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DEUXIEME PARTIE

Cinq heures du matin I... Le quartier dort encore, sommeil puissant, pesant, où l'on sent comme une force obscure qui s'élabore... Dans la chambrée encore noyée d'ombre, la voix rauquedu vieux brigadier retentit :

— Eh bien, Vincent, voulez-vous vous presser d'aller au jus 1

Il dit même « vous grouiller ». Vincent ouvre un œil, se décide, bondit de son lit, enfile son pantalon, et va prendre la cruche, tandis que les anciens grognent, à demi réveillés. Il descend l'escalier en titubant. Il fait presque nuit. Une lueur tremblotante éclaire un moment les marches qui semblent danser dans le froid nocturne.

Dans un petit local — bâtiment R — est installé le « percolateur », le réservoir de cuivre où se fait le café du régiment. Là, Maurice voit d'autres hommes qui attendent, lourds encore de la nuit, la cruche à la main, tandis que les

cuisiniers surveillent l'immense appareil qui siffle doucement...

Maurice Vincent se frotte les yeux... Pauvre enfant ! 11 n'a pas encore compris les beautés de la règle ! Ce qu'il avait vu en s'engageant, c'étaient des combats, des coups de sabre, des chevauchées dans les terres lointaines, et il n'avait pas pensé à ce dur « quotidien » du quartier, les corvées, la voix dure des brigadiers, le « bricolage » des chevaux dans la bise mauvaise, la corvée de fourrage, l'abreuvoir, le pansage. Ce qu'il avait vu surtout, c'était cette vieille gravure du Supplément du Petit Journal où un capitaine (il imaginait que c'était Nangès) était représenté, attrapant à la vitesse de son cheval un indigène à burnous rouge, le sabre levé, tandis qu'un spahi agonisant à terre portait la main à son cœur. Image grossière, sans vérité ni vraisemblance, et qui pourtant avait presque déterminé sa vocation 1

Maintenant, il lui fallait s'accoutumer à ce froid du quartier, acquérir cette insouciance paisible des anciens, écouter « sans observations ni murmures », comme dit le règlement, les remontrances des sous-orTs, essuyer les punitions... D'ailleurs, le métier ne s'annonçait

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pas trop mal pour Vincent. Le jeune homme ne voyait autour de lui que de braves gens. Sous leur écorce rude, il devinait chez eux des âmes naïves et fortes et de bonne trempe.

Maurice, sa cruche remplie, sortit dans la la cour où naissait le jour blafard et incertain. Le trompette de garde, dans le silence de la ruche endormie, sonnait le réveil. Un peu plus loin, le clairon du 2 5e d'infanterie lui répondait, plus gai, plus alerte, plus content de vivre, le rythme plus rapide, plus saccadé... Ces sonneries de trompette, d'une tonalité un peu fausse, en mineur, évoquaient pour lui des tristesses de champ de bataille, des retraites, des déroutes, comme dans un tableau d'Alphonse de Neuville. .. Le clairon, c'est l'espoir, la joie de l'assaut, le soleil des combats. La trompette, c'est un cavalier en long manteau qui sonne, dans la nuit, les dernières heures... Triste musique, voix du nez des trompettes, voix enrhumée qui détonne toujours un peu, voix tremblante...

Maurice, mille sentiments troubles l'éprouvent, qu'il ne sait pas définir. Voilà la vie militaire qui recommence. Un millier d'êtres, ici et là, s'éveillent au monotone travail de tous

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les jours. Morne recommencement 1 Et pourtant, quelle grandeur dans ces voix de cuivre qui s'appellent l'une l'autre, en pleine nuit. Un froid vif pénètre le jeune engagé, et il frissonne sous son mince bourgeron, dans le tombeau glacial de février. Il se sent déjà tout entier dans un immense poème serein et boréal.

Quand il rentre dans la chambre, les anciens sont déjà levés, habitués à bondir dès l'aube. Presque tous sont des employés : bourreliers, ordonnances, maréchaux ferrants, tous en sabots, vêtus de défroques, vieilles vestes, vieux tricots, vieilles vareuses coloniales, tabliers bleus. Deux canonniers, en bourgerons de toile raide, balaient la chambrée. Ce sont des jeunes gens qui se sont engagés peu de temps avant Vincent. Les soldats s'interpellent d'un bout de la chambrée à l'autre et se lancent des énormités qui les font encore rire.

