‹ L'antiquaire: comédie en trois actesChapitre 12 sur 36 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PANTAXÈS, VALERE.

PANTAXÊS.

lu t*obstines toujours à me désobéir, pFils ingrat dont jamais je ne pourrai jouir; ^Sans le moindre respect pour les avis d'un père, Toujours tii te feras un jeu de me déplaire !

VALERE

De grâce, épargnés moi ces reproches amers, Mon père, tos avis m% seront toujours chers ;

13 L'ANTIQUAIREy

Toujours obéissant, respectueux^ docile, Vos ordres n'auront rien pour moi de difficile, Vous me Terrés soumis à tous tos sentimens.

S'il n'entre rien d'injuste en tos commandemens.

PANTAXÈS.

Je Teux te rendre heureux le reste de ta Tie, Que trouTes-tu dHnjuste en cela, je te prie ?

VALERE

C'est être heureux, Traiment, que de se Toir forcé D'entr^ dans un état qu'on n'eût pas embrassé, Tandis qu'interposant l'autorité de père.

On s'oppose à celui qui seul pourroit me plaire.

PANTAXÈS.

Je Teux, ainsi que moi, dans le monde sfaTant, Parmi les gens d'esprit te Toir tenir un rang, En suiTsnt un état où tu sçais que moi-même Je passe mes Tieux jours dans un plaisir extrême, Qui joint tant d'aTantage à tant de dignité, Que j'en ai quelquefois un peu de Tanité.

VALERE

De quelle dignité sont ces meubles antiques,

COMBDIE. l3

Ces Tîeux morceaux de fer, ces restes de boutiques, Que l'on ne peut toucher sans se gftter les doigts, Tant ils sont pleins de crasse, et tout ce que je Tois Chez TOUS de yieuz jettons, dites-moi, je tous prie, De quelle utilité tout cela dans la yie ?

PANTAXÈS.

Que tu te connois mal en meubles précieux I Oui, tous ces médaillons, ces monumens poudreux, Qui paroissent si yils aux yeux de l'ignorance, Renferment des trésors d'esprit et de science.

VALERE

Quoi, ce fer à cheyal qu'hier on tous yendit Renferme des trésors de science et d'esprit ? C'est un fer tout usé, plein de rouille et de crasse, Qu'un gueux ne youdroit pas mettre dans sa besace. Je n'en donnerois pas un denier.

L'animal !

Un denier pour le fer du plus fameux Cheyal Dont le nom ait jamais existé dans l'histoire , De Bucéphale enfin, d'éternelle mémoire ; Mais y pensesrtu bien ?

VALERE

J'y p«nse, «ssurémeat, Et je ne pensefti jamais différemment.

PANTAXÈS.

O le fou ! Mais sçais^u, car il faut tout t'apprendre , Dis-moi, sçais-tu le tems où fiyoit Alexandre ?

VALERE

Oui.

PANTAXÈS.

Tu sçais bien aussi qu'il montoit un CheTal Qui dans le monde entier n'eut jamais son égal. Or, ce fer tout usé qui blesse ici ta Yue, Que tu ne Toudrois pas ramasser dans la rue, Et dont il me paroit qu'on fait si peu de cas, Par la seule raison qu'on ne le connoit pas, Ce fer, de ce Cheyal fut jadis la ferrure.

VALERE

Eh bien, que s'ensuit-il ?

PANTAXÈS.

O la cenrtlU diUM !

COKEBIl. l5

Le fer de Bucephale, eh bien ! euh! l'ignorant, Qui confond une pierre avec un diamant.

Vas, Tas, je te mettrai chez un habile maître Qui dans fort peu de tems te fera mieux connoitre Les secrets de la riche et noble antiquité.

VALERE

Je n'ai point pour cela de curiosité ;

Il est d'autres secrets qui pressent davantage

Et qu'il n'est pas permis d'ignorer à mon âge ;

La danse et la musique ont pour moi plus d'attraits ;

Le reste, s'il le faut, pourra Tenir après.

PANTAXÈS.

On trouvé tout cela dans TÂrt des Anticailles, C'est l'art universel que celui des médailles. Tu connois Fadius, ce Médailliste expert.

Qui sçait son Goltzius tout comme son pater ? C'est près de lui que j'ai résolu de te mettre. On est bien-tôt sçavant sous un habile maître.

VALERE

Je vous suis oibligé des soins qut vous prenés. Mais je sens pour l'état où voua me destinés Un dégoût tr«p marqué.

l6 L^ANTIQUAIRE,

PANTAXÈS.

Le commencemeat gine, Mais Fadius sçaura t'en adoucir la peine.

C'est un homme sçayant !

VALERE

Sçavant tant qu'il voudra.

Jamais je ne pourrai consentir à cela.

Je me sens entraîné yers Tétat militaire ; De grâce, à mes désirs cessés d'être contraire, Et puisque Polémarque a reçu l'agrément De quitter le senrice arec le Régiment, Et qu'il doit aujourd'hui Tendre sa Compagnie, Achetés la pour moi, mon père, je tous prie ; L'occasion est belle, et si tous la manques...

PANTAXÈS.

Obéis, mes désirs te sont assez marqués ;

Je ne yeux pas qu'un fils me raisonne et s'obstine

A refuser l'état auquel je le destine.

Or, je yeux et j'ordonne, en yertu de mes droits,

Sans plus me répliquer, que tu suiyes mes lois ;

Je suis las, à la fin, de tant de résistance ;

Moins de raisonnemens et plus d'obéissance.

Et comment obéir si je ne le puis pas ?

PANTAXÈS Que dis-tu, scélérat?

VALERE

Je dis qu'il est des cas Où c'est pour les parens une grande injustice De prétendre qu'un fils en tout leur obéisse, Et qu'on peut se soustraire à leur commandement

PANTAXÈS

Si je ne retenois ma rage à ce moment, Je te ferois bientôt mettre bas ton audace.

Ah ! ce discours me tue et je quitte la place ; Mais si tu tiens encore à ta rébellion, Je te priye à jamais de ma succession.

i8 l'antiquaire,

Page 1