AVANT-PROPOS
Propager le procédé si souvent efficace, préconisé par le docteur Garel en 1887 pour le traitement de l’aphonie nerveuse, telle fut l'origine de notre thèse.
Nous fûmes, en outre, singulièrement encouragé à . faire une revue générale de cette question, en constatant qu’il n’était point de travail plus récent en la matière que celui de Follenfant remontant à 1879,
De plus, trouvant personnellement un attrait tout particulier dans létude et l'observation des états pathologiques étroitement liés aux perturbations d’ordre psychique et moral, il n’était point dans le domaine de la laryngologie d'étude plus passionnante pour nous, que celle concernant ces aphonies éclatant et disparaissant brusquement à la suite d’une émotion vive et révélant plus que toute autre, la mystérieuse influence réciproque de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme, influence dont la nature intime sollicite depuis la plus haute antiquité les méditations des philosophes et des médecins.
La solution de cette question quant à son essence, nonseulement ne nous semble pas plus nette, plus satisfaisante à l’heure présente qu’au temps d’Aristote, mais encore, nous paraît à jamais devoir rester mystérieuse, soit que l’on ait foi, comme nous-même, à la vieille doctrine franchement spiritualiste affirmant sans réticence la différence de nature entre l’âme et le corps, soit au
contraire, que l’on tienne pour vérité, la teneur de la doctrine matérialiste.
Mais que nous importe au point de vue médical ces obscurités qui en font précisément tout l'attrait au point de vue philosophique, si, en présence de ce fait aussi banal qu’irrécusable l'influence manifeste du psychique sur le physique, et du physique sur le psychique, on reste convaincu que là se trouve la base d’une thérapeutique féconde.
En effet, qui ne sait que par l'exercice quotidien de la volonté, il est possible d’en accroître la vertu à un point tel qu’elle devient capable d’exercer sa puissance dominatrice jusque sur les fonctions en apparence les plus étrangères à son domaine. Et s’il est possible d'agir volontairement même sur l'intestin d’une façon presque impérieuse, comme nous le démontraiït récemment au lit de ses neurasthéniques le docteur Dubois privat-docent de l’Université de Berne, combien plus puissante encore sera l’action de cette volonté lorsqu'elle exercera son empire sur le centre cortical phonatoire, qui est bienphysiologiquement parlant, de par sa corticalité, du domaine volontaire même.
Et c’est là une des raisons pour lesquelles nous avons admis dans notre travail (à l’encontre de beaucoup d’auteurs) une aphonie purement psychique que l’on ne doit point confondre avec toutes les autres aphonies nerveuses, d’origine hystérique, réflexe, toxique.
Pour nous, il n’y à pas une aphonie nerveuse, mais des aphonies nerveuses.
Nous avions tout d’abord l'intention de ne traiter que de l’aphonie psychique pure, mais nous nous sommes rendu compte qu’il serait trop artificiel de distraire, malgré son autonomie, l'aphonie psychique des autres aphonies d’origine corticale justiciables d’influences provocatrices autres que l'élément psychique.
Et alors nous avons fait rentrer dans le cadre de notre
Dep
travail, toutes les aphonies relevant soit de point de départ réflexe, soit de maladies infectieuses ou d’intoxications. Nons parcourons ainsi de même l’autre face du problème phisolophique posé, c "est -à-dire les rapports du physique sur le psychique.
En effet, tout-à-l’heure, nous avions vu l'élément psychique entravant la fonction phonatoire de par lui-même, maintenant, au contraire, nous sommes en présence d’un état pathologique d’origine soit réflexe, soit infectieux, soit toxique ravissant le centre phonatoire à l’influence de la volonté. Cette fois le problème thérapeutique change également de face, puisque ce n’est plus à élément psychique hors de cause qu’il convient de s’adresser, mais au contraire à son organe mis dans l’impossibilité de re-. cevoir lincitation volontaire.
Poser ainsi la question, c'était singulièrement élargir les limites de notre travail et nous obliger à choisir un titre de cadre suffisamment général, suffisamment extensif pour que notre classification ne sy trouve point à Pétroit. |
Les dénominations si souvent en vigueur d’aphonie psychique, d’aphonie émotionnelle, d’aphonie hystérique, ne pouvaient prétendre maintenant qu’à figurer parmi les subdivisions de notre travail en raison de la compréhension plus restreinte et pus précise que nous leur avons donnée.
Restait il est vrai le terme d’aphonie nerveuse, en la faveur duquel on pouvait invoquer et la tradition courante et le caractère suffisamment exténsif. Mais l’épithète de « nerveuse » n’est-elle point trop vague et n’évo- que-t-elle point dans l’esprit du lecteur la possibilité de lésions ou de perturbations pouvant siéger sur tout le domaine du système nerveux dont est tributaire le larynx!
