CHAPITRE XIV
LES CAUSES ÉC0N0M1X2UES DB l'aNTISÉMITISME
L'antisémitisme économique. — Les griefs. — Le grief moral. — La malhonnêteté juive. — L'astuce et la mauvaise foi du Juif. — La corruption- talmudique. — Lee mesures restrictives et la tuurberie juive. — La dégradation par le mercantilisme, et l'usure. — L'or et l'abaissement moral. — Le grief économique. — Le Juif et l'état social actuel. — La part du Juif dans la constitution de la société capitaliste. — Le Juif agioteur et industriel. — Le Juif détenteur du capital. — Comment le Juif pàtit de l'état actuel. — Les Juifs prolétaires, en Europe et en Amérique. — Les Juifs dans la classe bourgeoise. — La suprématie relative du Juif. • — Les causes de cette supré> matie. — L'appui mutuel et l'individualisme bourgeois. — La solidarité juive. — Gomment elle naquit dans l'antiquité. — Les synagogues. — Le moyen âge. — Les ghettos. — Les temps modernes. — Le Kahal des pays d'Orient. — Les minorités de l'Occident et la solidarité de classes. ~ L'opposition des formes du capital et Tantisémitisme. — Capital agricole et capital industriel. — L'agio juif et la petite bourgeoisie commerçante. — La concurrence et rantisémilisme. — Concurrence capitaliste et concurrence ouvrière. — Les préventions contre les Juifs et Tantisémitisme économique. — L'antisémitisme et les luttes intestines du capital.
A^rès xwùir ^iXakqué le Juif comme aémiter cooiBie étranger, comnie révc^ntioaiuire et comme antichreiLea. on l'a attaqrié dxzune agttit économ^ae. D-î lùZLs temps d'air, enrs E ea a été ainsî^ (i^ciis la dispersico. Déjà, araut notre ère, les Bomaîziâ et leâ Grecâ enTiaient Les prif îlèges qui permettaieai aax Jaifâ «T exercer leur commerce dans des eo&ditioQâ meillenreâ q^ae les natioQaiix (t , et, pcxLdaat le moyen âge. rusmier fat haï tcRit autant, anon pins, qce It déieiie (i^ . Si la sitoUioa des Jnif^ a changé à Ià âi. du dix-huitième siècle, elle a changé d*iiiie fai^oa qui leur était trop favorable, pour que les sencLnentâ qa'on éprocTait à leur égard pnisKnt aensihlement se modi^er, au contraire. AnjourdlLiii Tanliâézùtiscne économiqLLt existe pins fort que jamais, parce que, plus que iarrais, le Joif ^parait poîssaat e; ri:Le. Jaiis. o- nr le Toyait pas, il restait eofemié iins son gh.e:;o. loin des yeox chrétiens, et il xi^aTait ■:.i''iz souci : cacher s^jQ g:, cet or dont la tradition r:i la iéftislatLon zièrz^e le regardaient comme le coli^ctcoT e; non cûrr.ae le prcpriéuire. Du jour où il fut délivré. Lorsque les eniraves mises à s<»i activité to libèrent, le Juif se montra; il se montra même avec ostentation. Il vonlnt, après les siècles de carcère, après les ans d'outrage, paraiûre un h(mine« et il eut une vanité naïve de sauvage ; ce fut sa façon de réagir contre les séculaires humiliations. On l'avait quitté à la veille de ITâd humble, minable,
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objet de mépris pour tous, offert aux insultes et aux avanies ; on le retrouva après la tempête affranchi, libéré de toute contrainte et, d'esclave, devenu maître. Cette rapide ascension choqua ; on fut offusqué par cette richesse que le Juif avait acquis le droit d'étaler, et on se souvint du vieux grief des pères, du grief de Pantijudaïsme social : Tor du Juif est conquis sur le chrétien ; il est conquis par le dol, la fraude, la déprédation, par tous les moyens et principalement par les moyens condamnables. C'est ce que j'appellerai le grief moral de l'antisémitisme, il se résume ainsi : le Juif est plus malhonnête que le chrétien ; il est dépourvu de tous scrupules, étranger à la loyauté et à la franchise.
