‹ L'apaisement de la PologneChapitre 44 sur 73 · HUMILIANTE · texte numérisé non relu

HUMILIANTE

Non , pas de guerre ; car toute guerre impose au vaincu la paix humiliée.

Or la paix humiliée, c'est la paix instable, c'est la paix armée, c'est la paix stérile. La paix humiliée n'est pas la paix, ce n'est qu'une trêve.

Est-ce que la guerre qui s'est close par la victoire de Waterloo, remportée en 1815 par la coalition, n'a pas été et n'est pas encore pour la France la paix humiliée ?

Est-ce que la guerre qui s'est close par la victoire de Sébastopol, remportée en 1855 par la France, l'Angleterre et le Piémont coalisés, n'a pas été et n'est pas encore pour la Russie la paix humiliée ?

Est-ce que la guerre qui s'est close par les victoires de Magenta et de Solferîno, remportées en 1859 par la France et le Piémont, n'a pas été et n'est pas encore pour l'Autriche la paix humiliée ?

Est-ce que la guerre qui vient de se clore par la victoire de Puebla, remportée en 1863 par la France, n'est pas pour le Mexique la paix humiliée ?

Qui dit paix humiliée dit implicitement guerre humiliante. Pas de contenu sans contenant. Ni guerre humiliante ni paix humiliée. Ouvrons l'ère de la paix systématisée pour fermer à jamais l'ère de la paix humiliée !

Pour ouvrir glorieusement l'ère de la paix systématisée, quel siècle fut jamais plus propice que celui qui a vu naître

la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, et abaisser les barrières de douane en attendant qu'elles disparaissent entièrement, ce qui ne saurait tarder ! Pour ouvrir glorieusement l'ère de la paix systématisée, faisant oublier la paix humiliée, l'effaçant sous l'épaisseur de la liberté, l'effaçant sous la grandeur de la prospérité, l'effaçant sous tous les progrès de la science, qui est la guerre transformée, la guerre des hommes contre les choses au lieu de la guerre des hommes contre les hommes; pour ouvrir glorieusement ainsi l'ère de la paix systématisée, quel souverain a jamais été plus favorablement placé que l'héritier de l'empereur Napoléon P% vainqueur du monde ; que l'empereur Napoléon III, vainqueur de la Russie, vainqueur de l'Autriche !

Pas de paix humiliée ! dites-vous.

Est-ce que sous le règne de l'empereur Napoléon III, soupçonné d'être trop facilement enclin à la guerre, ces mots de paix humiliée, s' appliquant à la France, peuvent entrer dans la pensée d'aucune des grandes puissances de l'Europe?

Rayez-les donc et soyez moins humbles !

S'il est deux souverains à qui l'idée de s'offenser ne peut venir, s'il est deux souverains nés pour s'entendre et devant rester cordialement unis, étroitement alliés, ce sont assurément l'empereur Napoléon III et l'empereur Alexandre II, l'un et l'autre ayant marqué leur règne par les mêmes tendances vers l'amélioration du sort du nombre le plus grand.

N'attacher d'importance qu'à l'indépendance de la Pologne et ne pas tenir compte de l'abolition du servage, qui a élevé vingt-deux millions de serfs à la dignité d'hommes, qui leur a rendu la propriété d'eux-mêmes, ce n'est ni juste ni politique.

Soyons politiques et soyons justes !

Ne soyons pas plus susceptibles à l'égard du prince Gortchakoff et de la dépêche du 14 juillet 1863 que nous ne l'avons été à l'égard du prince de Metternich et de son mémoire du 9 janvier 1847, que nous ne venons de l'être à l'égard de

lord John Russell et de lord Palmerston, qui, après avoir adopté le projet d'une réplique collective et identique qui les liait, viennent d*y renoncer pour s'en tenir à une réponse séparée qui leur laisse toute liberté... de ne pas agir!

Admettons au même titre tous les dissentiments. Dissentiment entre l'Angleterre et la PranCe, dissentiment entre la France et la Russie.

L'Angleterre ne veut pas aliéner sa liberté d'action... eh bien , qu'elle ne l'aliène pas !

La Russie pense que Ventente préalable à troii serait plus efficace que la conférence^ à huit pour arriver à l'apaisement de la Pologne, auquel la Russie, la Prusse et l'Autriche sont certainement plus intéressées que l'Angleterre et la France; eh bien, que la Russie essaye! ?>\:V entente à trois ne réussit pas, il sera toujours temps d'en revenir à la conférence à huit. Débuter par la conférence à huit, au lieu de débuter par l'entente préalable à trois, c'est évidemment mettre la charrue devant les bœufs, au lipu de mettre le§ bœufs devapt la charrue. Dira-t-on qu'après la dépêche écrite en toute hâte le 19 juillet 1863 par le comte de Rechberg, V entente préalable à trois n'est plus possible entre l'Autriche, la Prusse et la Russie? soit! Ce ne sera jamais de notre part que viendront les objections contre ce qui est de nature à simplifier une question.

Conférence à huit et entente préalable à trois n'étaient que dés complications ; tant mieux qu'elles disparaissent ! . Qu'est-ce que la conférence à huit eût pu ajouter aux Çix Points conçus par M. Drouyn de Lhuys, approuvés par lord John Russell, adoptée par le comte de Recbberg? — Rien. Puisque la Russie les a admis comme étant d'expression de ses intentions, elle n'a qu'à les appliquer purement et siipplement, sans conférence à huit et sans entente préalable à trois. Alors rion ne ser^ dit et tout sera fait. Alors, ce sera la question vidée par elle-même et par elle seule. Alors, plus de prétexte à la guerre fiumiliante txumblemei^t provoquée par ce titre malheureux : « La pi^ix humiliée ! «

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