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LA LOGIQUE DES CHOSES

D août 1863.

Selon X Europe, de Francfort, « le généial Mourawîeff est surpassé par les mesures administratives du ministre Bismark, appliquées dans toute l'étendue de la monarchie des Hohenzollern... » S'il en était réellement ainsi, l'Angleterre, rAulriche et la France, armées en guerre contre la Russie, s' armeraient-elles pareillement contre la Prusse? El si la Gallicie et l'État de Gracovie, profitant de cette occasion inespérée et propice, s'agitaient et faisaient cause commune avec le grand-duché de Posen et le duché de Varsovie , que ferait l'Autriche? Laisserait-elle se détacher la Gallicie et l'État de Gracovie sans tenter de les retenir, afin de ne point rompre Tentente entre les trois cabinets autrichien, britan* nique et français, ou se séparerait-elle de lord John Russell et de M. Drouyn de Lhuys pour suivre les traces du prince Gortchakoff et du comte de Bismark ?

On lit dans V Opinion nationale :

« Le bruit court que l'empereur François-Joseph s'apprête i pro^ clamer l'état de sië^e en Gallicie, comme le roi Guillaume dans le ^and-dttché de Posen. »

n se peut que cette nouvelle soit prématurée, mais inévitable est cette conséquence de l'action commune, en admettant que là pauvre action commune dure encore.

L'Autriche, prenant parti pour les Polonais sujets russes contre la domination moscovite, n'a qu'un moyen, un seul, d'empêcher que les Polonais sujets autrichiens prennent parti contre la domination autrichienne : c'est d'y renoncer

spontanément, libéralement. Cet exemple, prescrit par la logique, l'Autriche le donnera-t-elle ?

En avril 1848, les députations polonaises de Gallicie et de Cracovie, conduites par le prince George Lubomirski , après s'être adressées à l'empereur d'Autriche, Ferdinand I*', s'étant rendues chez l'archiduc Jean, ce dernier leur dit :

« Maintenant, nous pouvons parler franchement. Ma grand* mère et le roi de Prusse Frédéric II, en partageant la Pologne, ont commis une faute. Ce partage est un grand malheur pour toute l'Europe. Depuis ce moment-là la paix et la loyauté ont disparu, et le trafic des nations a commencé, au détriment des gouvernements eux-mêmes. Ces derniers ne pourront jamais jouir tranquillement de ces étranges acquisitions. L'existence de la Pologne est une chose naturelle et indispensable. Il serait superflu de discuter sur les moyens de son rétablissement, car une chose naturelle et indispensable arrive d'ellemême... » (1)

L'empereur Français Joseph se rangera-t-il en 1863 à l'opinion émise en 1848 par l'archiduc Jean, ou restera-t-il attaché à l'opinion contraire, écrite et pratiquée en 1847 par le prince de Metternich ?

Le 4 janvier 1847, le prince de Metternich répondait en ces termes aux protestations de l'Angleterre et de la France contre l'incorporation de Gracoyie :

« Nous n'admettons pas qu'un traité puisse ne pas établir des droits et des charges. Nous n'admettons p'oint, par contre, que les droits ou les poids des charges qu'ils imposent aux parties contractantes puissent dépasser les limites que leur trace l'engagement contracté.

» Nous respectons les indépendances légalement établies, et nous nous reconnaissons dès lors le droit d'exiger que notre indépendance, comme celle de tous les Etats, soit également respectée.

» La mesure que Sa Majesté l'empereur a prise de concert avec Leurs Majestés l'empereur de Russie et le roi de Prusse par rapport à Krakovie, l'a été dans les sentiments des droits qui compétent et des devoirs qui incombent à Sa Majesté Impériale :

» De ses droits, parce que l'empereur, en laissant insérer le traité du 3 mai 18f5 dans le recez général du congrès, n'a pas entendu céder à tous les cosignataires de cet acte un droit appartenant exclusivement aux parties contractantes du traité du 3 mai;

» De ses devoirs, parce que ceux que Sa Majesté avait à remplir envers les peuples confiés par la Providence à ses soins ne lui auraient pas permis de rétablir un corps politique qui, après avoir contrevenu pendant une longue série d'années aux conditions sur le respect desquelles son indépendance avait été fondée, a fini par sacrifier Texistence politique qui lui avait été donnée , à des projets in'kurrectionnels, hostiles à tout ordre gouvernemental et social.

» Signé : METTniiiCH. v

Le 9 janvier 1847, il ajoutait :

« Les trois cours n'auraient jamais agi comme elles l*ont ûdt, si elles n'avaient pas été complètement convaincues de Fentière légalité de leurs actes.

