L'antiquaire: comédie en trois actes (1751)
U n'est peut-être pas de passion, lou de manie, si Ton veut, qui fsoit plus entraînante que celle de la curiosité ; aussi ceux qui sont atteints de cette innocente manie méritaient assurément d'avoir leur place sur la scène. Les médecins, les avocats, les peintres, ont fourni le sujet d'un grand nombre de pièces; on peut en dire autant des Anglais,
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des Gascons, des joueurs, des avares, et de bien d'autres encore. La célèbre bibliothèque dramatique de M. de Soleinne contenait des séries très-importantes dans ces différents genres, mais fort peu de chose sur les curieux.
Aujourd'hui les amateurs, au nombre desquels on peut comprendre les bibliophiles, forment une phalange nombreuse et imposante qui va s'augmentant tous les jours ; aussi ai-je pensé qu'il ne serait pas sans intérêt d'essayer une étude sur le rôle qu'ont joué sur la scène nos devanciers^ et même nos contemporains : curieux, antiquaires^ amateurs et collectionneurs.
Il faudrait remonter très-loin si l'on voulait faire l'histoire de la curiosité ; cependant son importance ne date réellement que du dix-septième siècle : les curieux étaient déjà assez nombreux à cette époque pour que plusieurs ouvrages en donnassent la liste; au siècle suivant, leur nombre augmente encore, grâce aux ventes
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avec catalogues imprimés que Gersaint inaugura d'une manière si brillante. Gersaint aimait son négoce, qui n'a, disait-il lui-même, c rien que d'agréable et d'amusanty 9 et il est resté le modèle du genre»
Les amateurs d'antiquités étaient déjà en assez grand nombre à son époque pour obtenir les honneurs de la scène, et pour être tournés en ridicule par Fauteur de la pièce, devenue rare, que je public pour le plaisir des curieux, et non autres.
La comédie de r Antiquaire est bien loin d'être un chef-d'œuvre; on y trouvera cependant des vers assez bien tournés et quelques scènes assez jolies; mais c'est surtout comme peinture d*un côté peu connu des mœurs du temps qu'elle est intéressante pour les amateurs d'aujourd'hui*.
I. La pièce de FAutiquaire, imprimée à Paris en 1751, in- 12, était destinée anx collèges, et on remarquera qu'elle ne renferme aucnn rôle de femme. Elle est attribuée à l'abbé de Laporte dans la France littéraire de Quérard, et dans le Catalogue de la Bibliothèque dramatique deM.deSo-
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PantaxèSy l'antiquaire, et Damoclès, lemarchand danticailles^ rappellent de loin quelques-uns des curieux tournés en ridicule par La Bruyère. Qui ne se souvient de Démocède, qui vous étale et vous montre ses estampes, et de Diognète, qui sait d*une médaille ÏQfrust^ lefeloux^ et la fleur de coin ?
Ici, c'est Valère, le fils de Tantiquaire, qui demande à son père
De quelle utilité sont ces meubles antiques.
Ces vieux morceaux de fer, ces restes de boutiques, Que Ton ne peut toucher sans se gâter les doigts, Tant ils sont pleins de crasse?
Le jeune homme, bien entendu, préfère
leitine. D'après une ancienne note manuscrite d'un exemplaire que je possède, elle serait de Valois d'Orville. Le catalogue de M. de Soleinne donne V Antiquaire comme rare. L'exemplaire de ce célèbre bibliophile contenait des corrections manuscrites de l'auteur. J'ai corrigé dans la réimpression quelques fautes d'impression de peu d'importance; il est cependant certains vers, peu nombreux il est vrai, que j'ai cru devoir conserver avec leurs imperfections.
Il n'existe qu'une édition de Y Antiquaire; cependant les deux exemplaires en ma possession présentent quelques différences provenant de corrections faites pendant le tirage»
dans les pièces de théâtre. tz
la danse et la musique^ mais son père a réponse à tout :
On troute tout cela dans l'Art des anticailles, C'est l'art unirersel que celui des médailles. Tu connais Fadîus, ce médailliste expert.
Qui sait son Goltzius tout comme son pater?
Ce Fadius^ « un homme sçavant, * qui revient un peu plus loin, pourrait bien n'être autre que Caylus, le célèbre antiquaire.
