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II. Asepsie par les substances antiseptiques

L'emploi des substances antiseptiques dans la médecine et dans la chirurgie remonte à la plus haute antiquité; au xvin" siècle on les employa, sous le nom même d'antiseptiques, dans les maladies internes et dans le traitement des plaies. Ces substances étaient tirées du règne végétal et du règne animal, on employait des onguents, des baumes, des essences et aussi le vin, l'eau-de-vie, l'eau salée, etc. Mais, dans tous ces cas, il ne s'agissait que d'antisepsie thérapeutique.

Lorsque Lister, s'appuyant sur Pasteur, créa son admirable méthode, il s'adressa d'abord exclusivement, pour combattre les complications des plaies, aux substances antiseptiques, qui furent alors employées aussi bien pour l'antisepsie prophylactique que pour l'antisepsie thérapeutique.

3't MÉTHODE ANTISEPTIQUE

L'asepsie obtenue par les substances antiseptiques a été désignée par quelques-uns, avonsnous dit, sous le nom d'antisepsie chimique, par opposition à l'antisepsie physique, qui se sert de la chaleur.

La substance antiseptique est capable de détruire le microbe, ou au moins d'affaiblir son action pathogène en l'empêchant de pulluler et de sécréter. Les corps coagulants ou oxydants, solubles ou gazeux sont généralement de bons antiseptiques.

Il faut avoir soin de ne pas confondre les antiseptiques vrais, avec les simples désodorants.

D'après quels principes doit-on choisir la substance antiseptique qui convient pour détruire tel microbe ?

A propos de l'antisepsie prophylactique par la chaleur, cette question ne se pose pas, car on emploie cet agent indifféremment contre tous les microbes qui ont infecté ce que l'on veut stériliser ; on modifie seulement le degré de la température dans certains cas.

Dans l'emploi des substances antiseptiques, c'est l'expérimentation seule qui sert de guide ; elle a démontré que les antiseptiques ont un pouvoir de stérilisation variable selon les germes; chaque microbe aurait pour ainsi dire son antiseptique ; mais aucun des antiseptiques n'est capable de préserver contre tous les microbes à la fois;

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aucun n'est capable non plus d'être la base d'un pansement antiseptique convenant à tous les cas ; en un mot, il n'y a pas à compter sur un antiseptique universel. Aussi les tables d'activité décroissante des antiseptiques ne peuvent-elles guère être utilisées.

Nous savons que les antiseptiques attaquent la vitalité et la virulence des microbes, et qu'ils ne les attaquent pas tous au même degré. Mais malgré dejFtfcchcrchcs friticnti^ il n'a pas encore été possible d'arriver il un classement des microbes et des antiseptiques correspondants.

En d'autres termes, nous n'avons pas encore des antiseptiques une connaissance scientifique suffisante, nous ne savons pas, dans Yantisepsie thérapeutique, quel est l'antiseptique qui convient le mieux contre le microbe d'une maladie désignée. Nous sommes réduits à l'empirisme, c'est la pratique journalière et l'expérience qui nous permettent de choisir ou de rejeter tel ou tel antiseptique.

Lister, après de patientes observations, s'est arrêté d'abord à l'acide phénique, qui pendant plusieurs années fut l'agent principal de l'antisepsie prophylactique et thérapeutique des plaies.

Mais on n'a pas cessé d'étudier d'autres antiseptiques et plusieurs ont acquis une grande vogue, suppléant plus ou moins l'acide phénique. Dans

ces recherches, on a surtout essayé de trouver un antiseptique applicable au traitement de la plupart des plaies, malgré la variété de leur nature. Cela peut sulfire pour les plaies chirurgicales qui en somme ne forment qu'une seule variété; mais c'est insuffisant pour les plaies accidentellement infectées et pour les plaies suppurantes. Dans ces cas, le microbe infectant varie, mais actuellement l'antiseptique employé ne varie guère d'une plaie à l'autre, en général.

Aujourd'hui, le nombre des substances employées dans l'antisepsie prophylactique et dans l'antisepsie thérapeutique est peu considérable. Les chirurgiens en ont adopté quelques-unes, dont on généralise l'application à la plupart des cas.

Les études dont nous parlons, en démontrant que les antiseptiques agissaient différemment sur les microbes, ont conduit à associer entre eux les antiseptiques pour combattre les différents microbes qui sont souvent réunis dans une même maladie. On a fait ainsi des antiseptiques composés, encore peu utilisés, mais qui sont appelés à rendre des services (p. 57).

En outre, comme l'excès de l'emploi des substances antiseptiques a donné lieu k des accidents, on a cherché à obtenir la stérilisation par la chaleur.

Il n'entre pas dans notre cadre d'indiquer tous

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les antiseptiques qui ont été essayés, mais seulement les principaux, en faisant connaître leur mode d'emploi, les accidents auxquels ils exposent et le traitement de ceux-ci. Nous indiquerons aussi les antiseptiques vulgaires qui peuvent être d'un grand secours dans la chirurgie d'urgence.

Parmi les antiseptiques dont nous allons parler, quelques-uns sont en usage dans l'antisepsie prophylactique, mais la plupart sont utilisés dans l'antisepsie thérapeutique. Ils sont très employés sur les surfaces cutanées, muqueuses et séreuses, dont ils modifient les sécrétions, qu'ils empêchent ainsi de se décomposer.

L'emploi des substances antiseptiques demande, à cause de leur toxicité, de grandes précautions, chez l'enfant, le vieillard et chez les malades atteints de lésions rénales, de même que chez les diabétiques et les albuminuriques, etc.

Des substances antiseptiques. — Il ne s'agit pas dans ce chapitre d'étudier les antiseptiques au point de vue de la fabrication des pièces de pansement, ni de leur emploi dans le traitement des plaies et des maladies. Nous nous bornerons, comme nous venons de le dire, à exposer ici leurs qualités propres, la forme sous laquelle on les emploie, les accidents qu'ils déterminent et le traitement de ceux-ci.

Nicaisb. Antisepsie 3

Acide phénique'. —Au début de la méthode antiseptique, l'acide phénique fut, pour beaucoup de chirurgiens, le seul agent employé. Quoique abandonné aujourd'hui par un grand nombre, il n'en reste pas moins une des substances antiseptiques les plus sûres et les plus efficaces, dont l'emploi prudent est sans danger et nous le recommandons sans aucune hésitation ; il est astringent, légèrement caustique, anesthésique et antiphlogistique.

Le praticien de campagne devra faire lui-même ses préparations phéniquées, de même que la plupart des autres. Ce sera plus sur et plus économique.

Il faut se procurer de l'acide phénique neigeux. Une très petite quantité d'eau suffit pour le faire entrer en déliquescence; l'alcool produit le même effet.

1. Voici ce que 1 on trouve dans l'ouvrage de Lemaire, De l'acide phénique, 2° édit., 1865, p. 406.

« Emploi de l'acide phénique pour préserver les plaies et le pus d.' la fermentation. — « Je me suis assez étendu « précédemment sur la nature de l'altération que subissent au « contact de 1 air les solutions de continuité et les produits de « sécrétion qui séjournent à la surface du corps. Je n'y revien- « drai pas. Il me suffira de rappeler que tous ces désordres sont u l'œuvre de ferments vivants.

u Pour mettre les solutions de continuité des tissus à l'abri de « la fermentation, il suffit de les couvrir dès le début a\cc des « compresses constamment imbibées d'eau phéniquée. »

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