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L'AUTONOMIE DE LA POLOGNE

6 avril 1863.

C'est se tromper grandement que de penser qu'il suffirait de donner au grand-duché de Varsovie une administration distincte, aux termes de l'article 2 de l'acte du congrès de Vienne du 9'juin 1815, même une législation distincte, même une constitution distincte, pour que les Polonais consentissent â voir, dans ce retour à des traités que le gouvernement de Napoléon III ne saurait invoquer, l'autonomie de la Pologne.

Autonomie de la Pologne ! N'est-ce pas un mot trop grand, n'est-ce pas un mot trop ambitieux pour une Pologne réduite aux proportions du duché de Varsovie; pour une Pologne n'ayant plus d'existence qui lui soit propre ; pour une Pologne démembrée; pour une Pologne coupée en trois morceaux et partagée entré trois nations distinctes: l'Autrichet la Prusse et la Russie ? Depuis quand morcellement et autonomie sont-ils devenus synonymes? Ce que demandent, le vicomte de la Guéronnière , dans le journal la Frtuice, ce n'est pas l'autonomie de la Pologne, c'est l'autonomijs du duché de Varsovie; mais non, ce n'est pas même l'autonomie du duché de Varsovie, puisque ce duché n'aurait pas le droit de faire sa loi de recrutement. L'autonomie, c'est le droit de se gouverner selon ses propres lois. Qu'est-ce qu'une auto-* nomie où la loi la plus importante, la loi du recrutement, serait celle que l'État autonome n'aurait ni le droit de faire, ni le droit de changer, ni le droit d'abroger ?

M. de la Guéronnière, qu*il le reconnaisse, s'est servi cl*un mot dont il n*a pas mesuré la portée et qui va au delà, fort au delà de sa pensée, puisque la Pologne à laquelle il l'applique est la Pologne de 1815 et n'est pas la Pologne de 1772.

Dire en parlant du duché de Varsovie : l'autonomie de la Pologne, c'est absolument comme si l'on disait en pariant de la Lorraine : l'autonomie de la France !

M. de la Guéronnière nous accuse d'être absolu ; nous l'accusons de n'être pas pratique. Entre lui et nous, l'avenir prononcera !

Nous lui donnons acte de sa déclaration , conçue en ces termes :

« Nous n'avons, en effet, et ne pouvons avoir en vue que la Pologne de 1815. La Pologne de 1773 peut nous inspirer des regrets, et il notts est permis de faire des vœux pour eUe; mais la Pologne de 4816 est la seule en faveur de laquelle nous ayons le droit d'agir, la seule qui soit une question européenne , la seule qui puisse motiver une. intervention diplomatique, sans que cette intervention soit une ingé' rence. »

Cette déclaration fait tomber le grand mot < autonomie », qui ne signifie plus 'rien; elle fait perdre à la Pologne, comme question européenne, toute son importance.

Qu'importe à la sécurité de l'Europe que le duché de Varsovie ait ou n'ait pas une représentation et une administration distinctes ?

C'est la montagne qui accouche d'une souris.

Admettons cependant que la politique de M. de la due" ronnière l'emporte sur la nôtre; admettons que l'empereiir Alexandre II rende au duché de Varsovie la constitution et les attributions que lui avait données Alexandre l" ; mais admettons aussi que , persistant dans toutes les déclarations de tous leurs manifestes, les Polonais — ce qui est certain— t ne se contentent pas de la Pologne de 1815, de ce tronçon de leur ancien royaume : que fera alors la France î Se tournera-t-elle contre eux ?

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