Cependant le maréchal ferrant, pour l'édification des trois engagés, raconte ses exploits d'Indo-Chine :

— Mon vieux, à Cao-Bang, on se faisait des journées de soixante francs. Il n'y avait pas de maréchaux civils. L'administrateur avait demandé que nous soyons autorisés à ferrer

les chevaux des civils. Un sacré boulot ! Mais le pèze rappliquait. Un jour, il passe une caravane d'Anglais : cinquante chevaux à ferrer. J'étais avec Planquet. Mon vieux, on y a passé la nuit. Mais ça nous a valu une pièce de cent cinquante francs. Ah I c'était le bon temps I...

Oh ! oh ! voilà tout le souvenir qu'il a rapporté de cette vieille pourriture de l'Orient, de ses odeurs de volupté, de ses rêves malsains et tristes, de ses beautés de cadavre... Que l'on s'indigne, si l'on veut ! Maurice aimait autant ces humbles propos que toutes ces histoires de « sampans », d' a arroyos », de « flamboyants », de « congais » dont on nous fatigue les oreilles depuis si longtemps ; il savait gré à ce maréchal ferrant de n'avoir pas le sens de la couleur locale...

Pendant que le vieux raconte son histoire, Maurice s'acharne sur ses basanes qui, naturellement, ne veulent pas reluire. Car c'est une chose que l'on ignore généralement, mais il est très difficile de faire reluire des basanes, surtout lorsqu'elles sont pénétrées d'humidité. Mais voilà que le voisin de lit de Maurice, un vieux à la face creusée de sillons épais, à la

petite barbiche noire, vient à son secours. Il Je bouscule comme un enfant :

— Ah ! les bleus seront toujours les bleus !..« Et il arrache la brosse des mains de Vincent.

En un tour de main, les basanes reluisent...

— Tu sais, il faut y mettre de l'huile de bras, conclut le vieux.

Maurice goûte un vif plaisir à vivre parmi ces gens. Vieux marcheurs des routes, vieux routiers, vieux traîneurs de guêtres, ils le gourmandent comme un gamin, et puis ils viennent toujours le tirer d'embarras.

Dans la grande armée « nationale », dans la nation armée comme il faut dire, il serait peutêtre moins heureux. Entre les « anciens » d'un an, gouailleurs, ne pensant qu'à la <r fuite », cherchant à « se défiler » de l'ouvrage le plus possible, et les petits sous-offs grisés par leurs galons neufs, il ne connaîtrait pas cette forte sérénité, sûre d'elle-même, bien posée et établie, cette vie de famille de la vieille marine. Ici, chacun connaît son travail, chacun fait ce qu'il a à faire, sans qu'il ait besoin des « deux jours » du brigadier. Les gestes du métier sont si familiers à tous qu'ils les accomplissent sans effort, comme ces forgerons qui soulè~*ent avec

aisance les lourds marteaux de fonte que vous auriez peine à déplacer...

A cinq heures et demiCi c'était le rassemblement. Les trois engagés en basanes et en bourgerons, une vingtaine d'anciens, étaient rangés dans la cour. Le « margis » de semaine faisait l'appel, un papier à la main, et désignait les corvées...

De tout l'arsenal, montait le murmure de la vie qui s'éveillait peu à peu, qui grandissait en même temps que le jour. Une fourragère passait dans la boue de l'avenue militaire... Les élèves-clairons du 25* entamèrent leur musique rauque, là-bas, sur le polygone. Tout ce frémissement s'élevait, s'étalait, emplissait l'espace léger, l'atmosphère fluide de* l'hiver...

— Les jeunes soldats, au manège, pour la reprise... disait le maréchal des logis.

Dans les écuries où ils se rendirent, les trois soldats cherchèrent leurs chevaux, tandis que le garde d'écurie, tout en remuant ses litières, admonestait les bêtes qui commençaient à remuer dans leurs stalles :

— Holà I Tabarin I Holà ! Pacha ! Tu vas voir ce qui va te tomber sur le poil !...

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Il flottait une odeur d'ammoniaque, saine et forte, un peu grisante.

Les jeunes ont sellé trois vieux sous-verges, et ils entrent dans le manège. Vincent trottine de son mieux, attentif aux commandements :

— Individuellement,... tournez... Successivement,... volte... Partez au trot...

Soudain la lourde porte du manège s'ouvre. Le sous-officier commande :

— Garde à vous !

Et lecapitaine Nangès paraît à cheval, s'arrête au milieu du manège.

— Continuez, dit-il au maréchal des logis. Et les rênes sur l'encolure du cheval, il roule une cigarette, en regardant ses hommes d'un œil aigu. Vincent a de la peine à détourner de lui sa face. Il lui semble une sorte de héros, un homme d'une autre espèce, si lointain, éloigné encore par l'immense différence de grade, et pourtant encore très près de son âme. Devant ce chef, il a le désir de bien faire. N'est-ce pas pour lui qu'il a quitté le foyer et qu'il est venu là, ^ans l'espoir de le suivre un jour, de s'attacher humblement et fidèlement à sa fortune ?

