‹ L'antisémitismeChapitre 18 sur 38 · PS. XXXVII · texte numérisé non relu

PS. XXXVII

Ils s'accordent aussi pour dire que ce moment amènera la mort du mal, et la Sibylle les résume tous lorsqu'elle vaticine : « Des cieux étoilés, le Messie descendra sur les hommes, et avec lui la concorde sainte, la foi, l'amour, l'hospitalité. De ce monde il chassera l'iniquité, le blâme, l'envie, la colère, la folie. Plus de pauvreté, de meurtres, de contestations mauvaises, de querelles tristes, de vols nocturnes. Plus rien de ce qui est pervers... Les hommes pieux habiteront heureusement les villes et les riches campagnes (1). » La terre sera délivrée de l'injustice, on ne connaîtra plus d'inégalité et tous les hommes seront libres.

A aucun de ceux qui se présentèrent comme le Messie, Israël n'a voulu croire. Il a repoussé tous ceux qui se dirent envoyés de Dieu ; il a refusé d'entendre Jésus, Barkokeba, Theudas, Alroy, Sérénus, Moïse de Crête, Sabbataï Zévi. C'est que jamais Israël ne vit son idéal devenir réel. Nul des prophètes qui vinrent vers lui n'apporta dans les plis de sa robe la divine justice, ni l'égalité triomphante, ni l'indestructible liberté; les Juifs ne virent pas, à la voix de ces oints, tomber les chaînes, s'écrouler les murs des prisons, se pourrir la verge de l'autorité, se dissiper comme fumée vaine les trésors mal acquis des riches et des spoliateurs.

Nonobstant leur long esclavage, en dépit des années de martyre qui furent leur partage, malgré

(1) Oracles sibyllins, m, 573, 585.

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les siècles d'humiliations qui abaissèrent leur caractère, déprimèrent leur cerveau, rétrécirent leur intelligence, transformèrent leurs goûts, leurs coutumes, leurs aptitudes, les débris de Juda n'abjurèrent pas leur rêve, ce rêve si vivace, qui avait été pendant les guerres de l'indépendance leur soutien et leur inspirateur.

Les bûchers, les massacres, les spoliations, les insultes, tout contribua à leur rendre plus chère cette justice, cette égalité et cette liberté qui ne furent pour eux, durant bien des ans, que les plus vains des mots. La grande voix des prophètes annonçant que le méchant serait un jour châtié eut toujours écho dans ces âmes tenaces qui ne voulaient pas plier et qui méprisaient la réalité si misérable, pour se bercer de l'idée du temps futur; ce temps futur dont avaient parlé Amos et Isaïe, Jérémie et Ezéchiel, et tous ceux qui, s'accompagnant sur les instruments à cordes, avaient chanté les mizmorim. Quelque noir que fut le présent, Israël ne cessa jamais de croire à l'avenir.

On disait aux Juifs: « Qu'attendez-vous le Messie; obstinés, ne savez-vous qu'il est venu? » Les Juifs répondaient par un sarcasme ; ils haussaient les épaules et répliquaient : « Le Messie n'est pas venu, puisque nous souffrons, puisque la famine désole le pays, puisque la peste noire et le noble accablent les tristes hères ! » Mais si on leur faisait entendre que leur Mashiah ne viendrait jamais, ils redressaient leur tête courbée, et, têtus, ils disaient : « Mashiah

viendra un jour, et ce jour-là on comprendra la parole du psalmiste : « J'ai vu le méchant dans toute » sa puissance ; il s'étendait comme un arbre ver- » doyant. Il a passé et voici. Il n'est plus ; je le » cherche et il ne se trouve plus », et ce sont les pauvres, les justes qui posséderont la terre. »

Les pratiques étroites dans lesquelles les docteurs enserrèrent les Juifs endormirent leurs instincts de révolte. Sous les liens des lois talmudiques, ils sentirent chanceler en eux les idées qui toujours les avaient soutenus, et on peut dire qu'Israël ne put être vaincu que par lui-même. Le Talmud n'abaissa pourtant pas tous les Juifs ; parmi ceux qui le rejetèrent, il s'en trouva quipersistèrentdans cette croyance que la justice, la liberté et l'égalité devaient advenir en ce monde; il y en eut beaucoup qui crurent que le peuple de Iahvé était chargé de travailler à cet avènement. C'est ce qui fait comprendre pourquoi les Juifs furent mêlés à tous les mouvements révolutionnaires, car ils prirent à toutes les révolutions une part active, comme nous le verrons en étudiant leur rôle dans les périodes de trouble et de changement (1).

^1) C'est une longue étude qu'il faudrait pour montrer le rôle des Juifs dans les révolutions. Cette étude, nous espérons l'entreprendre, et nous en réunissons dès maintenant les éléments; elle fera partie d'un livre, dans lequel nous pensons reprendre tout ce chapitre ainsi qu'une partie du chapitre suivant; nous y ferons une critique plus approfondie des idées que nous avons exprimées, et nous examinerons si les Juifs de tous temps, ou du moins parmi les Juifs de tous temps, quelques-uns n'ont point essayé de les réaliser.

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Maintenant il nous reste à savoir comment le Juif manifesta ses tendances révolutionnaires, s'il fut réellement, comme on l'en accuse, un élément de perturbation dans les sociétés modernes, et nous sommes conduits à examiner les causes religieuses, politiques et économiques de l'antisémitisme.

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