Au second acte on voit sortir Crispin, le valet du jeune homme, ^pour aller s'habiller en valet d'antiquaire. » Quel pouvait bien être le costume d'un valet d'antiquaire? La pièce ne nous l'apprend pas, mais Crispin fait mieux : il revient « dé^ guisé en marchand d' Anticailles y en guêtres et en Perruque à Cadenette^ ayant une Cassette pendue devant lui. » Voilà des détails de mise en scène qui ont bien leur prix.
Mais une scène qui offre un véritable intérêt d'actualité, c'est celle oti le mar-
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chand tire de sa cassette une petite collection de faux autographes : on croirait vraiment voir le trop célèbre Vrain Lucas venant offrir sa marchandise à M. Chasles.
L'ordonnance du médecin de Pyrrhus , Tarrét de FAréopage, la lettre de Pierre de Provence à la belle Maguelonne, n'ont rien, après tout, de plus invraisemblable que les lettres de Cléopâtre à son très-aimé Jules César, de Lazare le ressuscité à saint Pierre, son « très-ami Petrus •, de Thaïes, d'Archimède, ou que le laissez passer de Vercingétorix. Voici, pour commencer,
l'ordonnance
Qu'écrifalt pour Pyrrhus son premier médecin..
Le marchand d'antiquités tire ensuite de sa cassette un vieux parchemin. Qu'est-ce?
demande Pantaxès :
Cest la lettre qu'écrit la belle Maguelonne
A Pierre de Protence, au camp derant Crémone.
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Voici encore un autre document qui n'est pas moins curieux :
.... Cest un acquit d*un roulier Tjrrien, Qui Toituroit le yin d'un marchand Rhodien. . •
Puis c'est le billet qui gagna le gros lot d'une loterie que fit Creuse, femme d'Énée, quand celui-ci quitta sa patrie; et enfin :
.... C'est un arrêt du Sënat de la Grèce Qu'on nomme Aréopage
Et comme la crédulité de Tantiquaire est inépuisable, le faux marchand d anticailles lui vend encore
La lanterne qu'aroit autrefois Diogène,
Lorsqu'il cherchoit un homme en la place d'Athène.
Enfin vient Panneau du roi de Lydie, anneau qui joue un très-grand rôle dans la pièce :
La bague qu'autrefois aToit Gygès au doigt,
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Anneau miraculeux dont la yertu sensible Fait disparoître un homme et le rend invisible.
Je TOUS la laisserai pour dix-huit mille francs.
La comédie qu'on lira plus loin n'est pas la première pièce de théâtre qu'on ait faite sur les curieux, ou, pour mieux dire , contre les curieux. Dans un opéra-comique représenté à Paris le 7 juillet 1742, également sous le titre de rAntiquaire, — pièce médiocre, du reste, et qui n'a pas été imprimée, le principal personnage portait le nom de Médaillon^ « entêté de médailles et d'antiques. » Médaillon refusait d'accorder la main de sa fille à Léandre, et réservait sa préférence à un médailliste comme lui, appelé Le Buste, Parmi les autres personnages figurait, comme dans la comédie , un valet d'antiquaire^ seulement il portait le nom de Stras.
Passons maintenant à une petite pièce intitulée la Boutique du Bijoutier, satire dramatique^ traduite de l'anglais, si l'on
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en croit le titre'. C'est une simple pièce à tiroir, où Tintriguefait absolument défaut ; on voit successivement entrer dans la boutique du bijoutier des acheteurs qui lui demandent différents objets, et le marchand se livre, suivant les divers personnages qui se présentent, à des réflexions plus ou moins satiriques ou philosophiques.
A ce point de vue, cette satire ne contient rien qui mérite d'être reproduit ; je me bornerai à extraire les passages qui offrent quelque intérêt au point de vue de la curiosité :
« La toile levée, on découvre une boutique de bijoutier; le maître est assis derrière son comptoir, regardant ses livres...
Le Bijoutier.
Il me semble que j'ai fait une assez bonne journée ; une montre d'or, trente-cinq guinées. Voyons un peu
I. Choix de petites pièces du théâtre anglais^ traduites des originaux, Londres et Paris, 1756, in- 12.
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à combien elle me rerenoit. {Il parcourt ses registres.) M*y voici : Prêté à Mylady Bassette dix-huit guinées sur sa montre. Fort bien : elle est morte sans la retirer. Un cabaret de vieille porcelaine, cinq livres sterling... Acheté d'un brocanteur , cinq chelins. Bon.. . Une coquille curieuse, pour faire une tabatière, deux guinées... achetée d'un pauvre pêcheur un demi-sol... Si je n'avois fait cette coquille que six sols, personne n'auroit voulu Tacheter. Tant mieux : grâces aux folies et à l'extravagance du genre humain, je crois qu'avec ces joujoux d'enfans et ces misères dorées je me ferai bientôt un joli état sur le pavé de Londres.