S’il est vrai, comme nous le pensons avec notre Maître M. le docteur Garel, que la véritable aphonie est toujours d’origine cérébrale, pourquoi ne point serrer davantage
notre définition et tout en la rendant plus précise lui donner en même temps une signification non pas plus extensive, mais du moins plus compréhensive, en tenant compte du point de vue pathogénique. Sous le bénéfice de ces réflexions, nous proposons la dénomination d’aphonie cérébrale.
En effet, que les aphonies revendiquent pour point de départ un réflexe, une infection, une intoxication, il faut toujours pour la voir apparaître l’appoint cérébral, les autres facteurs ne jouant pour ainsi dire que le rôle d’agents provocateurs ! ! Toutes les autres affections du larynx peuvent bien s'accompagner de troubles de la voix très divers, tels la raucité, la dysphonie, la voix eunuchoïde, mais jamais d’aphonie pure, celle-ci étant toujours fonction de perturbation cérébrale. Nous en avons la preuve dans toutes ces aphonies qui ne révèlent au laryngoscope aucune altération organique ou fonctionnelle dans toutes celles encore qui s’accompagnant d’ulcérations ou de phénomènes paralytiques disparaissent subitement par le traitement de Garel ou le traitement électrique. Dans ces derniers cas, la raucité ou la dysphonie succède à l’aphonie, comme témoins de l’ulcération ou de la paralysie.
L’appellation d’aphonie cérébrale nous semble donc parfaitement justifiée.
Mais avant d’entrer dans l’étude même de l’aphonie cérébrale, il nous semble utile de dire d’une façon très précise ce que nous entendons par aphonie. Beaucoup d'auteurs non laryngologistes confondent encore le mutisme avec l’aphonie. C’est là une grossière erreur.
I faut entendre par aphonie : « L'impossibilité où se trouve le malade de parler à haute voix, tout en pouvant encore articuler les mots. Dans l'aphonie complète, la voix est absolument comparable à celle d'un homme qui parle volontairement à voix basse. La parole est pour ainsi dire soufflée. »
ETIOLOGIE
Si l’on parcourt toutes les observations classées par les différents auteurs sous le nom d’aphonie nerveuse, on reste frappé au premier abord de la multiplicité et de la complexité des causes généralement invoquées dans l'étiologie de cette affection.
C’est ainsi par exemple que Follenfant (1) les divise en quatre groupes : |
« Le premier groupe, dit-il, comprend les causes que nous appellerons directes, parcequ’en effet, elles agissent directement sur les cordes vocales inférieures. Ce sont les laryngites aigues simples ou diphtéritiques, les efforts vocaux, le froid, la maladie rhumatismale, les névroses du larynx.
« Le deuxième groupe comprend les aphonies que l’on a pu relier à des altérations organiques siégeant en d’autres points de l’économie souvent fort éloignés du larynx; ce sont les causes que l’on est convenu d'appeler reflexe : Maladies de l’utérus, maladies physiologiques de celui-ci par la grossesse, par l'établissement ou le retard des règles, etc.
« Dans le troisième groupe nous avons rangé les états généraux morbides : anémie par grandes hémorrhagies,
(1) Thèse de doctorat, Paris 1878.
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chlorose, fièvre typhoide, syphilis, tuberculose pulmonaire.
« Le quatrième groupe très important comprend les aphonies causées par les états nerveux persistants comme l’'hystérie, l’épilepsie, la chorée, ou passagers comme l’éclampsie, les congestions cérébrales de médullaires et les émotions vives. »
Cette classification nous semble justiciable de plusieurs reproches :
l° Les éléments qui composent chacun des quatre groupes sont juxtaposés, d’une manière trop artificielle : c’est ainsi qu’il nous est impossible de laisser dans la même catégorie : « le froid » et « la diphtérie» avec les « congestions cérébrales et modullaires » et « les émotions vives ».
2 L’aphonie purement psychique qui absorbe à elle seule les 9/10 des aphonies nerveuses ne nous semble pas suffisamment mise en relief.
Enfin :
æ Nous ne voyons pas pourquoi les aphonies relevant des intoxications chimiques (cuivre, plomb, etc.) ne rentreraient pas dans notre cadre au même titre que les aphoaies relevant des intoxications par les toxines (fièvre typhoïde, diphtérie, etc.). ÿ
Nous ne nous dissimulons pas qu’il est extrêmement difficile de présenter une classification précise. Les facteurs les plus variés peuvent concourir parfois simultanément à la création de laphonie nerveuse et il n’est pas rare d'observer à la fois : l’ébranlement psychique, le froid, l’hystérie, le toxique. Quel est alors parmi eux le facteur essentiel franchement déterminant ?
Parmi tous ces agents qui se présentent de front à l’origine de l’aphonie nerveuse quel est celui qu'il faut incriminer comme agent réellement causal au sens philosophique du mot, et quels sont ceux au contraire qui re doivent figurer qu’à titre d’agents provocateurs ? Trop d’in-