‹ L'appel au soldatChapitre 9 sur 46 · AMOURS DE STUREL ET DE MADAME DE NELLES · texte numérisé non relu

AMOURS DE STUREL ET DE MADAME DE NELLES

elle paraissail un peu une | >• - 1 i i < * | » 1 1 1 1 1 1 « * que le venl soulève, et maintenant, par son harmonie générale, l»,ir le mouvemenl de ses membres el par l'unité heupeusedesa toilette, elle donnai! esthétiquemenl une sensation de poids. Sturel lui voyait La Lourdeur des choses vraiment belles. Tantôt très courtoise el pieuse, tantôl choquée d'un |''r" el petite fille impertinente, elle suivait hm> les usages auxquels La eon- \iail son imagination de sa supériorité sociale, mais dans ses yeux un peu voilés de tristesse, et sur son visage mat, dont le teiul aurait gagné à s'éclaircir, il y avait L'aveu de s.in délaissement, et tout jeune nomme aimable et un peu avisé, •'|| La voyant, aurait eu conscience de porter avec lui des consolations, faciles à faire accepter à condition de ne point les découvrir trop tôt.

Toujours L'atmosphère avait fortement agi sur cette nature, faite pour subir. Quand, avec sa mère, cette bonne M"" Ali son, si grasse et puérile, qu'une maladie de cœur vient d'emporter, elle vivait dans les

\ille> d'eaux et à la Villa de la pue Sainte-Beuve.

c'était la parfaite jeune fille pour fiirt. Aujourd'hui, elle adopte certains accents regrettables de son mari, dont la fatuité protectrice agaçait si fort le jeune étudiant.

— Vous ne vous fâcherez pas, dit-elle un jour à Sturel, si je répète ce que m'a dit M. de Nelles?

Sturel, avec 1111 peu de dédain, car il commençait

à être jaloux, affirma qu'il n'en avait que de la curiosité.

Il m'a dit : Autrefois j'avais imparfaitement jugé M. Sturel : c'est un gentleman, un des nôtres.

— Il devrait me distinguer d'un tas de (iaudissarts politiques, ses amis.

— Eux, ses amis! dit-elle avec un scandale d'enfant, mais ils ne sont pas du monde! La politique, c'est un sport. C'est assez qu'il m'en rapporte une odeur de tabac : jamais aucun de ces « messieurs » n'a mis le pied dans mon salon. Avec tout le monde, j'ai eu la. curiosité de rencontrer Boulanger, qui tourne des tètes jusque dans la société; comment ne voyez-vous pas qu'il est trop vulgaire pour vous et pour moi?

Ce ton suranné et frivole aurait dû écarter ce jeune homme, qui se faisait une idée infiniment plus haute du boulangisme, mais il éprouvait auprès de Thérèse de Nelles une émotion qui le dénaturait. A trois semaines de leur rencontre, il ne passait plus un jour sans venir rue de Prony. Us parlaient avec une sorte de reconnaissance de cette soirée boulangiste. et la moindre observation de la jeune femme sur le Général, sur Laguerre, sur Déroulède, sur Naquet confondait d'admiration Sturel. En rentrant de la Chambre vers les sept heures et sans examiner ces deux visages animés par une complaisance réciproque, M. de Nelles, tandis que sa femme montait s'habiller, retenait encore le jeune homme quelques instants. Celui-ci se reprenait assez pour constater quel curieux phénomène est cette aristocratie française, qui survit à ses principes et même, pourrait-on dire, à ses membres, et qui, se recrutant parmi des enrichis assez effrontés pour falsifier leur état civil, demeure un corps social étroitement lié par des cousinages, unanimement exécré du pays et toujours prestigieux. Dans ces conversations toutes pleines des effusions

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boulangistes du député, Sturel s'assura avec stupeur f j ut* le parti monarchiste tenait Dillon pour l'un des siens-. E>'une façon plus générale, il jugea singulierel gréable que des rencontres organisées pouis mettre en contact le Général e1 - la société aboutissenta persuader celle-ei qu'elle allait utiHser celnMà ! Gomme si une Sèvre de la nation pour s'épurer el pour briser les formules était une force qu'on peul à volonté porter dans l'un «>u dans l'autre camp! Il ue voulut distinguer là qu'un témoignage de l'incorrigible fatuité des salons.

siuri'l ignorail les réalités qui peti à peu se substituaientau premier enthousiasme vague el les comptes d'argent qui doublaient maintenant le programme. Nelles ae savait pas davantage lès secrets, oaais des airs «le visage l'avaient averti qu'on pouvait se fier à Dillon el qu'on tenait Boulanger. En réalité, à cette date, le loyalisme des collaborateurs financiers de Boulanger se lût à peu près contenté de l'abrogation des lois d'exil. Ces royalistes ^'exprimaient avec un singulier sans-gêne sur le comte de Paris. Lui-même. quand il communiquait, en avril, à M. Boeher sa décision de faire la marche parallèle ■•. ne faisait que ratifier, contraint et fore»', la tactique adoptée d'enthousiasme par >e^ troupe-. Les eai holi<| ue> comme M. <le Mun étaient séduits par les Libertés qu'on Leur garantissait : les grands propriétaires terrien-, par la perspective de D'être plus traités en parias; d'autres, par des ambassades, des candidatures officielles, des emplois dans la république nouvelle. En juin ISS.s. la duchesse d'Uzès pose trois millions >nr la carte Boulanger . pour que le Général mette le pays en position il»' se prononcer. - Faites ouvrir le9 ornes .

avait dit en novembre 1887 le prince Napoléon. « Organisez la consultation nationale », répètent les serviteurs du comte de Paris. Ainsi la liberté politique de Boulanger, chef des républicains plébiscitaires, demeurait intacte. Mais tel est le pouvoir dégradant <le l'argent que Madame d'Uzès, MM. de Beauvoir, de Breteuil, de Mun, de Mackau, en dépit de la déférence et de l'amitié qu'ils témoignent au Général, le jugent leur prisonnier, et cette opinion qu'ils n'ont pas le droit de nourrir pourra se fortifier en eux selon les circonstances.

