‹ L'Anthropologie Philosophique: Considérée Comme Base de la MoraleChapitre 23 sur 37 · NT AT · texte numérisé non relu

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tion ou histoire des relations que l’homme contracte avec son milieu, dans un lieu donné, sous la forme d'une lutte pour l'existence, se divise de la façon suivante : 1° La première phase, où les hommes sont encore en petit nombre, est caractérisée par la lutte de l'homme avec le milieu non humain et organique, surtout dans les régions où des organismes très semblables au sien lui disputent la suprématie; 2° La seconde phase s’observe dans les agglomérations humaines. C’est alors un combat de l'individu contre le milieu humain ou social ; 3° Dans la troisième et dernière phase, les agglomérations diminuent par suite d'émigrations ou d’autres facteurs ; les instincts humanitaires poussent plutôt à la coopération qu'à l'opposition. La caractéristique de cette phase est la lutte contre le milieu inorganique. C'est l’âge des machines ; les forces de la nature inorganique sont mises au service de l'homme. Pour parler comme Spencer, les deux premières phases correspondent à la période militariste, la troisième à la période industrielle!. Les deux premières sont communes à la vie humaine et à la vie animale; la dernière est particulière à l'homme. La souffrance est un trait si essentiel des deux premières phases que Patten propose de les appeler l’âge de l’économie douloureuse (pain economy). La dernière où la proportion des objets utiles s’est fortement accrue serait alors l'âge de l'économie agréable (pleasure economy *). Dans la période industrielle, la lutte pour l'existence est moins une lutte entre nations qu'une lutte des nations civilisées contre le reste de l'univers (monde animé ou

1. Principles of Sociology, vol. I, section 258. 2, Comparer : Giddings, Principles of Sociology, New-York, 1896, pp. 405, 406.

objets inanimés). Les Congrès de la paix qui correspondent à l’accroissement, à l’époque moderne, des relations commerciales et industrielles sont tout à fait significatifs en ce sens. La guerre tend de plus en plus à disparaître, entre nations civilisées, pour faire place à la lutte industrielle. Les armées servent surtout contre les peuples demi-civilisés et barbares, et on peut croire aisément que la force armée sera toujours nécessaire contre eux, si toutefois l'homme veut mettre à son service l'univers entier. Ce que nous avons appelé la lutte pour l'existence ne rentre pas uniquement dans le processus d'évolution. C’est une partie du processus plus général d'adaptation. Cependant il n'est pas très exact de désigner le processus tout entier sous le terme de lutte, si du moins nous voulons simplement indiquer par là l'existence de la douleur. Les activités impliquées dans l'adaptation sont, dans une large mesure, plus agréables que douloureuses. Même la guerre et les combats contre les bêtes féroces peuvent, jusqu'à un certain point, être un plaisir. La douleur à son siège dans les cellules sensorielles, motrices ou idéationnelles. La douleur qui nait de l'adaptation du milieu rentre principalement dans ces deux premières catégories. C’est une douleur sensorielle pour l'être humain d'être exposé aux atteintes des agents externes animés ou inanimés. C'est une douleur des cellules motrices quand les efforts humains sont exagérés, par exemple dans une guerre offensive. L'adaptation de l'homme lui-même peut être aussi une lutte, une lutte interne, et est suivie de douleurs rentrant dans les deux dernières catégories plutôt que d'une douleur sensorielle. D'autre part, il se produit aussi une douleur motrice au cours de l’activité exces-

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