» ... Les puissances protectrices ont toujours respecté la partie de l'indépendance assurée par le traité du 3 mai (21 avril 1815^ à la république de Krakovie. C'est cette dernière elle-même qui a contraint les puissances protectrices à mettre un terme à une prétendue liberté que ce petit État avait cédée au gouvernement de l'émigration. Le motif, l'unique motif de la résolution des trois puissances est fondé dans le sentiment de l'absolue nécessité où étaient les puissances d'agir comme elles l'ont fait... Elles ont consulté la première loi de chaque État, le droit de propre conservation et de protection envers leurs sujets; ensuite elles ont agi, convaincues de leur droit et de leur devoir. C'est en cela , et dans aucune autre chose, que réside toute la question de Krakovie.

Signé : mbttebmich. »

Si rÂutriche a changé d'avis sur la portée des stipulations de l'acte du congrès de Vienne du 9 juin 1815, pourquoi n'en a-t-elle pas déjà donné la preuve en se hâtant de rétablir la république de Gracovie dans les conditions primitives des articles 6 et 9?

Dans l'article 6 il est dit :

« AKT. 6. La ville de Krakovie avec son territoire est déclarée à perpétuité cité libre, indépendante et strictement neutre,. sous la protection de la Russie , de l'Autriche et de la Prusse. »

Dans l'article 9 il est dit :

(t ART. 9. Les cours de Russie, d'Autriche et de Prusse s'engagent à respecter et à faire respecter la neutralité de la ville libre de Krakovie et de son territoire; aucune force armée ne pcurrÛ Jamais y être introduite, sous quelque prétexte que ce soit. »

A quel titre l'Autriche, ayant passé du camp de la Prusse

et de la Russie dans le camp opposé de TAngleterre et de la FrancQ» ayant* changé de principes, ayant abjuré Topinion solennellement exposée dans le Mémoire annexé à la dépêche du prince de Mettemich, du 9 janvier 1847, au comte de Dietrichstein à Londres et communiquée par celui-ci à lord Palmerston, à quel titre rAutriche garde-telle sous sa domination la * république de Cracovie?

Jusqu'à ce jour, TAutriche a eu un pied dans chacun des deux camps; mais le moment est venu d*opter« Pour lequel des deux camps oplera-t-elle ? Si elle opte pour le camp anglo-français, qu'elle évacue Cracovie ; si elle n'évacue pas Cracovie, sur quQf se fonde-t-elle pour combattre les prétentions du cabinet russe ?

Liée par ses incorporations de Gallicie et de Cracovie, qu'elle voit toujours près de lui échapper, l'Autriche est dans ufie situation qui ne permet pas sérieuseipent de compter sur elle. Sous les paroles des hoipmes, il faut toujows regarder les choses : ceux-là se trompent encore plus souvent qu'ils ne trompent; celles-ci ne troippent pas et nç peuvent pas se tromper. Fût-il vrai qu'en Autriche les hommes soient avec la France, les choses en Autriche sont avec la Russie. Ainsi s'explique naturellement la double politique du gouvernement autrichien, que le Siècle aualifip très-injustement de tortueuse; c'est comme s'il accusajt 1^ serpent de ramper au lieu de planer, ou cpmme s'il louait Taigle de planer au lieu de ramper.

L'agitation en Gallicie et à Cracovie croissant et s'aggravant, si la Russie s'alliait à l'Angleterre et à la France pour demander à l'Autriche de mettre fia à une agitation de nature à troubler la paix de l'Europe , que répondrait Je comte de Rechberg ? ,

Les Polonais sujets autrichiens sont admis au Reichsrath; éligibles et élus^ ils concourent à la loi commune; ils parlent leur langue sans que nul s'y oppose ; ils ne sont troublés en rien dans l'exercice de leur religion; la loi qui les appelle à servir sous les dcapeaux est la même pour tous sans distinc-

tion entre Autrichiens et Polonais. Que veulent-ils de plus ? Pourquoi s'agitent-ils ? Pourquoi trois membres de la diète de Gallicie se sont-ils fait afrëter? Si rAutriche les met en jugement et les condamne» que dira et que fera M. Drouyn de Lhuys? Interviendra-t-il diplomatiquement en Autriche comme il est intenrepu dipjomatiqueipent en Russie ? Pera-t-il comme les Chinois, aura-t-il deux balances : Tune favorable au comte de Rechberg et l'autre contraire au prince Gortchakoff ?

Abstention de la France en Russie, sous peine d'intervenir en Autriche et plus tard en Prusse : yoilà ce qu'enseigne l'agitation de la Gallicie. logique des choses, quand doqç seras-t|) la diplomatie cf^s hommes !

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