CONÇU SION
Nous avons exposé notre pensée ; notre tâche est remplie, Ames fidèles, arrachez-vous donc un instant aux illusions des sens et, recueillies, loin du bruit iln monde cl du tumulte des créatures, considère/ le malheur affreux de tant d'ames qui se perdent; prêtez L'oreille aux pressantes sollicitations des dignes ouvriers qui travaillent à les sauver et qui implorent votre secours.
i) Dieu ! quelles voix plaintives se l'ont entendre et viennent affliger mon cœur!
G'eSt LA VOIX ItF. CBS GENEREUX APÔTRES, qu'un sublime dévouement transporte tous les jours jusqu'au bout du inonde. Du milieu des (lots de l'océan dont ils bravent les tempêtes, du sein des nations barbares qu'ils s'efforcent de gagner à Jésus-Christ, de toutes les contrées de l'univers, ils tournent leurs regards mis leurs dévoués fi ères d'Europe; et sans cesse aux prises avec l'erreur et L'infidélité, en proie à toutes les privations, là, sur Le théâtre de leurs combats, champs d'honneur souvent teints de leur sang.
ils répètent avec le grand saint Paul : Frères bienaimés, priez pour nous (1). Us s'écricntavec l'apôtre des Indes, François Xavier : « Pourquoi l'Europe qui surabonde de prêtres et de secours spirituels est-elle si avare et si dure envers ces contrées, où périssent chaque jour lant de milliers d'âmes, faute d'une voix qui les éclaire, d'une main qui les baptise ? »
C'est la voix de l'Eglise elle-même qui gémit et qui pleure. Elle pleure comme Rachel sur ces pauvres petits enfants qui meurent au jour de leur naissance, avant qu'elle ait pu les régénérer à la grâce, victimes infortunées d'une cruauté inconnue aux tigres eux-mêmes : ou qui, plus malheureux encore, tombent à la fleur de leurs ans, déjà consumés par une corruption précoce, comme la fleur délicate qu'a flétrie et desséchée le souffle bruis nt du désert.
Elle pleure sur ces innombrables esclaves du péché, i|Ui, morts à la vertu, morts à la foi, morts à fout sentiment honnête, portent déjà gravé sur le front, le sceau ignominieux de la réprobation.
EiU pleure sur ces infortunés que le schisme et l'hérésie ont ravis à son amour, et qui, semblables à la branche séparée du tronc, n'ont en partage'que la malédiction, en perspective que le feu et d'épouvantables supplices.
(1) I. Cor., i. 5.
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Elle pleure sur cette multitude plu» considérable encore d'idolâtres h d'infidèles de toutessortes, qui méconnaissent ou blasphèment le nom de Jésus et, prosternés aux piedsd'inf&mes idolt s, prostituent aui démons les hommages dus au seul Dieu immortels
Elle pleure... mais arrêtons-nous. <> Egtisesainte! ô mère lendre des Ûdèles, c'est en vain que nous entreprendrions d'énumérer tous les maux qui roua affligent, de rappeler les causes trop multipliées de vos douleurs, de compter les plaies qu<- \<» ennemis, que vos propres enfants, hélas! vous foni tous les jours. Nous, du moins, UOUS mèli ions nos larmes à celles que vous répandez; 1rs coups qui déchirent votre sein perceront auparavant nos cœurs, el nous partagerons des maux qu'il ne nous est pas donné de guérir.
C'esl i wiiix de Jésus-Christ. 1>u fond de ces tabernacles OÙ le retient jour el nuit captif son incomparable tendresse pour nous, un cri s'échappe de son divin Cœur : Je suis venu apporter le fruitée l'amour sur lu terre,et que désiré-je autre chose,&inondeVet\ voir embrasée? Puis, nous montrant ces générations innombrables qui, connue des values pressées, vont se précipiter l'une après L'autre dans l'éternel abîme : 0 mes entants, nous dit-il, me laisserez-vous seul travailler et souffrir pour ces âmes '('. Mon sang a coulé pour elles; n'y aura-t-il aucun d'entre vous qui veuille joindre au inoins ses prières aux miennes pour les sauver?
