SCENE III. PANTAXÈS, VALERE, LA FLECHE
PANTAXÈ&.
Em bien ! ce Damoclèt ne yient point, et toi-même Je te trouTe toujours d'une lenteur extrême.
LA FLECHE
Quoi, Damoclès, Monsieur, n'est pas encor yenu ? Quel sujet peut l'avoir si long-tems retenu?
Je rai trouvé chez lui les deux yeux sur un livre; Il m'a dit de venir, et qu'il alloit me suivre. C'est se moquer des gens de les traiter ainsi. Je vais y retourner pour lui...
PANTAXÈS.
Non, reste ici.
LA FLECHE
De grâce, permettez, pour voir ce qui l'oblige A tarder si long-tems.
COMBBIB. 5l
PANTAXÈS,
Non, reste ici, te dis^je,.
II est une autre ehott où je veux t^employtf . Il faut que sur le champ tu in'aiUes nétoyer Le reste précieux de Turne sépulchrale Qui renfermoit les os du Ttiaqueur de Pharsale.
LA FLECHE
Ce fer que Tautre jour ici l*on apporta ?
Cela même.
LA FLECHE
Eh ! Monsieur, que faire de cela ?
C'est le reste honteux d*une marmite usée.
PANTAXÈS.
Bon, autre impertinent. Apprens, tête insensée, Que c'est un monument rencontré par hasard.
Qui renfermoit jadis les cendres de César.
LA FLECHE
Les cendres de César; et quel étoit cet homme?
PANTAXÈS.
Celui qui le premier fut Empereur de Rome, Qui vainquit Scipion, Pompée et les Gaulois, Et força TUniTers à recevoir ses loix.
LA FLECHE
C'étoit un rude gars que cet homme; et vous dites Qu'on faisoit reposer ses os dans des marmites
PANTAXÈS.
Dans une urne, butord ; parle mieux, s'il te plait
LA FLECHE
Urne si vous voulez, mais toute urne qu'elle est,
Il s'en est peu fallu que je ne la jettasse ;
Au moins si c*en étoit une neuve encor, passe,
Mais....
PANTAXÈS.
Apprens, ignorant, que son antiquité Fait parmi les Sçavans toute sa rareté.
Oui, je renoncerois jusqu'à ma nourriture, Si je ne croyois pas qu'elle fut la pâture Des peuples qui vivoient du tems du vieux Solon.
LA FLECHE-
Comment, quand tous mangés un poulet, un pigeon , Ce pigeon, ce poulet, à vous entendre dire, Avoient été mangés autrefois ? C'est pour rire Que TOUS dites cela.
PANTAXÈS.
Non, c'est la vérité.
C'est un fait dont jamais personne n'a douté, Et voici comme en peu cette chose s'explique. Ecoute bien; tu sçais quelque peu de Physique?
LA FLECHE
Oui, l'ortographe encor.
PANTAXÈS.
Suis mon raisonnement, Et je te ferai voir la chose clairement.
Parle; à mes questions il faut que l'on réponde. Qu'étoit-ce qu'un poulet avant qu'il fût au monde?
LA FLECHE
C'étoit... c'étoit un œuf.
54 l'aktiqvaiki,
PANTAXÈS.
Bon. Et cet œuf, dis-moi, Avant que c'en fût un» qu'étoit-ce?
LA FLECHE
Oh! ptr ma foi, Vous m*en demaadcx trop, je gvde le silence.
PANTAXÈS.
De la poule c'étoit le sang et la substance.
Qu*étoit-ce que ce sang?
LA FLECHE
Encore?
PANTAXÈS.
Du Froment.
Et ce Froment, c*étoit de la terre.
LA FLECHE
Comment, Les Gens dutems passé se nourrissoient de terre?
COMBDIE. 65
FANTAXiS.
Non, mais Ton peut \\igtv par le cours ordinaire, Qui fait que tout se meut vers sa destruction» Que cette terre étoit un poukt, un pigeon»
Ou bien quelque animal approchant.
LA FLECHE
De manière
Que lorsque je me trouve auprès d'un cimetière,
Que je Yois par le Tont des arbres agités,
Je croirai que ce sont des morts ressuscites?
Tenez, je n'ai point lu dans la philosophie,
Et ce n'est qu'à mes yeux, Monsieur, que je me fie ;
Je ne Teux pas chercher à m'ôter l'appétit
En allant follement me mettre dans Tesprit
Que tout ce que i« mange étoit peut-être un reste
Du cadaTre d'un homme attaqué de la Peste.
N'aTons-nous pas asses de sujets de dégoût.
Sans en Touloir encore aller chercher partout I
L'autre jour, puisqu'il faut le dire, ah 1 quand j'y pense.
Je sens mon eoBur encor tomber en déûdllance;
L'autre jour, en mangeant mon potage, j'y via
Une araignée. Ahl ciel! à l'instant je sentis
Que mon corps deyenoit aussi froid que la glace,
Et je serois, je crois, resté mort sur la place.
Si je n'aTois rendu, révérence parler.
Tout ce qu'en ce moment je venois d'avaler.
PANTAXÈS.
Sors-moi vîtc d'ici! Voyez quelle insolence; Il Teut faire, je crois, l'homme de conséquence. Et toi, demeure ici, mon fils, en attendant Que Tienne Damoclès, je sors pour un instant.