Le capitaine Nangès, dans une piste inté-

rieure, fait partir sa jument au galop. Ce Nangès, il est là chez lui, et son cœur est là aussi. Quand il est près de Valérie, lisent tout l'ahîme entre lui et elle, et qu'il n'y a pas d'entente possible. Mais là, sans paroles, sans gestes, il s'accorde avec ses hommes, son cœur se donne tout entier.

Il est plus près d'eux que de tout. Napoléon aussi aimait ses grenadiers par-dessus toutes les femmes, et elles ne le lui ont- point encore pardonné; mais cet amour-là est d'un soldat.

Au bout de quatre tours de manège, le capitaine s'arrêta, appela le sous-officier, lui donna quelques instructions, etcontinua à faire galoper doucement la bête en sueur. Le « margis », au milieu du vaste rectangle, interpellait durement ses hommes. Vincent, malgré sa bonne volonté, se fit traiter d' « emplâtre » :

— Le corps en arrière, criait l'instructeur. Rentrez la pointe du pied !

Lui, il admirait la grâce équestre, la parfaite aisance de son capitaine, et il prenait une triste conscience de son infériorité.

Après la classe de manège, il y avait une séance de voltige. Nangès descendit de cheval. Il regarda les jeunes gens, maladroits encore,

s'accrocher à la crinière du cheval paisible qui décrivait un cercle au bout de la longe maintenue par le sous-officier. Là, Maurice reprenait ses avantages. Il était souple et hardi, et cette grosse jument blanche ne l'effrayait pas du tout...

Nangès ne disait rien. Dans le service, il était un homme froid, bon et brusque. Ce causeur disert et renseigné était, dans son métier, avare de paroles comme de gestes. Jamais il ne se permettait un éclat de voix. Toujours ce ton un peu traînant, presque en sourdine, qui forçait l'attention. C'est ainsi que ses particularités physiques elles-mêmes lui servaient dans la conduite et la domination des hommes.

Nangès ne disait rien. Ce petit Vincent l'intéressait... Depuis qu'il l'a vn pour la première fois au quartier, il n'a point reparlé au jeune homme. iMaurice le voit comme dans un rêve, assistant un instant aux manœuvres, sans dire un mot, réunissant seulement ses sousordres pour quelques brèves indications.

Pourtant le capitaine ne cessait d'observer avec attention l'enfant-soldat qui ne s'en doutait guère. Quelle belle occasion d'enquêter sur l'état moral de la France 1 Voilà un jeune

homme dont il connaît les parents, le pays, l'ambiance. Il a suivi ses premiers pas, et le même, il le retrouve tout à coup, orienté vers un but où rien ne semblait le conduire.

Mais Timothée se soucie peu d'enquêter. Ce qu'il aim^ en Maurice, c'est un jeune Français, d'une heureuse constitution physique, et dont il se plaît à suivre les harmonieux mouvements. C'est une œuvre d'art parfaite, et qui l'émeut, puisqu'elle est faite de la même argile que lui. Il sent qu'une secrète fraternité les unit ; que celui-là aussi sera son ami dans les seules heures qui comptent pour le soldat. Quelle grande et fine tendresse que celle-là, et qui dégrade tout le reste !

Et puis, il y a Voulangis, le beau pays de là-bas. Nous aimons la grande patrie avec l'esprit et la petite avec le cœur. Vincent, pour Timothée, est comme un morceau détaché de cette patrie. Il en est le mystérieux ambassadeur, ei, à l'heure du découragement, il vient lui apporter la bonne parole :

— Regarde-moi. Je suis le sol natal, plein de jeunesse et d'espoirs. Cesse de te plaindre. Je viens à toi et tu me connais : je suis la Force et la Vertu. Crois en moi...

Le dimanche suivant, Nangès alla à la grand'messe. Il s'y rendait toutes les semaines. Ce n'était pas qu'il fût très fort sur cet articlelà. Il n'avait jamais eu le loisir de s'occuper de la religion, et d'ailleurs, ce modeste ne se croyait pas assez de lumières pour juger la foi de Pascal et de Chateaubriand, que lui avaient transmise ses parents. Il était un bon chrétien, mais que le poids de ses péchés n'accablait pas. Seulement, il entendait affirmer sa liberté de conscience et il ne manquait pas un dimanche de paraître à l'office. Un peu par esprit de contradiction, un peu par plaisir, car il aimait les cérémonies de l'Eglise, un peu aussi par protestation contre ce qui est dérèglement de la vie et violence faite à la pensée.