Une autre scène, où figure un petit-maître, donne une idée d'un certain genre de curiosités que recherchaient quelques amateurs du dix-huitième siècle :
Le Petit-Maistre.
Faites-moi voir, Monsieur, une de vos plus belles tabatières.
Le BiJOUTiEm.
Monsieur, en voici une de pur or, une très-belle boete en vérité. En voici une autre d'or émaillé, une troisième de vermeil, ciselée à ravir; une quatrième, d'une coquille très-curieuse, montée en or.
Le Petit-Maistre.
Le diable emporte vos coquilles. Il n'y en a pas une
dans les pièces de thédtre, zr
où un homme de ma sorte poisse décemment mettre SCS doigts. J*en Teuz une, moi, qui ait quelque Jolie miniature au rerers du couyercle, quelque chose... là... qui puisse fournir de jolis mots, des saillies ingénieuses, de bonnes obscénités...
Le Buoutur.
Des saillies ingénieuses et des obscénités] Voilà donc. Monsieur, deux termes synonymes?
Le petit^maistre sorti, entre un personnage d*un âge mûr :
GiaoNTi.
On m*a dit, Monsieur, que vous teniez magasin de curiosités. Avez-Tous maintenant dans rotre boutique quelque chose de joli, de rare, de Traiment curieux?
Le BuounER.
Oui, Monsieur, j'en ai un très-grand nombre; mais la plus ancienne curiosité que j*aye dans ma boutique, c'est un petit plat de cuiTre sur lequel est graré le discours qu*Adam fit à notre mère, à leur première entrcTue, et la réponse de la bonne Ere. Les caractères, par laps de tems, sont devenus inintelligibles; mais c'est justement ce qui en fait le prix. Ce qu*il y a de très-remarquable dans ce morceau, c'est que le discours d'Eve est trois fois plus long que celui de son
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mari. J'ai, de plus, une de ces trompettes qui aidèrent à renverser les murs de Jéricho; une boucle du manteau de Samson, enfermée dans un morceau du manteau de Joseph; une... que sais-je, moi? Mille autres antiquités judaïques, que j'ai achetées de ces honnêtes messieurs au prix qu'ils ont voulu. J'ai encore le ton sur lequel Orphée toucha sa lyre pour enchanter le diable et pour ramener sa femme.
Dorante.
On ne l'a pas cru, jMmagine, un ton fort amusant , car, depuis Orphée, personne ne s'est soucié de l'apprendre.
Le Buoutier.
J'ai aussi, dans une petite phiole, quelques unes des larmes que versa Alexandre de colère de n'avoir plus de mal à causer. J'ai une tabatière faite du bois de ce fameux tonneau qu'habitoit Diogène. J'ai le filet presque imperceptible dans lequel Vulcain prit son épouse et son galant ; mais nos femmes d'aujourd'hui sont devenues si prodigieusement chastes qu'il n'y a pas eu une seule occasion d'en faire usage depuis bien des années.
DomANTE, à part, à deux dames.
Avec un peu de malice, on supposeroit aisément qu'au lieu de chastes, il a voulu dire rusées.
Le Bijoutier.
Item. La célèbre flûte de Gracchus, le célèbre orateur
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romain , qui s'en senroit , en touchant une certaine note, pour régler sa voix et pour l'empêcher de t'életer trop haut, lorsqu'il disputoit en public.
Cloé, à Dorante.
Qu'une pareille flûte, si Ton pouvoit l'écouter, seroit utile dans les ca£fés et dans vos autres lieux de querelles et de discussions.
Dorante.
Oui, Madame, et je crois, de plus, que bien des pauvres maris seroient charmés d'en avoir une semblable pour modérer certaines voix dans le sein de leur ménage.
Plus loin Géronte demande au bijoutier :
N'avez-vous pas quelque petite boéte avec un cœur blessé peint sur le dedans du couvercle? Quelque jolie bague avec une devise amoureuse? quelque chose, enfin, qui soit élégant et hors du commun?
Le Bijoutier.