Mme de Nelles avec François Sturel revenait de préférence sur le passé. Elle y plaçait son paradis. Elle avait perdu sa mère; son mari la délaissait pour des petites femmes de théâtre. Elle croyait que tels étaienl les usages, et les acceptait parce qu'elle le sentait brutal et différent. Elle tenait beaucoup au monde où il l'avait introduite, mais, nouvelle venue et sans défense naturelle contre la malveillance, elle n'y trouvait pas un agrément de tout repos. Dans son désir de sympathiser complet ement avec Sturel, elle n'entendait même pas qu'elle faisait les demandes et les réponses. Comme elle répétait sans cesse qu'ils étaient nés pour s'accorder, lui-même se laissa envahir plusieurs fois, en la quittant au soir, par une mélancolie pénétrante. Il se convainquit d'avoir passé à côté du bonheur. Il lui parla avec sincérité de son isolement où elle se reconnut. Bien qu'elle se tint pour déliée de son mari, elle avait écarté les plus aimables séducteurs : dans leurs hommages présentés du ton léger et libre des hommes à succès, elle ne distinguait pas les caractères d'un bel amour. Elle les vit eu Sturel dès qu'elle-même les posséda.

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Sturel recevait de son parti un surcroît de jeui

.■I de vie II entraîna pars optimisme M de Nelles,

qui se croyail très raisonnable, parce que personne n'avait éveillé ses sens, et qui le traitai! d'enfant, quand il lui demandai! avec insistance, au boni de dix jours, ce qu'il eûl été à peine convenable de solliciter après plusieurs mois d'aveux discrets. Il désirai! cette jolie femme, et, circonstance heureuse, comme, toul demême, elle ae faisail pas le plus - • 1rs intérêts qu'il soignait, il ue s'embarrassa |><>ini dans les préliminaires que nous accumulons sur une question de vie ou de mort.

Ses prières ardentes la touchaient, en même temps (|iic ses distractions l'inquiétaient. Au sortir d'une soirée où le baron de Nelles n'avait pas paru, il déclina de la reconduire, comme elle voulait bien le lui offrir, el il préféra accompagner Boulanger. Il revint seul avec son Général, rué Dumont-d'Urville. Délicieux instants! La conversation Languissait, parer que Boulanger suivait ses préoccupations el qu'il connaissait mal Sturel. Le jeune homme se sentait une âme de soldai fier de servir et une âme de courtisan désireux de plaire. I>e leur voiture rapide, emportée dans L'obscurité, il voyait aux terrasses des cafés violemment éclairés des groupes de causeurs, M il se disait : ■ ll> parlent sans doute de Boulanger et il ne savent pas que devant eux passe l'objet de leur- espérances! • Le lendemain, il s'excusait de celte détestable grossièreté auprès de M" de Nelles. et, voyant qu'elle le favorisait au point d'avoir souffert, il jouissait déjà de son ancienne camarade comme d'une maîtresse. Songeant en même temps aux pro-

grès certains du boulangisme, il avait hâte d<

trouver seul, de faire au Bois des promenades à pied qu'il occupait uniquement de cette pensée : « Peut-on être plus heureux que je ne suis? J'aime une femme que tout le monde désirerait et qui veut bien me croire aimable. Je suis engagé dans une grande aventure historique. En même temps, je garde la possession de moi-même et je mêle à ces excitations une clairvoyance de blasé. »

Parfois le Général appelait Sturel pour travailler. Dans sa nouvelle installation, assez élégante, du 1 1 bis, rue Dumont-d'Urville, les visiteurs et les lettres affluaient plus encore qu'à l'Hôtel du Louvre. Le jeune homme dépouilla ce, courrier qui faisait une brûlante collection d'amour. Toutes les classes de la société y multipliaient les témoignages de leur folle confiance. Les royalistes attendaient de Boulanger leur roi ; les républicains, leur République; les césariens, leur César; les patriotes, Metz et Strasbourg; les gens paisibles, Tordre; et tous les inquiets, une aventure où leur cas se liquiderait. Un sale papier daté du Dépôt portait la signature de ce Fanfournot, fils d'un concierge du lycée de Nancy, et ancien groom de la Vraie République, qui s'attacha à la Léontine quand elle perdit son Racadot. Il mêlait aux expressions d'un boulangisme exalté les termes les plus méprisants pour la Préfecture de police, contre laquelle il réclamait la protection du Général. Sturel s'intéressait aux compagnons avortés de sa jeunesse, comme à des essais sacrifiés à sa réussite par la nature. Il chercha au fond de Grenelle une adresse indiquée par le prisonnier. Il y trouva la Léontine, plus longue quejamais et déformée par une misère qui mettait très curieusement en sailli ses os puissants de serve

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