De la messe dominicale, Timothée Nangès recevait, toutes les semaines, un enseignement très net (et ainsi il pensait ne pas perdre tout à fait son temps), une impression, — mais qui était unenseignement. Il admirait que la foi fût encore, après tant d'efforts, les uns nobles et empreints de sincérité, les autres entièrement dignes, il est vrai, de notre mépris, après tant de persécutions, il admirait que la foi fût vivace encore au cœur de la race. Après deux

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mille aiis, c'étaient les mêmes cerveiles, et aussi à peu de chose près, c'étaient les mêmes gestes qui se répétaient, c'étaient les mêmes prières, c'étaient les mêmes mots qui sortaient des lèvres inchangées. Tout l'effort de la pensée humaine avait échoué devant la représentation sensible de ce crucifié. Tous les philosophes et les savants étaient restés impuissants devant le mystère inouï, formidable, de la transsubstantiation : cepain (que l'on voit, qui est là, qui a été fait par des mains humaines), ce pain devient lachairde Jésus-Christ. Près dedeux mille ans n'ont rien fait, ont passé comme un jour, ont été comme d'hier à aujourd'hui, ou plutôt n'ont pas été du tout, — la durée a été suspendue, par grâce spéciale, pour l'article particulier de la foi. Et pendant tout le temps que durait Toblation du pain et du vin, devant la foule prosternée, N anges sentait l'immense vertige des générations, vagues roulées et déroulées vers le même rivage.

Dans cette église de Cherbourg, nous sommes au lendemain de l'an mil. Cet homme qui est là, tout à l'heure il sera un bon bourgeois ordinaire, maintenant, c'est exactement un bourgeois de l'an mil. Au moment que

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l'hostie est élevée par le prêtre, par une grâce spéciale, le temps n'est plus pour ce bourgeois, il est son propre ancêtre de l'an mil, il est son propre aïeul à lui-même. Cette perpétuité de la foi, voilà pour cet homme de grande inquiétude qu'est Nangès, voilà le grand mystère, le mystère transcendant entre tous. — A Pompéi, au moment des premières fouilles, on a dû avoir l'impression de remonter le temps. Dans une maison, on n'avait pas la représentation de la vie romaine, comme la donnerait une reconstitution habile ; on était, au contraire, dans la réalité delà vie romaine. Dans une reconstitution habile, on serait un homme du xxe siècle qui regarde passer le premier. Mais dans cette réalité où l'on se trouvait à Pompéi, on se retrouvait soi-même son propre ancêtre romain du premier siècle. — Ainsi, exactement, dans une église de France d'aujourd'hui, mais ici encore, sans effort, tout à fait naturellement, parce qu'en effet notre matière humaine n'a pas changé depuis le moyen âge, tandis qu'elle est devenue tout à fait autre qu'elle n'étéfit avant l'an I du premier siècle. — Et cela, c'est le deuxième mystère. C'est que, tout à coup, par retournement brus-

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que, en l'an I du premier siècle, le cerveau du fils se soit trouvé le contraire (on peut dire le contraire) de ce qu'était le cerveau du père et que, depuis, rien n'ait changé, que les cerveaux des fils soient pareils à ceux des pères, que tout soit resté en l'état, et qu'on se reconnaisse près de deux mille ans après, comme la Belle au bois dormant à son réveil, et que, comme elle encore, on retrouve ses gens immobilisés dans la même attitude depuis des centaines et des centaines d'années.

Voilà ce que Nangès, qui s'astreignait difficilement à manquer de ferveur, voyait dans l'église de Cherbourg. Par ailleurs, il pouvait constater qu'il était le seul uniforme de cette assemblée de fidèles. Et pourtant, il se disait que saint Paul différait assurément plus d'Horace àquarante ans de distance que Clovis ne diffère de nous, malgré les quinze siècles ■qui nous séparent. Aucun abandon ne peut effacer cette dissimilude-ci et cette similitude-là.

Or, ce jour-là, à la messe de neuf heures, Timothée fut fort étonné de voir le soldat Vincent debout derrière un pilier, qui regardait le prêtre de ses yeux vifs. Pourquoi ve-

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nait-il dans cette église ? Lui qui n'avait pour ainsi dire jamais assisté à une messe, qui ne connaissait pas même son catéchisme. Sans doute, c'était désœuvrement de soldat, ennui d'une longue journée qu'il faudra tuer. Mais le jeune homme adressait, lui aussi, sa prière aux puissances formidables du Destin. Ecoutons ce que disait son cœur dans l'église de Cherbourg :