Eh oui ! mon cher Monsieur, j'ai la plus jolie tabatière du monde. Au dedans du couvercle, remarquezvous ? est peint en miniature un homme de soixantedix ans qui joue l'amoureux et qui court comme un
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petit garçon après des jupons et des colifichets pour toucher le cœur d'une jeune fille.
Et là-dessus le bijoutier fait l'éloge de sa profession, car il pense comme Gersaint que le négoce des curiosités « n'a rien que d'agréable et d'amusant... » Puis il continue à se livrer à des réflexions philosophiques sur son métier :
Il me conduit très-souvent à des spéculations plus agréables que je ne puis l'exprimer. Je m'assieds, quand je veux, derrière mon comptoir; je regarde ma boutique et les marchés qu'on y fait comme une représentation en petit de ce qui se passe sur le théâtre du monde. Lorsque je vois entrer un sot qui va me jeter cinquante ou cent guinées pour une misère qui n'a pas pour un écu de valeur réelle, je suis d'abord très-surpris; mais quand je regarde ce monde et que j'y vois des terres, des châteaux, des contrats troqués contre des équipages fastueux» de grands biens contre un titre, une vie aisée, libre, honnête à la campagne, contre un pompeux esclavage à la Cour; quand j'y vois la santé troquée avec fureur contre les maladies, le bonheur contre le hasard du jeu, et tant d'autres folies, mon étonnement cesse. A coup sûr, le monde n'est qu'une grande boutique de bijouterie, et tous ses habitants sont fous de colifichets...
On trouve encore quelques détails inté-
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ressants sur les curieux du siècle dernier dans r Amateur j « comédie en vers et en un acte, par M. Barthe^ de l'Académie des Belles- Lettres de Marseille, représentée pour la première fois par les Comédiens François Ordinaires du Roi , le 3 mars 1764. » Les rôles étaient bien distribués :
celui de Valère , Pamateur , était joué par Mole; Grandval faisait Damon , ami de Valère ; le rôle de Constance, fille de Damon, était rempli par M*^« Doligny, et celui de Pasquin , valet de Valère , par Préville,
Damon destine sa fille à Valère, qui ne Fa pas vue depuis son enfance; il avait fait faire la statue en marbre de sa fille. Or la statue a disparu, et c'est en vain que Constance la cherche partout ; elle la demande à son père, qui lui fait la confidence d'un tour qu'il veut jouer à Valère :
J'avois résolu de le taire, Mais il te faut céder. Eh bien, tu sçauras donc
X Les Curieux
Qu'il aime tous les Arts, qu'il est fou de Peinture, D'Architecture, de Sculpture.
Constance.
Seroit-ce un de ces gens qu'on appelle Amateurs ?
Dahon.
C'est mon intention
Qu'il ne te sache pas même dans la maison.
De ses gens tu n'es point connue,
Mais il te verra sans te yoir.
Je lui fais vendre ta statue Pour une Antique. Eh bien ! sens-tu tout le pouroir. Tout l'effet d'une Antique? Elle aura son suffrage : Elle passe pour Grecque. Heureusement pour nous La mode est pour le Grec : nos meubles, nos bijoux,
Etoffe, coiffure, équipage, Tout est Grec, excepté nos âmes ; et d'ailleurs Ta statue a trompé jusqu'à des Connoisseurs.
Constance.
Cela me réjouit d'avance.
Pour lui je serai donc une Antique? Je pense Qu'il sera bien surpris
Damon.
Je te le dis encor, je veux absolument
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Le corriger d'un ridicule.
C'est un enthousiaste l Ennuyé de Paris, Il brûle d'habiter PItalie, un pays Où tout charme, dit-il, mes yeux et mes oreilles, Où je marche entouré des plus rares merveilles.
Il faut avoir l'honneur de le fixer en France.
Pasquin entre tout ému ; son maître est amoureux fou! Damon veut connaître Tobjet de cette passion subite :
Pasquin.
Monsieur... c'est... une Antique.
Damon.
Une Antique !
Pasquin.
. Oui, Monsieur, la chose étoit comique.
J'en ris encor : cela faisoit tableau.
Par je ne sais quel homme il se laisse conduire Chez l'heureux possesseur de ce rare morceau.
A peine on vient de l'introduire ,
Tout à coup un objet nouveau Le frappe, le saisit (ce n'est qu'une statue).
Toute son ame est dans ses yeux ; Il se tait, il admire, il est rêveur, joyeux, Questionne, interrompt, et pour en juger mieux
Change vingt fois de point de vue.
ni) Les Cwrieua
Oh! ce marchand est un nigaud, Si dans ce moment même elle n'est pas vendue Quatre fois plus qu'elle ne vaut.