Qui de nous restera insensible aux ardents et si justes désirs du divin Sauveur?
Que de maux ! que de crimes! que de souffrances! ODieu! où courent ces multitudes aveugles? Elles se lassent, elles s'épuisent dans les voies dei'iniquité, et il ne se trouve personne qui vienne leur porter secours, ni leur tendre une main charitable pour les soutenir, ni leur faire entendre la voix amie qui console, instruit et encourage !
0 Seigneur, qui aimez les enfants des hommes jusqu'à dire que vous faites vos délices d'habiter parmi eux, dilatez le sein de votre miséricorde, afin que les brebis errantes y trouvent leur asile et leur repos, nous vous en conjurons par votre propre amour. Vous exaucerez des vœux que vous seul avez pu nous inspirer; et réunis tous ensemble par les doux liens de votre divine charité, nous trouverons accès et grâce auprès de votre Cœur.
Voyageurs sur cette terre misérable, nous sommes tous si faibles, que nous avons hesoin de nous appuyer mutuellement sur les bras de nos frères, pour ne pas succomber dans la route. Mais, c'est surtout dans l'ordre de la grâce et du salut que Dieu a voulu que nous fussions unis. La Prière, tel est le lien qui de tous les cœurs ne fait qu'un cœur, de toutes les voix qu'une seule voix. C'est la prière commune qui fait notre force, c'est elle qui nous rendra invincibles.
Elle est comme le pont jeté sur les abîmes que le
Dl i v PI I
pauvre voyageur doit frai p rriver au terne heureux de son pèlci inage.
Elle esl r ichellc mystéri rua • ntl ichéc à la voûte du lifin um.'iii. Les \mj. s \ montent el descendent inccssammenl pour noua inonlrcr la route cl porter dm vœux au pieil du trône de l'Eternel. Nous devons nous élever après eux de degrés en degrés; les uni précèdent, les autres suivent ; tous doivent s'encourager el se soutenir
esl le levier tout-puissant remis entre nos mains, pour soulever le monde alïaissé souslc poids de ses crimes et Je porter jusqu'au ciel.
Elle est la chaîne pur laquelle la misère attire a elle la bonté; déjà elle a lait descendre le Verbe de Dieu sur la terre; déjà elle l'a contraint d'envoyer aux hommes son esprit; c'est elle encore qui doit nous procurer une plus abondante effusion de ses glaces. Hàlons-nous d'unir ensemble nos désirs, nus prières el nos efforts; puissants par eux-mêmes, ils formeront par leur union un irrésistible faisceau.
i » Jésus, vous avez dit, aux juins de votre vie morteUe:Zid où plusieurs seront r< mon nom, je
serai au milieu d'eux ; — et ailleurs : Lorsque deu i ou (rois s'accorderont à me demander une > grande qu'elle puisse être,' je la leur accorderai. Il est temps de vous souvenir de ces promesses. Soyez donc au milieu de nous par voire infinie tendresse, comme nous sommes nous mêmes unis et confondus en une même prière. Vous vous solliciterons, nous
vous importunerons de nos vœu \.. D'un bout du monde à l'autre, un concert unanime de gémissements et de désirs montera jusqu'à votre Cœur. Nous recueillerons toutes les gouttes de votre sang, pour les porter jusqu'aux nations lointaines qui ne connaissent point encore votre nom béni, comme à ces générations plus voisines qui demeurent aveugles au milieu des torrents de votre lumière. Nous vous les présenterons sans cesse, ces frères infirmes, malades, mourants de la lèpre du péché et des plaies honteuses de l'infidélité, et nous ne cesserons de vous adresser nos demandes et de pousser des cris de détresse, que lorsque nous aurons recueilli dans votre Cœur et conduit au port de l'éternité bienheureuse ces âmes créées à votre image et rachetées de votre sang.