‹ L'antisémitisme, son histoire et ses causesChapitre 15 sur 41 · L'A>TIS£TIM1SM · texte numérisé non relu

L'A>TIS£TIM1SM

facile de battre le Juif » 1,. Ainsi s'explique le pillage des riches commerçants, des opulents préteurs juifs, parfois aussi, par ricochet, des misérables ouvriers israélites, et cela est assez poignant de voir ces déshérités se ruer les uns sur les autres au lieu de s'unir contre le tzarisme oppresseur.

La possibilité de Tunion de ces deux misères est peut-être pressentie par ceux qui ont intérêt à engendrer et à perpétuer leur antagonisme et qui ont vu en effet, durant les troubles de 1881 et de 1882. les révoltés saccager et brûler bien des maisons chrétiennes. Après la mort d'Alexandre 11, il devint urgent d'effacer de la mémoire des moujiks et des prolétaires le souvenir des tentatives libératrices des nihilistes. La révolution fut plus que jamais l'hydre et le dragon épouvantable contre lequel il fallait protéger la Russie sainte. On pensa y arriver par un retour aux idées orthodoxes. Tout le mal, disaiton, vient de l'étranger, de Thérétique, de celui qui souille le sol sacré. C'était la théorie dignatiefif, c'est celle de Pobedonostsef et du Saint-Synode, celle sans doute de ce malheureux Alexandre III que la peur affole et que Pobedonostsef guide comme un enfant à l'esprit débile. On se précipita contre les Juifs, de même qu'on prit des mesures contre les Allemands, contre les catholiques, contre les luthériens, contre tous ceux qui n'étaient pas de race slave ou ^'appartenaient pas à Tortho-

1 Tikhomirov : loc cit:

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doxie grecque (1). Toutefois la persécution fut plus active contre les Juifs, car on n'avait pas à garder vis* à-vis d'eux les ménagements diplomatiques auxquels on était tenu vis à vis des catholiques, des luthériens ou des Allemands . On eut massacré les catholiques russes, l'Europe entière se fût levée ; on put impunément tuer des Juifs. D'ailleurs, et pour les mêmes raisons que les Juifs roumains, les Juifs russes se distinguent du reste de la population par leurs mœurs, leurs coutumes et leur éducation — sauf la minorité éclairée, très intelligente, des jeunes Juifs qui se précipitaient dans les universités avant que les portes ne leur en fussent fermées. — Ils ont une organisation intérieure, celle du Ka/iaZ, qui leur donne une sorte d'autonomie, et il est plus facile de les dénoncer comme un danger, au grand profit des institutions établies et aussi des capitalistes orthodoxes qui échappent ainsi aux colères populaires dont rexplosion est toujours à redouter.

On a souvent nié que Tantisémitisme officiel eut une origine religieuse ; cela n'est cependant pas niable, et les Russes feraient encore bon marché peut-être du panslavisme, pour arriver à Tunité religieuse, unité qui leur parait — du moins à quelques uns — indispensable pour avoir Tunité de l'Etat. La

(1) C'est ce qu'il y a de fort étrange dans l'approbation que quelques antisémites religieux en France et en Allemagne donnent — par chauvinisme, ou par passion — aux actes du gouvernement du Tzar. Eii approuvant les persécutions tzariennes contre les Juifs, ils approuvent implicitement celles contre les catholiques ou les luthériens qui leur sont si chers.

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question nationale et la question religieuse ne font qu'une en Russie, le tzar étant à la fois ch^f temporel et chef spirituel, César et Pape ; mais on donne plus d'importance à la foi qu'à la race, et la preuve c'est que tout Juif qui consent à se convertir n'est point expulsé. Au contraire, on encourage le Juif à venir à Torthodoxie. Tout enfant Israélite, dès quatorze ans, peut abjurer contre le gré de ses parents ; un converti marié se trouve dégagé des liens qui l'unissent à sa femme et à ses enfants, une convertie rompt par le fait de sa conversion les engagements matrimoniaux, mais les conjoints non convertis sont toujours considérés comme mariés. Enfin les convertis adultes reçoivent, lors de leur abjuration, ime somme de quinze à trente roubles, et les convertis enfants une somme de sept à quinze roubles. Pour engager encore les Juifs à venir à la religion grecque, on supprime les écoles rabbiniques; on restreint le nombre des synagogues — la synagogue de Moscou fut fermée en 1892 comme chose indécente; — on défend même aux Juifs de se réunir pour prier. Que deviennent dès lors les griefs des antisémistes contre les Juifs puisqu'ils consentent à garder chez eux ces juifs devenus chrétiens, en sachant parfaitement que le christianisme ne fera pas renoncer à leur rôle social ceux d'entre eux qui ne sont pas artisans, mais intermédiaires et capitalistes (1).

(1) Je n'ai pu qa'indiquer à grands traits 1- antisémitisme roumain et l'antisémitisme russe. Il faudrait, pour les étudier complètement, plus que ces quelques pages, dans lesquelles il m'a été

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Ainsi, dans cette Europe orientale, où Tétat actuel des Juifs nous représen te assez bien quelle fut leur condition dans le moyen âge, nous pouvons dire que les causes d'antisémitisme sont de deux sortes : causes sociales, et causes religieuses unies à des causes patriotiques. Il nous faut maintenant voir quelles sont les raisons qui entretiennent Tantisémitisme dans les pays où de légal il est devenu scripturaire, et, avant, tout examiner cette transformation et les manifestations auxquelles elle a donné lieu.

impossible de donner un tableau social de la Roumanie et de la Russie, et d'exposer la situation morale, psychologique, ethnologique et économique des Juifs de ces pays.

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