‹ L'Antisepsie MédicaleChapitre 10 sur 46 · EH · texte numérisé non relu

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II. — La stérilisation de l'organisme est-elle possible ? — Antagonisme entre certains états morbides et les maladies infectieuses. — Individus réfractaires au choléra, à la diphthérie, à la malaria. — Inversement, individus prédisposés par des maladies antérieures, |

Il convient, tout d’abord, d'établir au moins le principe de la méthode antiseptique qui serait la plus puissante et rendrait toutes les autres inutiles si elle était applicable à chacune des maladies infectieuses connues prises en particulier. Je veux parler de la stérilisation préalable de l’organisme. C’est là, il faut l'avouer, une méthode que l’on ne fait aujourd’hui qu’entrevoir, mais dont les indications générales sont fournies par quelques cas particuliers. À ce point de vue, l'étude de ceux que nous appellerons les sujets réfractaires nous semble présenter un réel intérêt.

En pathologie humaine, on saitque certains états morbides très accusés et modifiant profondément la constitution gérérale de l’organisme, la crase du sang et des humeurs, comme auraient dit les anciens, réduisent l'individu à un état de mouvement nutritif tel que ses tissus deviennent impropres à l'insertion et à la pullulation de certains germes pathogènes. On sait, par exemple, combien rarement les cardiaques mitraux deviennent tuberculeux. Il en est de même des çcan-. céreux, et l’on peut presque dire qu'il existe un anta: gonisme, sinon absolu, du moins relatif, entre la tuberculose d’une part, les cardiopathies mitrales et la carcinose de l’autre, Cet antagonisme est d'autant plus cu-

rieux à observer dans la carcinose, que presque toutes les formes si variables qu'elle affecte semblent réaliser fes mêmes conditions générales d’ immunité incomplète. C’est ainsi que le carcinome vrai, celui de la mamelle tout aussi bien que l’épithélioma de l'utérus, que les épithélioma tubulés du rectum, ne s’observent presque jamais concomitamment avec des lésions tuberculeuses en voie d'activité, Dans ces cas, le milieu intérieur à été modifié d’une façon profonde. Le sang des cancéreux offre les lésions particulières si bien décrites depuis longtemps par Malassez ; celui des mitraux est un liquide à activité abaissée qui devient si insuffisant qu’au bout d’un certain temps plus une seule molécule des tissus n’est réellement bonne et n’est plus le siège de mutations nutritives ou respiratoires régulières. Les bacilles de Koch, les zooglea de Vignal et Malassez n'ont que peu d'aptitude à vivre dans un pareil milieu.

Cetexemple donné, passons à ce qu’on pourrait appeler les réfractaires artificiels, et ici nous entrons de plein pied dans le domaine de l’antisepsie préventive. Il suffit de signaler l’immunité incomplètement établie, même au point de vue statistique, des individus ayant subi l'imprégnation cuprique, à l'égard du choléra (Burcq) (4). Paul Bert (2) a signalé une immunité analogue, et aussi pour le choléra, chez les ouvriers maniant le mercure et imprégnés de ce métal. Il eût été curieux, ainsi qu’il l’a fait observer, de savoir siles syphilitiques en cours de

traitément mercuriel ont tous ou en majorité résisté à la

(1) Burcq. Académie de médecine. Séance du 30 mars 1880 1%) P. Bert. Communication à la Société «de biologie, 1883

contagion dans les dernières épidémies. Mais cette statistique n’a pas été faite, à notre connaissance du moins, et à ce point de vue la solution du problème demeure en Suspens. Il en est tout autrement de la question des rapports de l’imprégnation plombique avec la tuberculose ; l’antagonisme imaginé par Beau entre le saturnisme et la tuberculose n’existe pas (Renaut) (1). Quant à la question de savoir si l’imprégnation préalable de l’économie par le benzoate de soude rend l'organisme réfractaire à Ja diphtérie comme l’a soutenu Graham Brown (2), c'est là une question que l’on peut considérer comme à peine posée. Les recherches d’ Antonio Cecci (3) ont infiniment plus de valeur, il aurait en effet démontré que l'usage continu du chlorhydrate de quinine rend réfractaire à la malaria et d'une manière permanente. Si ce fait était bien prouvé, il serait d’une importance fondamentale dans le domaine de l’antisepsie préventive. En dehors de sa valeur théorique, un tel procédé d’impréguation montrerait en effet qu’un milieu intérieur saturé par les sels de quinine rend impossible la pullulation du parasite de la malaria, comme la trace d'argent coupe court à la végétation de l’aspergillusniger. Laphy-

(1) J. Renaut. Thèse d'agrégation, 1875, p. 118, 119.

‘ (2) Graham-Brown. Gazette hebdomadaire, 1880, p 272. . (8) Cecci. Revue clinique de Bologne, 1884.

Les moutons auxquels on fait prendre pendant un certain temps divers hyposulfites deviendraient, d’après les expériences de Polli, réfractaires à l’inoculation du charbon. Cette immunité durerait même assez longtemps. (Polli, cité par Bouiey. De la nature vivante de la contagion.)

Le siologie pathologique de l’action du sulfate de quinine dans les fièvres d'accès serait de la sorte vivement éclairée; et l’administrer dans la fièvre des marais se réduirait à faire l’antisepsie véritable du sang pour ce cas particulier.

On sait qu’à côté des états morbides qui semblent modifier le milieu intérieur de façon àle rendre impropre au développement d’un parasite donné, il en est d’autres qui prédisposent. La rougeole, la coqueluche, sont bien connues dans leurs‘rapports de cause à effet avec la tuberculose qui souvent les suit. 11 en est de même de la scarlatine pour ladiphthérie et lon pourrait multiplier les exemples. Mais dans les cas cités, il semble que la prédisposition survienne principalement, soit par la création de lésions ulcéreuses soit per l’affaiblissement de la résistance générale de l’orgauisme, La coqueluche, la rougeole, amènent des desquamations épithéliales sur de larges surfaces dans les muqueuses aériennes, La voie est ouverte ainsi à tous les parasites, comme la preuve semble en être donnée par la thèse récente de Darier (1). Le parasite de la tuberculose peut venir à son tour et s’insérer à la surface des érosions produites par la maladie antérieure qui lui a de la sorte ouvert une multitude de portes fermées auparavant.

Dans de semblables conditions et eu égard à la tuberculose en particulier, une seule méthode est applicable, c'est la suralimentation qui, en modifiant le milieu intérieur et en augmentant, éomme l’a montré Debové, la

(1) Darier. Thèse de Paris, 1885.

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