‹ L'antiquaireChapitre 3 sur 35 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Grand et sombre cabinet d'antiques : chevaliers romains , statues , bronzes, tableaux, armures, etc. Portes latérales, grande fenêtre ogive s'ouvrant sur la ville.

La nuit descend.

SGÈXE I.

FIRMIX,

\ aict un [uii vieilli dans le jargon de l'antique, tenant à la main un pluraean à éponsseter.

Allons, docte valot du plu.s docte des maîtres, Firmin, fils des Firmins! Firmin chargé d'ancêtres! Allons, de ton métier prends les nobles pinceaux, Et dessine à grands traits ces gothiques arceaux. Panthéon du passé que le présent complète Avec des héros neufs des pieds jusqu'à la tète. Tableaux, faisceaux, bandeaux, anneaux, houzeaiix, magots. Dépouilles des Chinois, des Romains et des Goths! Du moulin de l'histoire inépuisable source Qui fait toin-ner ton maître, cl qui remplit ta bourse !

(Il passe soleii.'iellenicnt en revue quelques antiques devant lesquels il s'ineline profondément.)

A toi mes premiers soins, momie, ô mou amour!

Dont les charmes camphrés embaument ce séjour !

Toi que l'on fit venir un beau matin d'Afrique

Droit j);ii' h* quai Voltaire... ô Vénus historique!

Le grand Brocandini, sublime brocanteur,

Du monde vieux créé moderne créateur,

D'un coffre vénérable a fait ton sarcophage

Et d'un vieux parchemin la peau de ton visage !

(Devant une paaopjic. )

J'effleure ta grande ombre, armure d'Annibal, Toi par qui les Romains dansèrent plus d'un bal! Pouvais-tu dans ce camp entrer étincelante Avec un casque neuf d'une trempe excellente ? Dans un bain mélangé de sel, d'acide et d'eau, Trois mois tu t'endormis ; puis, sortant du tombeau, Tu vins représenter près de cette quenouille (1) De vingt siècles féconds et la gloire , et la rouille !

( Devant un groupe de fossiles, j

Pourquoi montrer les dents, antédiluviens? Ingrats, que notre siècle a sauvés corps et biens ! Mon maître a réparé les malheurs du déluge Et dans l'arche des temps il vous donne un refuge!

(1) La quenouille de la reine Berthe

(Déclamant. )

A vous l'ombiT , à moi l'or !. . . Dans un docte trépas,

(Finement. )

Antiquités, dormez! Firmin ne s'endort pas... Mais j'aperçois deux yeux pleins de ruse et de flamme. Ah! diable, fermons tout: mon cœur, mes yeux, mon âme !

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