Ce grief est-it fondé ? Il Ta été et il l'est encore dans tous les pays où le Juif est maintenu hors de la société, où il reçoit exclusivement l'éducation talmudique, où il est en butte aux persécutions, aux insultes, au^ outrages, où l'on méconnaît en lui la dignité et l'autonomie de l'être humain. L'état moral du Juif a été fait par lui-même et par les circonstances extérieures, son âme a été pétrie par la loi qu'il s'est donnée et par la loi qu'on lui imposa. Or, il fut doublement esclave pendant des siècles : il fut le serf de la thorah et le serf de tous. Il fut un paria, mais un paria que ses docteurs et ses guides maintinrent dans une servitude plus étroite que l'antique servitude d'Egypte. Au dehors, mille restrictions entravèrent sa marche, arrêtèrent son expansion, s'opposèrent à son activité ; il rencontra devant
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lui des codes ennemis, des réglementations dureB ; au dedans il se heurta à tout un système compliqué de défenses. Hors du ghetto il trouva la contrainte légale, dans le ghetto il trouva la contrainte talmudique. S'il tentait d'échapper à Tune, .mille châtiments l'attendaient; s'il voulait se soustraire à l'autre, il s'exposait au hérem, à l'excommunication redoutable qui le laissait seul au monde. Il ne fallait pas songer à attaquer de front ces deux puissances, aussi le Juif essaya-t-il de triompher d'elles par la ruse et Tune et l'autre développèrent en lui l'instinct de cautèle. Il devint d'une ingéniosité rare, d'une peu commune subtilité; sa finesse naturelle s'accrut, mais elle fut employée bassement: à tromper un dieu rigoriste et d'inflexibles souverains. Le Talmud et les législations antijuives corrompirent profondément le Juif. Conduit par ses docteurs d^une part, par les légistes étrangers de l'autre, par maintes causes sociales aussi (I), à l'exclusive ^pratique du commerce et de l'usure, le JuiT fut avili; la recherche de Tor, recherche poursuivie sans trêve, le dégrada, elle affaiblit en lui la con?^cience, elle l'abaissa, elle lui donna des habitudes de fourberie. Dans cette guerre que, pour vivre, il dut livrer au monde et à la loi civile et religieuse, il ne put sortir vainqueur que par l'intrigue, et ce misérable, voué aux humiliations, aux insultes, obligé de baisser la tète sous les coups, sous les avanies, sous les invectives, ne
put se venger de ses ennemis, de ses tortureurs, de ses bourreaux, que par l'astuce. Pour lui, le vol, la mauvaise foi devinrent des armes, les seules armes dont il lui fut possible de se servir ; aussi il s'ingénia à les aiguiser, à les compliquer et h les dissimuler.
Quand les murailles de ses ghettos s'écroulèrent, ce Juif, tel que Pavaient fait le Talmud et les conditions civiles, législatives et sociales, ne changea pas brusquement. Au lendemain de la révolution, il vécut absolument comme la veille, il ne modifia pas ses coutumes, ses habitudes, et surtout son esprit, aussi promptement qu'on modifia sa situation. Affranchi, il garda son âme d'esclave, cette âme qu'il perd tous les jours, en même temps que s'effacent un à un les souvenirs de son abjection. Aujourd'hui, pour trouver le Juif que nous représentent les antisémites, il faut aller en Russie, eu Roumanie, en Pologne où sévissent les lois d'exception, en Hongrie, en Galicie, en Bohême, où dominent les écoles exclusivement hébraïques. Dans l'Europe occidentale, si, par atavisme, les juifs d'une certaine catégorie, les juifs marchands et les juifs agioteurs, sont encore cauteleux, roués, enclins à la tromperie, ils ne le sont pas sensiblement plus que les agioteurs et les marchands chrétiens rendus peu scrupuleux par l'habitude du trafic.
En présence de cette assertion, les antisémites ont une réponse toute prête : les Juifs ont perverti les chrétiens; si Ton constate, chez la classe possédante, exploitante et trafiquante, la dureté, la rapacité, l'avarice, la déloyauté envers l'exploité, la faute
ea eât aux Jaifs qui sont responsables de Téiat social actuel^ mieux encore qai en sont la cause, et Toicî le grief économîqne proprement dit.
Là encore les antisémites sont Tictimes d^mie illasion. Le Joif n'es: pas la cause de Tétat actael qui est le résultat d'ane longn-î éToIation. Il a contribué à la réTolotion économique, dont TaTènement de la bourgeoisie a été le couronnement, mais il ne Ta pas provoquée : il a é:é un des facteurs de cette transformation, mais non le facteur unique ni même le facteur principal [1 . Certes, je Tai montré déjà '2), la bourgeoisie trouva dans le Juif, au cours des âges, un auxiliaire menreilleux et puissamment doué. Pendant quelques siècles, dans la société barbare du moyen âge, le Juif, déjà vieux trafiquant, mieux armé, d'une culture supérieure, en possession d'une séculaire expérience, fut le représentant du capital commercial et du capital usuraire, ou il aida à leur constitution ; toutefois, ces modes capitalistes n'arriTèrent au pouvoir que lorsque le travail des siècles eut préparé leur domination et les eut transformés en capital industriel et capital agioteur. Pour cela, il fallut ces deux grands mouvements d'expansion des Croisades et de la découverte de FÂmérique, que complétèrent les multiples colonisations de TEspagne, du Portugal, de la Hollande, de l'Angleterre et de la France, et tout Teffort du régime commercial; il fallut rétablissement du crédit public et
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Textension des grandes banques ; il fallut le développement des industries manufacturières, les progrès scientifiques qui amènent la création et le perfectionnement du machinisme; il fallut toute l'élaboration législative concernant le salariat, jusqu'au moment où les prolétaires furent dépouillés même du droit d'association et de coalition 4 il fallut tout cela et bien d'autres causes encore, causes 'historiques, religieuses ou morales, pour faire la société actuelle. Ceux qui présentent les Juifs comme les créateurs de cet état ne parviennent qu'à prouver leur absolue et stupéfiante ignorance.