« O mon Dieu, donnez-moi le courage et la vaillance, et donnez-moi la grâce, l'élégance aisée de mon capitaine, lorsqu'il paraît à cheval dans la cour de notre quartier. Donnezmoi la vigueur du corps et la patience de rame. Faites que je trouve beau ce qui paraît mesquin aux autres hommes, et faites que j'aie la foi des soldats, Dieu des armées ! Ah ! si vraiment vous êtes là, dans cette hostie, daignez voir que je ne suis pas mauvais et que, moi aussi, je suis digne de mourir pour une idée. Envoyez-moi dans les pays lointains des Infidèles, sur des champs de bataille ensoleillés, et donnez-moi alors la tranquille bravoure des vieux soldats. Faites que je sois fort, et que je tue beaucoup d'ennemis, et que j'aille ensuite par les déserts, sur des chameaux,

dans le perpétuel étincellement de la lumière Si vous le voulez, Seigneur Dieu, donnez moi la grâce de mourir dans une grande victoire et faites alors que je voie au Ciel votre splendeur ! »

Le dimanche de Vincent sera moins morne. Il ira solitaire dans les faubourgs de la ville. Il verra la mer, et il enviera les barques lointaines qu'elle fait danser. Il verra le grand Empereur qui montre du doigt 1'A.ngleterre. Mais quelles pensées de gloire, en lui, et quel émerveillement !...

Le jeune homme s'attarda dans l'église.

Nangès l'avait quittée bien avant lui, et en remontant vers sa table de bridge du Grand Café, il se demandait si Maurice avait regagné la foi, du même coup qu'il remontait à la source de ses instincts, si le vieil homme avait reparu en lui jusqu'à ce point. Il n'en aurait eu nul dépit. Lui, sans doute, n'était pas un dévot. Mais il n'en tirait ^ucune gloire. Il n'en était pas plus fier pour cela. Il ne se croyait pas très fort, très scientifique et très habile. Il ne faisait pas du tout le malin. Il ne se croyait pas plus raisonnable qu'un autre. Et que cet adolescent eût etrouvé la foi de

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ses pères, en même temps que leurs vertus, cela n'eût pas été pour lui une pierre de scandale,

Maurice avait maintenant l'allure d'un vieux soldat. La vie du quartier s'écoulait assez monotone, mais du moins, était-ce une grisaille qui lui plaisait. Il n'avait pas épuisé la matière militaire. Il pensait, avec une tristesse mâle, à l'immense route qui s'ouvrait devant lui, — et que ce serait pour toujours, ces murs gris, ces chambrées et leur odeur violente de sueur humaine et de coaltar. Pourtant il en était arrivé au moment où les gaucheries, les embarras et les fatigues du début font place à la parfaite aisance désinvolte, un peu lourde encore et pourtant facile, allante et coulante, du vieux soldat. Ainsi il avait cette démarche un peu traînée, balancée, cette cadence des mouvements, toujours lents et précis, où jamais on ne décèle l'effort inutile, ce port des vêtements bien usagés, bien faits aux plis, cette élégance enfin, puisqu'il faut l'appeler ainsi, et cette manière de nouer la cravate autour du cou. de

porter le sabre dans la rue, qu'il avait enviée aux anciens le jour de son arrivée.

Il toucha sa prime d'engagement. Il négligea l'ordinaire et invita les. copains à la cantine. La journée finie, ils allaient « en ville », ils « sortaient en ville », comme ils disaient, mangeaient des huîtres dans une gargote et faisaient un « frottin », c'est-à-dire qu'ils faisaient une partie de billard. Ces primes d'engagement créent généralement de grands liens de camaraderie.

Un; soir, ayant la permission de minuit, Maurice, accompagné de deux anciens, entra au casino. La salle, encombrée de tables où se pressaient les consommateurs, était noyée dans la fumée des pipes et des cigares à deux sous. Il y avait beaucoup de soldats. A un bout de la salle, une petite scène se dressait. Les chanteuses s'y succédaient, disaient leurs chansons d'un air ennuyé, sans faire de gestes, sinon un seul, toujours le même, d'écarter les deux bras simultanément, puis de les ramener devant le corps, les mains l'une dans l'autre. On entendait peu ce qu'elles disaient, à cause du bruit des conversations et aussi à cause d'une bande de marins en bordée qui menaient

grand tapage. A côté de Maurice, il y avait un sous-officier flanqué de deux femmes. Maurice admira sa fine moustache rousse, le port avantageux de son képi chiffonné avec art et légèrement rejeté en arrière. Les trois camarades ne disaient rien... Soudain, il se fit un silence. Le comique paraissait en scène. C'était l'enfant chéri de ce public. On l'écouta dans des hoquets de rire, on l'applaudit et il dut revenir plusieurs fois. Mais comme, après lui, le défilé des femmes reprenait, un des amis de Maurice proposa de s'en aller.