Damon.
Elle lui plaît, cette statue.
Pasquin, d^un air important.
Elle me plaît aussi, car elle n*est pas mal ; Je l'estime un original.
Entre Valère, qui ne se tient pas de joie; il fait part à Damon de sa récente acquisition : une statue Grecque, la merveille de la sculpture, une « Antique! » Mais, lui dit Damon, si vous vous trompiez ?
Valère.
Et le coin de l'antiquité !
Oui, quoique des ans respecté, Ce marbre même atteste une vieillesse auguste. Par intérêt pour moi, ne soyez pas injuste ; On ne me trompe point. I^ moderne cizeau
Rend-il ce simple, ce vrai beau, Ce moelleux des contours, ces attitudes fières ?
Damon, ironiquement. Il est vrai, nous vivons dans de malheureux tems.
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Pigal peut-il être un grand homme ?
Rien n'est beau s'il n'a deux mille ans, Et s'il ne Tient ou d'Athène ou de Rome.
Girardon et Puget n'étoient que des enfans.
Damon veut savoir de qui est ce beau marbre et dans que lendroit il a été trouvé :
Valère.
Il est de Praxitèle, ou bien de Phidias.
Dans un Château royal maintenant en oubli
Ce marbre étoit enseveli ; C'est quelqu'un de nos Rois, François premier sans doute, Ce prince aimoit les Arts.
Damon.
Et les femmes aussi.
Dans la scène suivante on voit entrer plusieurs laquais qui portent la statue.
Valère les renvoie pour la contempler tout à son aise et pour la faire admirer au père du modèle, un barbare qui n*aime pas les
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arts ! — « Vous n'avez là qu'une poupée , Monsieur TAntiquaire, reprend Damon,
Mais vous faites la cour,
Je pense, à Céliante ?
Valère.
A cette jeune folle.. .
Un laquais vient à ce moment annoncer la visite de Céliante :
Ce n'est pas moi qu'elle vient voir, C'est mon cabinet
Et Céliante, à qui Valère vient de faire admirer la statue de sa rivale :
Il est excellent, votre ami.
De son Cabinet magnifique
A peine ai-je vu la moitié.
Pour me montrer je ne sais quelle Antique Il m'en a fait sortir. C'est un homme noyé S'il continue. Avec quelle grave importance 11 vous montre en détail ses marbres, ses tableaux!
Il s'arrête avec complaisance
Sur des chiffons qu'il trouve beaux.
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Si vous n*admirez pas les plus petits morcetuz, Il pétille d'impatience.
Damon.
Ce cabinet pourtant lui fait honneur.
CÉLIANTE.
Le Cabinet d'un Amateur!
Où je n'ai pu m* asseoir; pas un meuble commode, Pas un des bijoux à la mode...
Damon,^cependant, ne se tient pas pour battu, et veut justifier ses goûts d'amateur :
Chez moi je goûte un calme pur,
Je vis heureux, je vis obscur,
Loin des froides plaisanteries, Des airs d'un fat titré, des riens, des flatteries ;
Je suis de vingt siècles divers, Et, de mon Cabinet, je parcours l'univers.
Le dénouement de la pièce se devine :
l'amateur ne peut en croire ses yeux lorsqu'il voit paraître Constance; c'est son chef-d'œuvre vivant , sa statue animée.
Damon fait son compliment au nouveau
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Pygmalion et lui donne sa fille, qui le corrigera de sa manie pour les antiquités.
Parmi les pièces de théâtre oti figurent des curieux, il faut encore citer le Connoisseur^ comédie en trois actes et en vers, par un médecin-oculiste, le baron de St*** (Lefebvre de Saint- Ildephont), gendarme de la garde ordinaire du roi^. Je citerai seulement quatre vers de la comédie du Connaisseur :
Pour Monsieur de 1* Exergue, il est sayantissime ; Le titre de moderne à ses yeux est un crime ; Les siècles, suiytnt lui, donnent la qualité, Il yeut dans une fille un air d'antiquité.
Cette pièce est imitée du conte bien connu de Marmontel qui porte le même titre, et dont le sujet avait déjà inspiré deux pièces également intitulées le Connaisseur^ Tune de La Ck>ste de Mézières, en trois actes et en prose a, et l'autre de Marsollier; cette der-