NE VOIS PAS O' AUTRE INTERVENTION QUI PUISSE Y REMÉDIER
L'Angleterre fera des |)hrase6 contre le partage de la Pologne ; l'Angleterre, sans se souvenir de la lettre de son roi George III, dira que € ce partage est une honte », L'Angleterre, sans se souvenir davantage du titre auquel elle règne sur Gibraltar, ajoutera que c la Russie ne règne plus en Pologne 9 tjûe par droit de conquête » ; mais l'Angleterre ne proposera pas une autre intervention que celle du c Tout-Puissant » 1
Si la France, qui a pris la parole en faveur des Polonais, doit désormais garder le silence, il faut qu'elle le dise et qu'elle dise pourquoi, afin que la Russie, n'ayant plus pour motif ou pour prétexte la pression étrangère, tende sans retard à la Pologne une main qui panse les blessures et qui arrête les massacres et les supplices ! Les sentiments généreux et libéraux de l'empereur Alexandre ne lui en imposeraient pas le devoir, que l'honneur et l'intérêt de la Russie le lui commanderaient.
Quand les Polonais insurgés sauront, à n'en pouvoir douter, qu'ils ne doivent plus compter ni sur la guerre a TROIS, demandée par la France, le Pays et le Constitutionnel,
ni sur la guerre a un, réclamée par Y Opinion nationale, le Siècle, la Patrie, le Monde et le Journal des Débais, ils renon* ceront à une lutte désespérée qui leur aura déjà coûté trop d'hommes et trop d'argent, et, à défaut de l'indépendance, ils accepteront définitivement la liberté.
Blasphème et calomnie! va-t-on s'écrier. Jamais, non, jamais, ajoutera-t-on, les Polonais n'accepteront la liberté politique sans l'indépendance nationale ; jamais ils n'accepteront la sujétion russe !
Nous reprenons et nous disons :
Est-ce que les Galliciens, même après les hideux massacres de 1846, n'ont pas accepté des Autrichiens la liberté politique sans l'indépendance nationale ? Est-ce qu'ils n'ont pas accepté la sujétion autrichienne ? Est-ce qu'ils ne siègent pas au Reichsrath ? Est-ce que les Galliciens et les Cracoviens ne sont pas Polonais ?
Oui, il y a un moyen de mettre un terme aux rigueurs et aux assassinats qui souillent à la fois le nom russe et le nom polonais : c'est que la France , se dégageant hautement de l'Angleterre et de l'Autriche, parle le langage, non plus de la diplomatie ergoteuse , mais celui de la civilisation émue ; c'est que la diplomatie se taise et que l'empereur des Français fasse un de ces manifestes comme il excelle à les faire, un manifeste qui soit le manifeste de la frange a l'europe !