L'ignoble schnick qu'ils avaient absorbé leur tournait déjà la tête. Dehors, les deux anciens se mirent à chanter. Maurice se sentait chavirer dans un grand abandonnement de son âme.

Ils échouèrent dans une autre salle, petite, basse, où quelques chaises éparses attendaient le client problématique. Pourtant trois marins de la marine marchande, cinq ou six autres personnages, composaient une manière de public. Et là aussi, il y avait des chanteuses... Cela s'appelait Y « Eden » ou 1' « Alhambra ». Les trois soldats se sentirent plus à l'aise. Les langues se délièrent et ils se mirent à invectiver les femmes.

Pourtant Maurice avait remarqué à côté de lui une assez jolie fille. Elle avait une grosse coque de cheveux qui lui tombait sur les yeux, et sa bouche, où manquaient deux dents, était pourtant voluptueuse, comme l'exhalaison nocturne et frissonnante d'une lagune.

— Tu offres quelque chose, mon chéri?... Tout de suite, il fut au ton. Il offrit une

menthe à l'eau, enlaça la fille, lui demanda sa bouche, ce dont elle feignit d'être scandalisée. Pourtant, voyant l'innocent, elle se radoucit et lui dit, tout près de ses yeux :

— Tout à l'heure, petit voyou, tout à l'heure ! Un vertige, une bouffée de sang à la tête, et

le jeune brutal commandait:

— Allons-nous-en 1

Et il l'entraîna dans la nuit de la rue, tandis que les deux anciens continuaient de chanter.

Au petit jour, Maurice connut l'affreux serrement de cœur d'aller par les rues désertes, après une nuit d'amour, et la désolation des murs de l'Arsenal quand on sait que l'aube va venir, et qu'il fait sombre, mais déjà un peu jour, et qu'il fait froid. Maurice appréciait exactement sa situation. Il avait découché, et, chose plus grave, il craignait — à voir la clarté

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augmenter — de manquer à l'sppel du matin. Il prit le pas de course. Ses basanes l'alourdissaient, il sentait des frissons de fièvre le parcourir. De loin, il entendit la trompette de l'artillerie, puis le clairon du 25". C'était l'appel ! Il cessa de courir. Il se consolait en pensant à la belle .fille d'amour et à l'odeur violente de son lit.

Déjà il estimait qu'il ne faut jamais rien regretter, mais surtout pas les bêtises que nous faisons... Arrivé au quartier, il se présenta de l'air le plus dégagé du monde au sous-officier de semaine, se mit en tenue pour la manœuvre. Et il goûtait un amer bonheur à remuer dans sa bouche toute l'acre boue de l'amour et de l'alcool...

Or, ce soir-là, Nangès offrait le thé à quelques amis, comme il avait coutume de le faire presque toutes les semaines. Il y avait pas mal de monde. Les anecdotes se succédaient. Ces thés de cinq heures, chez Nantes, étaient fort gais. La vaste pièce où il recevait, toute ornée de fleurs, par les soins diligents de Valérie, respirait une intimité heureuse. Le porto, le whisky, les cakes, la fumée des cigarettes, une ou deux femmes assez jolies, sur des coussins,

tout cela composait une sorte de bien-êTe tranquille, un peu province, un peu ville de garnison, suffisamment élégant, somme toute indigne de Nangès. Une table de bridge réunissait, près de la cheminée, des fanatiques. Mais le maître de maison, ces jours-ià, n« jouait pas.

Deux jeunes femmes avaient soulevé le rideau et penchaient leurs têtes sur la vitre. Le capitaine s'approcha d'elles. Il leur dit :

— Vous regardez l'Empereur, et comme il est triste dans la brume de l'Océan. C'est un grand exilé. Voyez : ses yeux se tournent vers la mer. Les nôtres aussi se tournent vers elle, la grande amie.

L'une dit :

— Nous ne le regardons pas, parce qu'il n'a pas été pitoyable à la France.

L'autre dit :

— Nous ne l'aimons pas, parce qu'il a mis cette grande inquiétude dans le cœur des femmes...

On eût dit que c'était hier que l'Empereur avait pris leurs fils, car les mères n'ont pas oublié.

La première était une femme méchante, qui

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avait fait pleurer des hommes. Nangès pensait:

— Elles sont ainsi. Elles mettent du sentiment dans les choses de l'esprit, et elles n'en mettent point dans les choses du cœur. Elles en mettent quand il n'en faut pas ; elles n'en mettent point quand il en faut.

