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L*ANT1SÉMITISME

qui ignoraient Texistence des Juifs, ils se laissèrent uniquement guider par les évêques et, après Clovis, ils commencèrent tout naturellement à appliquer aux Juifs les dispositions du code théodosien. Ces dispositions furent aggravées et compliquées par Taulorité ecclésiastique qui laissa au pouvoir séculier le soin d'exécuter et de faire observer ses décisions. Du cinquième au huitième siècle la partie du droit canonique relative aux Juifs s'élabora en Gaule. Ce furent les conciles qui formulèrent les lois que corroborèrent par leurs édits les rois mérovingiens.

Toute la préoccupation de TEglise, pendant ces trois siècles, semble avoir été de séparer les Juifs des chrétiens, d'empêcher la judaïsation de ses fidèles, et d'arrêter le prosélytisme Israélite. Cette législation qui, au huitième siècle, était devenue extrêmement sévère pour les Juifs et pour les judaïsants, ne s'est pas établie d'un seul coup ; au début, dès le concile de Vannes de 465, les synodes se bornent à des défenses platoniques. Le clergé ne disposant à cette époque que d'une très mince autorité, ne pouvait décréter des châtiments, et ce n'est qu'à partir du sixième siècle que, grâce à l'appui des chefs francs, il put instituer une pénalité progressive, applicable d'abord aux seuls clercs qui contrevenaient aux décisions conciliaires, puis aux laïques. Mais ces peines canoniques qui comprenaient l'excommunication et parfois, pour les prêtres, la bastonnade, ne visaient que les fidèles ; quant aux Juifs, les synodes ne prenaient contre eux aucune mesure afflictive.

c'est ce qui a permis à beaucoup d'établir victorieusement, en apparence, la bienveillance de TEglise vis-à-vis des Juifs (1).

Il n'en est rien cependant. Il ne faut pas oublier en effet que TEglise n'avait pas le droit de légiférer civilement, mais les règlements synodaux, les interdictions et les défenses ecclésiastiques, les considérants dont ils étaient accompagnés, avaient une influence énorme sur les autorités politiques; de plus l'épiscopat exerçait sur les rois mérovingiens ou visigoths une directe et manifeste influence, et Ton peut affirmer que Childebert ou Clotaire II, par exemple, ou Receswinth, donnèrent une sanction aux décrets ecclésiastiques, et que leurs édits furent publiés à l'instigation des évèques.

Du reste le clergé ne se bornait pas à influencer les proclamateurs des mesures légales, c'est lui qui, perpétuellement, excitait contre les Juifs des populations dont l'orthodoxie n'était pas très intolérante. C'est sous la conduite de ses prêtres que la foule se ruait contre les synagogues et qu'elle mettait les Juifs dans Talternative du massacre, de l'exil ou du baptême.

Toutefois, il ne faudrait pas se représenter l'état

(1) Les Conciles se bornent à ordonner le baptôme des enfants issus d'unions mixtes, ainsi que la dissolution du mariage, si le conjoint juif ne se convertit pas. En outre ils déclarent que tout Juif qui tentera de convertir ses esclaves, perdra ces esclaves qui deviendront la propriété du lise. (Conciles d'Orléans, 533; de Tolède, 589; de Ghalcédoine, 541; de Maçon, 581; de Reims, 625» etc., etc.

des Juifs à cette époque comme très misérable. Du côté juif, comme du côté chrétien, on observe un mélange de tolérance et d'intolérance qui s'explique, soit par le mutuel désir de faire des prosélytes, soit même par une certaine bienveillance religieuse réciproque. Les Juifs se mêlaient à la vie publique, les chrétiens mangeaient à leur table (1), ils s'unissaient entre eux (2), ils prenaient part aux deuils et aux réjouissances comme aux luttes des partis. Ainsi les voit-on à Arles se liguer avec le parti visigoth contre Tévêque Césaire (3) et plus tard suivre les funérailles du même evêque en criant: Vas/ vœ! Ils étaient les clients des grands seigneurs (comme en témoignent deux lettres de Sidoine Apollinaire) (4), et ceux-ci les aidaient à se soustraire aux ordonnances vexatoires. En beaucoup de régions, les clercs les fréquentaient et de même que bien des chrétiens venaient dans les synagogues, des Juifs assistaient aux offices catholiques pendant la durée de la messe des catéchumènes. Ils résistaient autant que possible aux efforts faits pour les convertir, efforts nombreux, parfois accompagnés de violences, malgré les recommandations de quelques papes (5), et ils con-

(1) Concile de Vannes (465), canon xii ; Concile d'Epaones (517), canon xv; Concile de Maçon (581), canon xv, etc.

(2) 2« Concile d'Orléans (533), canon xix; Concile de Clermont (535), canon vi.

(3) Vie de saint Césairej Mi^ne. Palrologic latine^ t LXVII. (•4) Sidoine Apollinaire, 1. IIl, ép. iv, et 1. IV, ép. v.

(h) Fiédégaire {Chronique, XV) et Aimoin {Chroniqua iVoit' siacensisj XL\) rapportent que, à l'instigation de l'emperear

troversaient hardiment avec les théologiens qui tentaient de les persuader par les mêmes moyens qu'employèrent les Pères des âges précédenls. Nous reparlerons de ces controverses et de ces écrits lorsque nous étudierons la littérature antijuive.

Ainsi, comme on a pu le voir, durant les sept premiers siècles de Tère chrétienne, l'antijudaïsme eut des causes exclusivement religieuses, et il fut à peu près uniquement dirigé par le clergé. Les excès populaires, la répression législative, ne doivent pas faire illusion, car jamais ils ne furent spontanés, et leurs inspirateurs furent toujours des évêques, des prêtres ou des moines. Ce n'est qu'à partir du huitième siècle que des causes sociales vinrent s'ajouter aux causes religieuses, c'est après le huitième siècle aussi que. commencèrent les véritables persécutions. Elles coïncidèrent avec l'universalisation du catholicisme, la constitution de la féodalité et aussi avec le

Héraclius, Dagobert donna le choix aux juifs entre la mort l'exil ou le baptême {Gesta Dagoberli, XXIV). La môme chose est rapportée du roi Visigolh Sisebut {Appendice à la chronique de Tévêque Marius, ann. 58S ; Doin Bouquet, t. II, p. 19). Chilpéric obligea beaucoup de Juifs à se faire baptiser (Giégoire de Tours, H. F., l. VIj ch, xvii). L'évoque Avitus contraignit les Juifs de Clermont à abjurer ou à quitter la ville. (Grégoire de Tours, H. F. L. V., ch. XI). D'autres évoques employaient la force, et il fallut l'intervention du pape saint Grégoire pour faire cesser ou du moins pour modérer leur zèle. xcLes Juifs ne doivent pas être baptisés par la violence, mais amenés par la douceur », dit-il dans des lettres adressées à Virgile évoque d'Arles, à Théodore évêque de Marseille et à Paschasius, cvéquo de Naples (liegesta Pontificum Bomanorum^ édit. Jallé, n° 1115 et 1879). Mais l'autorité du pape ne fut pas toujours efficace.

changement intellectuel et moral des Juifs, changement dû, en majeure partie, à l'action des talmudistes et à l'exagération des sentiments d'exclusivisme des Juifs. Nous allons maintenant assister à cette transformation nouvelle de l'antijudaïsme.

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