SCENE IV
A\NA ET JULIEN, dans 1 ombre, L'AATIQUAIRE.
L'AXTîQrAIUK , fcnant un flambeau qui jctle de vagues luein-s.
Du sommeil des vivants que la nuit me délivre !... Héros que l'on croit morts, avec vous je viens vivre !. . . J'entends d'ici frémir vos armures d'airain. Chevaliers !. . . saluez votre contemporain !. . . Je vous reconnais tous , car ma vue est profonde ! . . . Un savant n'a pas d'âge; il voit naître le monde !...
( Il passe en revue tout un coté d(! sou cabinet et s'arrête à chaque évocation historique motivée par une armure , un tableau , une statue.)
(Avec une ironie sataniquo. )
Eve!... Quand le serpent, une nuit, te parla
Tu sais bien de quel fruit ?. . . Eve ! Eve , j'étais là !.. .
Fille de Pharaon au bord du Nil surprise,
J'étais dans les roseaux quand tu sauvas Moïse !...
AWA , dans le fond.
Que dit-il?
.ILLIEX . (le même.
Avancez...
ANNA
Non , c'est votre côté. . .
JULIEN
Allez, ne craignez rien... c'est son jour de gaîté. !..,
L'ANTIQUAIRE , d'une voix subitement exaltée.
Antiquaire immortel, j'ai vécu dans l'histoire, Mes yeux ont vu passer et le crime et la gloire. . . Les tribus s'éteignaient et les peuples naissaient;
Les cités , les héros devant moi se dressaient
Rome , dont la splendeur se lève , brille et tombe , J'ai ri sur ton berceau. . . j'ai pleuré sur ta tombe !. . . J'ai vu Brutus tuer ses deux fils sans remord... Près d'un Tarquin vaincu , Brutus , je t'ai vu mort. Lesdieuxdans tous les tempsvengentl'hommepar l'homme, Tarquin i engeait tes fils , et toi tu vengeais Rome ! Et toi Gaule, es-tu là?... Druides à genoux!... Et répondez à Dieu !... quel sang répandez-vous !... Du sang humain! Maudits! France de Charlemagne, Chasse-les!... et reçois les bûchers de l'Espagne! Prêtres, j'étais caché derrière vos aulels. .. Vos mains cherchaient de l'or dans le sang des mortels I Le tocsin!.,, Charles-neuf à son balcon s'amuse!,,,
Grand roi, veux-tu chasser? Voici ton arquebuse!... Coligny ! . . . le tocsin ! . . . Amiral , tu souris ?. , . Ce n'est pas l'océan qui gronde... c'est Paris !... Le forban, c'est ton roi !... Te sauver à la nage !... Tu tombes dans des flots qui n'ont point de rivage !. . .
( Il respire. )
Charles-six!... pauvre fou, sommeille jour et nuit. Pour que la France enfin repose un peu sans bruit... Que de gibets éclaire une aurore vermeille !... Seigneurs, endormez-vous! Louis-onze s'éveille ! ! !
ANNA
On dirait qu'il les voit. . . il vient à nous i. . . J'ai peur ! Sauvons-nous !...
JULIEN
Oui, fuyons. . . c'est son jour de fureur !
L'ANTIQUAIRE se retourne et voit Anna et Julien serrés l'un contre l'autre dans l'ombre , tètes nues et cachés derrière un bas-relief.
Mais que vois-je là-bas près du bloc de Silène ?. .. Ciel ! le beau marbre grec de Paris et d'Hélène ! Est-ce une vision ?. . . Suis-je encore éprouvé ? Dans la chute de Sparte on l'a donc retrouvé? 0 divin Phidias !... On dit ma fille belle; Mais qu'on regarde Héjène et qu'on l'approche d'elle !
De profils vraiment grecs notre race est k sec : C'est allemand ! normand ! flamand ! ce n'est pas grec !
AWA
Mon Dieu, que dira-t-il s'il reconnaît sa lille?
JULIE\
Il n'aime pas les Grecs, qui sont de sa famille !
L'AXTÎQl AIRE . approchant.
Ma fille!... etJulien!...
.ILLIEX.
Monsieur, pardonnez-nous !. . .
ANNA
Nous implorons tous deux notre grâce à genoux !
L'ANTIQUAIRE , à part
Leur grâce ! . . . ils étaient là. . . témoins de mon délire. . .
(Haut,)
Qu'avez-vous entendu?
ANNA, d'une voix line et tendre.
J'ai cru t'entendre dire Que , les Grecs étant morts , tu voulais dès ce jour .\ ta fille vivante accorder ton amour ?, . .
Mes entants, dans mes bras !...
( Ils couvcnl tous deux. Julien fait voler un vase en éclats.)
(Avec égareineiil. )
Traître!
Jl L1E\ |)oussaiit Anna , qui sort en courant.
Plus d'espérance !
Sauvons-nous! J'ai cassé sou vase de Florence!
L'AM'IQUAIRE. Il anèle Julien.
Serait-ce un guet-apens?... Au secours! au secours!
JULIEK.
Monsieur...
i,'a\tiquaire.
l'irniin !... Firniin!.. .