Et tout à coup, un lourd ennui l'accabla. Il sentait sa solitude. Car sa vie s'épurait, devenait géométrique. Il se crispait dans la volonté de s'élever. Il ne pouvait se consoler de ne point vivre en ascète. Ainsi la connaissance qu'il avait faite du monde le rendait-elle irritable. Ses yeux avaient vu de si grandes choses qu'il en restait accablé et frissonnant.

Il alla trouver Labastière qui était seul et il lui parla longuement de Maurice Vincent. Il lui disait durement des choses si douces que Labastière eut un sourire triste :

— Il vous a manqué d'être père, dit-il.

— C'est vrai, répondit Nangès. Nos existences sont si absurdes ! Il faut bien maintenant que je prenne les enfants des autres.

Ils se turent longtemps. Et Nangès reprit :

— Il est passionné comme la France ellemême. Quand je l'ai vu venir à nous, j'ai pensé à la guerre, à la guerre qui purifiera, à

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la guerre qui sera sainte, qui sera douce à nos cœurs malades. Quand il est venu vers nous, c'est toute l'espérance qui venait. Lorsqu'on reçoit de tels cadeaux, on doit se donner tout entier. Il n'est plus de partage possible.

Comme l'heure du dîner approchait, les amis de Nangès partirent. Le capitaine sentit un poids lourd qui l'oppressait. Rien n'est plus pénible que de se retrouver seul dans un endroit où l'on vient, avec des amis, de causer, de boire et de fumer. Les tasses à moitié vides, les soucoupes emplies de la cendre des cigares, l'atmosphère chaude et bleue de fumée nous font mieux connaître un isolement auquel les charmes de la conversation nous avaient moins préparés. Nangès vit que le meilleur parti à prendre était de s'enfuir luimême, comme s'il était le dernier des invités.

Dehors, le hasard de sa promenadele conduisit vers la rue Tour-Carrée. Il étaitsept heures. Des soldats, des ouvriers de l'Arsenal, encombraient la chaussée. Dans cette rue étroite, quelle rage de vivre ! La rude odeur de l'alcool sort des bouges... Quelle confusion ! c'est l'heure équivoque où les griseries mauvaises

fermentent, où déjà le rut répand son fauve et mortel parfum. Impossible de se recueillir dans ce désordre... Timothée, machinalement, lit les enseignes des petites boutiques sales où s'étalent, à la devanture, mouchoirs coloriés à l'image du Jaurêguiberry et des navires de l'ancienne marine, des bérets de matelots, de la pauvre pacotille militaire. Déjà, les cabarets sont emplis de cols bleus et les gramophones font rage... A la descente des matelots... A la renommée des pommes de terre frites... Aux amis de la flotte.

Dans les salles étroites, presque toutes en contrebas et ressemblant à des caves, Timothée aperçoit de fortes humanités, des marins dont le col bleu laisse voir sur les épaules deux triangles de peau brune et hàlée, des « biffins » plus frêles mais plus nerveux, de grands artilleurs à l'air bête. ..

Il marche encore, et puis, soudain, c'est le silence... Un coin de ciel parsemé d'étoiles, des mâts se balançant dans une vague poussière lumineuse... C'est le quai désert où l'effort des grues a fait trêve... Un havre de silence et de mort... La rue tortueuse, la rue des soldats, elle est là, tout près, à quelques

mètres. Mais sur ce quai, c'est le silence, la nuit immense et solitaire.

Nangès pensait qu'au sens le plus précis du mot, ce jeune Maurice Vincent l'intéressait, au sens très précis que tous les événements de sa vie passée, de sa vie présente, de sa vie à venir, se reliaient directement à sa vie à lui, Nangès, qu'ils avaient un lien secret avec sa vie, — au sens que rien de Maurice Vincent ne pouvait absolument lui rester étranger. Tout, en effet, lui importait de ce jeune homme dont il était devenu le maître par la hiérarchie et par le cœur.

Le capitaine Nangès, peu curieux de confidences, n'avait point encore reçu celles de Maurice. Il savait pourtant que cet enfant était venu vers lui, qu'il était le disciple, mais mieux : qu'il se rapportait exactement à une image que Timothée avait depuis longtemps au dedans de lui, qu'il personnifiait, qu'il rendait clairs des rêves indistincts, des idées obscures, troubles, des perceptions jusqu'ici non parvenues encore jusqu'au seuil clair de la conscience.

Il s'étonnait que de nouveau sa maîtresse le laissât indifférent, que même il ne souhaitât

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plus les bonheurs trop paisibles du mariage, que même il songeât à de belles choses qu'il pourrait faire encore et, qu'après tout.il n'était pas si vieux. Mais c'était d'un travail sérieux, austère comme la vie elle-même, qu'il s'agissait.

