facultés mentales, et une grande partie de sa force juvénile.

Cette longévité, chez les grands criminels, peut se prouver, jusqu'à un certain point, par la statistique. Déjà Settembrini, pour la démontrer, avait dressé le petit tableau suivant :

Sur 631 de ses co-détenus, il en comptait en effet :

Âgés de plus de 5o ans 227

Agés de 5o à 40 ans . . 2o3

Au-dessous de 40 ans 201

Ajoutons que le docteur Baer, après avoir constaté qu'en Allemagne la population des bagnes donne une mortalité inférieure à celle des prisons, trouvait à cela deux raisons : d'abord, que les galériens sont plus habitués au régime de la prison (il est en effet notoire que dans les premières années d'incarcération la mortalité atteint un chiffre plus élevé); en second lieu, que, plus le détenu est endurci dans le crime, plus grande est la résistance qu'il oppose à la mortalité (i).

En Italie (2), les bagnes (où sont en plus grand nombre les criminels-nés) donnent aussi une mortalité inférieure, 33 pour 100, à celle des prisons, 51.

Malgré la rigueur des anciens bagnes, dit Corre (3),

(i) C. Baer, Les prisons, établissements el systïme de pénalité au point de vue hygiéniquey trad. Ital. de Roggero, 1872-73.

(2) Raseri. Sulle condi:çioni sanitarie nelle carreri, i($8i.

(3) Les criminels, p. 109.

122 LÉSIONS VISCÉRALES

on s'y accoutumait et un assez grand nombre de forçats y atteignaient un âge avancé. Sur une liste de 252 incurables dont Fâge était noté, 69 avaient de 60 à 70 ans, trois plus de 70; au delà de cet âge, on ne demeurait plus au bagne.

A Brest, d'après le même auteur, dans la période de 1821 à 1825, les condamnés ont, par rapport à l'effectif, I malade sur 28 et un décès sur 29; en des statistiques moins reculées, comprenant les trois bagnes de Brest, Toulon et Rochefort (1843, 1849, 1 853), la proportion des décès, pour 1,000 d'effectif, est de 37.07, 72.17, 29.10, soit une moyenne de 46.1, (41,5, si Ton ne considère que les décès par maladies internes, catégorie administrative dite des fiévreux) pour les trois années : dans la période correspondante, la mortalité moyenne, pour l'ensemble de la population française, est de 23.5 par 1,000 habitants.

Des chiffres obtenus avec une statistique de 1835, nous avons déduit le tableau suivant :

Malades Rapport

prop. Rapport au nombre

à l'efifectif. à reffectif. des malades

Personnel libre... 3544 14.5 41.3

Condamnés 461.2 24.0 52. o

Chez le personnel libre, la durée moyenne du séjour à l'hôpital est de 29 jours, chez les condamnés elle est de 25.

Comme on le voit, si la différence est sensible, dans la résistance morbide, entre les ouvriers libres et les individus condamnés, la morbidité et la mortalité ne sont pas néanmoins aussi grandes, chez ces derniers, qu'on serait tenté de le supposer à priori.

Lésions viscérales. — La fréquence des altérations

LÉSIONS VISCÉRALES 12^

viscérales chez les criminels a été signalée par Flesch.

C'est le cœur qui est le plus souvent atteint. En effet, sur 50 autopsies : 20 pour 100 présentèrent des affections du cœur si graves qu'elles furent la cause directe de la mort, et en calculant les affections accidentelles du péricarde et de l'endocarde, la mortalité fut de 50 pour 100.

Sur 54.5 présentant le trou de Botal ouvert, 3 avaient un rétrécissement des vaisseaux avec épaississement de valvules aortiques.

I présentait une dilatation des grands vaisseaux avec traces de lésions méningitiques ;

39 sur 45 présentaient des anomalies dansTendocarde et dans les valvules; et enfin, 23 sur 27 une arlérite chronique avec dégénérescence athéromateuse, etc. Il est important de fixer l'attention sur les altérations congénitales des vaisseaux et sur les affections du cœur ; car dans toutes ces affections, les criminels sembleraient dépasser ou suivre de bien près les fous.

En comparant les chiffres établis par Hagen, sur ces ésions, chez les fous et les normaux, avec ceux constatés par Flesch chez les criminels, nous trouvons :

Hypertrophie

Atrophie du cœur

Dégénérescence graisseuse.

Insuffisance valvulaire....

Adhérence péricardique...

Aftect. du cœur en général.

Ce qui démontre chez les criminels une curieuse supériorité d'insuffisances valvulaires et d'atrophies cardiaques, et une plus grande analogie avec les fous qu'avec les sains dans l'adipose et dans l'hypertrophie du cœur.

Honnêtes.

Fous

Crinninels

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