Cependant, nous venons de le dire, le rôle des Israélites fut considérable, mais il est peu connu ou du moins trop imparfaitement, surtout des antisémites, et ce n'est pas à cette connaissance très rudimentaire de l'histoire économique du judaïsme qu'il faut attribuer l'antisémitisme. On sait mieux comment les Juifs agirent depuis leur émancipation. En France, sous la Restauration et sous le Gouvernement de Juillet, ils furent à la tête de la finance et de l'industrialisme, ils furent parmi les fondateurs des grandes compagnies, d'assurances, de chemins de fer, de canaiix. En Allemagne, leur action fut énorme ; ils provoquèrent la promulgation de toutes les lois favorables au commerce de Tor, à l'exercice de l'usure, à la spéculation. Ce furent eux qui profitèrent de l'abolition (en 1867) des anciennes lois restrictives du taux de l'intérêt ; ils poussèrent à la loi de Juin 1870 qui affranchit les sociétés par actions de la surveil-
lance de l'Etat ; après la guerre franco-allemande, ils furent entre les plus hardis spéculateurs, et, dans la fièvre d*associationnisme qui saisit les capitalistes allemands, ils agirent comme avaient agi les Juifs français de 1830 à 1848 (1), jusqu'après la ruine financière de 1872, époque où, parmi les hobereaux et les petits bourgeois dépouillés dans cette Grûnder période (2), pendant laquelle domina le Juif, naquit le plus violent antisémitisme : celui qu'engendrent les intérêts lésés.
Lorsqu'on eut constaté cette action incontestable du Juif, on en conclut que le Juif était le détentettr par excellence du capital. Ce fut une cause d'animosîté de plus contre lui. Les Juifs possèdent tout, déclarat-on ; et juif, après avoir été l'équivalent de fourbe, de trompeur, d'usurier, devint le synonyme de riche. Tout Juif est possesseur, voilà la commune croyance. Il y a là une erreur profonde. L'immense majorité des Juifs, près des sept huitièmes, sont d'une extrême pauvreté. En Russie, en Galicie, en Roumanie, en Serbie, en Turquie, leur misère est affreuse. Ils sont pour la plupart des artisans, et, en cette qualité, ils pâtissent de l'état social actuel, tout comme les salariés chrétiens. Ils sont même parmi les prolétaires les plus déshérités. A Londres, dans cette compacte agglomération juive de TEast-End, composée de réfugiés polonais, les tailleurs juifs occupés
(1) Otto Glagau, loc. cit.
(2) Période de fondation.
dans les ateliers de coiifection travaillent douze heures par jour et gagnent en moyenne 62 centimes par heure, mais la majorité chôme trois jours par semaine, une partie ne travaille que deux à trois jours, et, en tout temps, dix à quinze mille Juifs non embauchés meurent de faim dans une détresse abominable. A New-York, ils sont au nombre de deux cent mille, et, avant la fondation de V Union des Tailleurs, beaucoup étaient astreints à "vingt heures de travail par jour et touchaient un salaire de cinq à six dollars par semaine ; depuis, si leur salaire n'a pas été augmenté, la durée de la journée a été réduite à dix -huit heures et^ dans quelques établissements, à seize heures (1). En Russie, leur condition est pire. A Vilna, des Juives occupées dans les manufactures de bas tricotés gagnent quarante kopeks (2) par journée de quatorze heures de travail; cinquante kopdks est le salaire moyen des hommes dans toutes les industries, pour des journées variant de quatorze à vingt heures ; l'immense majorité des ouvriers entassés dans les villes du territoire ne trouvent même pas à s'employer (3). En Galicie, la situation pour la population ouvrière n'est pas meilleure, et il en est de même en Roumanie.
Il reste donc environ deux millions de Juifs qui, soit dans l'Europe occidentale, soit aux Etats-Unis
(1) Miss. I. Van Etten: Les Juifs russes comme immigrants (Tke Forum, n« d'avril 1893)w
(2) Le kopek vaut quatre ceniimes.
(3) Léo Errera : Les Juifs Russes,
du rôle que les Juifs ont rempli dans Télaboration et rétablissement des sociétés contemporaines, concept tion qui en fait les représentants de l'esprit révolutionnaire en face de l'esprit conservateur, de la transformation en face de la tradition, et qui, dans cet âge de transition, les rend responsables de la chute des anciennes organisations et du discrédit des antiques principes.