Il faut, se disait-il, enseigner ce jeune héros, obtenir de lui le maximum de rendement. Ce n'est pas à l'âge de Nangès qu'on disperse sa vie dans une amourette. Ainsi, la situation lui apparaît-elle nette, précise et simple. Il en fait le bilan avec exactitude :

i° Maurice Vincent l'intéresse. Gomme disciple. Gomme maître. Entre eux, il y a connexité si intime qu'on ne sait plus qui est le maître et qui est l'élève. Maurice Vincent l'intéresse, comme lui il intéresse Maurice Vincent. Ce sont des quantités égales affectées de signes différents.

2° Il faut agir. Il faut oublier les incertitudes, les discussions stériles du passé. — Le temps n'est plus, se disait Timothée confusément, sans qu'aucun mot articulé ne vînt au bord cL ses lèvres, d'épiloguer avec le maître Servat sur la psychologie militaire, ni de s'exercer entre amis à des imaginations guerrières. Il s'agit de travailler, de mettre les mains à la pâte,

à la pâte humaine que la destinée a formée des limons lointains du Grand Morin, puis envoyée pour lui vers les galets de la Normandie.

Admirables détours de l'esprit humain pour arriver à l'optimisme ! L'esprit de Timothée est ainsi fait qu'il procède par touches légères et qu'il arrive à l'unité par une dispersion originelle. C'est le procédé des peintres dits «pointillistes ». Les mots de rationalisme, de science, de laïcité, qui volent dans l'air et qu'il recueilleau passage; l'écœurant bavardage des commis voyageurs de la pensée humaine, sont comme autant de fils dont il finit par faire un tissu serré et uni. Triste résultat que celui de cette méthode, et que rejette un Servat vision naire et synthétique, développant dans le domaine de l'histoire la loi des séries.

Mais tout d'un coup, un horizon apparaît, celui de la terre briarde, si médiocre et si chargée de mémoire tout ensemble. Maurice pousse là, comme un bel arbre, lourd de gui. 11 a de la grâce physique, de la gaieté, un corps qui trahit son âme, une jeunesse pleine de promesses. Timothée devient plus visionnaire, plus synthétique que Servat lui-même, et, par une autre route, arrive à son optimisme. Une

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réalité immédiate le saisit, et — détour imprévu — le présent bien rempli le conduit à un avenir entrevu dans un rêve, très clair et très confus, tout ensemble, de noblesse et de félicité.

Ah ! il s'occupe peu aujourd'hui des fantômes qu'il poursuivait autrefois. C'est un mépris immense qu'il éprouve pour la gloire facile que procure l'exercice des vertus bourgeoises. Mais l'arrivée d'un enfant dans sa vie lui fait prendre la conscience exacte des vraies grandeurs. Il marche maintenant selon son âme.

Après sa profitable station sous les étoiles, Nangès revenait chez lui par la place Napoléon. Un vent frais soufflait de la mer, soulevant les lames qui passaient pai-dessus la balustrade de fer et balayaient la place. Chaque paquet de mer faisait un^bruit aigu qui se prolongeait dans la nuit en sifflements indéfinis. A l'Église de la Sainte-Trinité, gardienne de la mer, les dernières notes de l'Angélus s'espaçaient et ces deux bruits mêlés, celui de la lame et celui de la cloche, faisaient une harmonie banale, attendue, si l'on peut dire, pour cela peut-être, inexprimablement spiri-

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tuelle ; peut-être un peu « Hugo », mais si attendue, si conforme à.nos intimités que l'on succombait à d'inévitables effusions. Le cœur de Timothée débordait. A ces heures-là, les plus fins sont pris au piège.

Comme il rentrait chez lui, son domestique lui remit des papiers.

— Monsieur, c'est l'ordonnance qui a .apporté cela.

C'était la «décision ». Nangèsla lut avec attention, tout d'un coup revenu à son métier.

... « Demain, pointage de nuit à l'île Pelée... Le canonnier Dupré, de la troisième batterie, remplira les fonctions de secrétaire auprès du commandant-major», etc..

Puis un papier, un « huitième de feuille ». Nangès a un moment de surprise. Il s'approche de sa table, lit le document :

« Deuxième batterie, 4 jours de consigne au quartier au canonnier de 2e classe Vincent, ordre du maréchal des logis de semaine Vigot. A découché et n'est rentré au quartier qu'après l'appel du matin. »

O ironie ! Charmants imprévus de la vie !

Timothée prend sa plume, la retourne dans ses doigts, regarde les dorures pâles du plafond.

Enfin il se décide et écrit au bas du papier : «Quinze jours de salle de police, en échange,

ordre du capitaine commandant ».

Et ils signe : Nangès, de sa grande écriture

noble et droite.

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