PREFACE
V orgueil. Quelques-uns le lui reprochèrent, non sans dureté, et c' étaient précisément ceux qui, moins que tous, en avaient le droit, car ils portaient la responsabilité d'un état d'esprit qui avait failli conduire la France à sa perte.
D'autres auraient pu se plaindre d'être englobés injustement dans V anathème général porté contre les pères et les maîtres. Catholiques, depuis i&'y i, nous n'avions jamais, pas même une heure, laissé fléchir en nous l'idéal patriotique — pas plus que l'idéal religieux : nous avions toujours estimé qu'une défaite demeure et ne s'efface pas tant qu'elle n'a pas été effectivement réparée ; tous nos éducateurs, tous nos professeurs, tous nos prêtres, à l'exception de quelques malheureux modernistes un instant entraînés dans la crise intellectuelle qui emportait à fond l'autre jeunesse, avaient imperturbablement suivi la ligne droite', pour bien servir la France au moment du danger, nos disciples n'avaient besoin de renier ni leurs maîtres, ni leurs principes.
Mais, depuis Jésus-Christ, les catholiques n'oublient pas « qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence ». Les convertis leur sont chers; ils les accueillent à bras ouverts.
PREFACE vu
Trop ouverts, murmurent aujourd'hui certains critiques, qu'agace un engouement parfois excessif pour ces nouveaux venus, che^ qui ils relèvent, sans bienveillance, telles attitudes, telles expressions. qui leur paraissent malencontreuses.
Eh mo)i Dieu! que des hommes dont la formation première n'a pas été chrétienne, qui ne sont pas. dès leur prime jeunesse, entrés dans les cadres catholiques, marchent d'abord un peu à tâtons, qu'ils procèdent par approximations successives ; que, malgré leur ferme volonté d'incliner totalement leur intelligence devant la doctrine de l'Eglise, volonté qu'ils ont souvent affirmée, ils n'atteignent pas la précision du langage théologique, quoi d'étonnant? Mais faut-il leur en faire un grief ? Non. L'erreur consisterait à les transformer en guides de la pensée catholique. Ils n'y prétendent généralement pas.
Ernest Psichari notamment, parvenu au terme de son évolution intérieure et déjà résolu à s'inscrire dans la milice sacrée, reconnaissait les lacunes de son savoir et aspirait aux études qui devaient les combler. Il eût, tout le premier, souri des naïfs et des imprudents amis qui l'eussent traité de docteur et de père de l'Eglise. Quelle injustice pourtant de méconnaître
vin PRÉFACE
l'heureux changement qu'il a provoque en beaucoup de ses contemporains ! Combien ont appris de Maxence qu'ils avaient une âme faite à limage de Dieu, qu'ils étaient nés pour croire, pour espérer et pour aimer!
Ce qui a été, ce qui demeure, dans cet ordre d'idées, Vœuvre propre, l'œuvre de bon aloi d'Ernest Psichari et de ses émules, c'est V orientât ion nouvelle, l'orientation chrétienne et catholique qu'ils ont donnée à l'esprit d'une grande partie de la jeunesse intellectuelle. N'en est-ce point asse- pour justifier de notre part les mois de reconnaissance et d'admiration que, pour mon compte, je n'ai pas craint d'employer?
Si l'on songe que ces mêmes hommes ont amené par milliers à l'amour de leur mère, la France, des fils qu'une éducation malfaisante en détournait ; que cet amour a été générateur du plus splendide hérdisme, des plus mystiques sacrifices pour le salut commun; que de la direction qu'ils ont si largement contribué à donner à ïàme française est moralement sortie la victoire ; que cette victoire enfin ils Vont payée de leur vie; aux mêmes mots de j^econnaissance ef d' admiration qui remonteront à nos lèvres s'ajoutera celui de respect.
Alfred BAUDRILLART
de l'Académie Française.