LA PLANTE ET LA FLEUR D'APRÈS NATURE
Les exercices de lavis de grisaille et l'étude de l'harmonie des couleurs permettront à l'étudiant aquarelliste les premiers exercices de l’aquarelle. C’est par la fleur que nous lui conseillons de commencer. Un bourgeon, une branche de lierre, une marguerite blanche, constitueront les exercices élémentaires; on devra disposer son modèle devant soi, très près, et, comme fond, lui opposer une feuille de papier blanc qui deviendra un gris très clair devant lequel la fleur à traduire aura tout son effet, c’est-à-dire ses lumières plus claires que le fond quand c’est une fleur blanche ou de nuance délicate. À l’inverse, les accents conserveront toute leur valeur et ne seront pas absorbés par Le fond, ce qui se produirait si celui-ci était sombre. Le modèle installé de la sorte, il sera nécessaire de se rendre compte de son éclairage. Dans un atelier d’artiste, il est facile d'obtenir un éclairage convenable; mais dans un appartement, la plupart du temps il se produit un jour frisant qui donne un effet par trop dur. Nous conseillons, pour y remédier, de disposer un écran de papier blanc que l’on présente du côté de l’ombre, c'est-à-dire face au jour,
Gr
afin de produire un reflet qui contribuera à atténuer les ombres et demi-teintes que l’on trouve trop accusées, car il ne faut pas oublier que la fleur est un modèle de plein air et que c’est lui faire perdre son caractère que de la représenter sous de vives oppositions.
Il faut choisir de préférence du papier qui n’ait pas de grain; le papier Artistic Lavis est bon pour ces études. Le dessin doit être indiqué très serré, avec un crayon mine de plomb taillé très fin, sur du papier émeri. Il doit être tenu d’aplomb afin de conserver au dessin toute sa pureté de trait.
Dans la recherche de la mise en place on doit dessiner très légèrement, afin que les faux traits puissent s’effacer facilement. Il sera nécessaire ensuite de reprendre les vigueurs que le modèle indique, et cela avec un pinceau fin, chargé d’une teinte de brun-rouge, en ayant soin de laisser le ton du crayon pour tous les contours qui sont en contact avec des tons lumineux.
On devra se préoccuper en premier lieu de la valeur du ton local, qui sera essayé sur un fragment de papierpalette; la teinte d’aquarelle baissant de ton en séchant, il faudra appliquer le ton local un peu plus soutenu qu'on ne le voit en réalité. Il ne nous est guère facile de donner des renseignements précis sans prendre une fleur comme exemple.
Supposons comme modèle un dahlia rose simple. (Voir p. 3.) Le ton local est une teinte de carmin léger. Quand il sera sec, on superposera les demi-teintes, qui sont composées dans le cas présent de carmin et d’une pointe d’outremer. Inutile de dire que ces demi-teintes sont plus ou moins étendues d’eau, suivant qu’elles se rapprochent plus ou moins des parties éclairées. Viendront ensuite les accents, qui se composent d’un mélange plus chaud (sienne brûlée, carmin et bleu de Prusse). Il ne faudra pas chercher
à pousser trop loin l'effet de la fleur sans se préoccuper de son feuillage, dont le ton local pour les lumières aériennes ou reflétées est gris-bleu (bleu de Prusse et une pointe de brun-rouge). (On appelle lumière aérienne toute lumière produite par une partie luisante qui reflète Le gris ou le bleu du ciel; elle doit donc participer de ce gris ou de ce bleu. Par un soleil couchant, ces lumières deviendraient orangé.) D’autres parties éclairées sont, au contraire, des. lumières qui laissent apparaître par transparence toute la couleur de ces feuilles; elles sont composées dans le cas présent de jaune indien et d’une pointe de bleu de Prusse. Pour les parties qui détachent fortement en valeur sur le fond, on cherchera le ton avec un mélange de sienne brülée et de bleu de Prusse. Dans l'exécution du feuillage on aura soin d'observer, en clignant les yeux, sa valeur d'ensemble comparativement à la valeur de la fleur. Mais il faudra veiller avant tout à ne pas surcharger son travail par de trop nombreuses superpositions, en se rappelant bien que l'effet à produire peut se traduire avec des moyens simples. IL est, en effet, à considérer qu'un objet nous frappe à première vue par une impression résumée qui est celle à laquelle on doit tendre.
Si on a entrevu pendant l’espace d'une seconde une fleur rose, le souvenir que nous en gardons est un certain rose que nous pouvons à la rigueur reproduire de souvenir tel que nous l’avons vu. Nous n’avons pas pu voir en si peu de temps quel était le ton des demi-teintes et des accents : c’est donc qu’elles ne jouent pas un rôle indispensable. Ce qui revient à dire que dans toutes les adjonctions il faut bien veiller à ce qu’elles ne viennent pas dénaturer la teinte locale; elles doivent la faire valoir au contraire.
Quand on se sentira capable d'aborder un groupe de
fleurs, il sera nécessaire de se préoccuper encore de la pose de son modèle en cherchant à grouper les fleurs de la facon la plus avantageuse. Un bouquet dont les tiges seraient toutes de même longueur serait d’un effet désagréable. Il faudra, pour obtenir une disposition décorative qui soit satisfaisante, constituer deux groupes s’équilibrant. Le premier, qui doit être le plus intéressant, pourra se composer de trois fleurs, et leur feuillage reposer sur le bord du vase, à droite, par exemple : dans ce cas, le deuxième groupe, qui doit lui être subordonné, se composera de deux fleurs à tiges plus longues, qui inclineront sur le côté gauche, mais sans exagération cependant, afin que les deux groupes se tiennent. Nous aurons l’occasion un peu plus tard de préciser les lois qui permettent de composer convenablement un motif quel qu'il soit.
Jusqu’alors nous avons admis que les fleurs gardaient comme fond le papier blanc. Si nous désirons une teinte de fond, il est évident que nous devons avoir sous les yeux celui que nous croyons convenir. C’est toujours un tort d’adjoindre une teinte quelconque prise dans son imagination.
En principe, il est reconnu qu’à des fleurs de nuances claires il faut un fond clair; avec des fleurs montées en couleur, on peutse permettre d’accentuer les fonds. Quant à la coloration de ce fond, nous prions de se reporter à la loi des complémentaires, qui nous fera comprendre que pour une fleur ou un ensemble de fleurs chaudement colorées il faudra opposer un ton froid, gris-bleu, par exemple; qu’au contraire, si les fleurs sont d’un ton froid comme ensemble (bleu, gris, violet), il faudra opposer un ton chaud (vieil or, par exemple).
Dans le dahlia que nous avons sous les yeux nous observerons que, pour la couleur d'ensemble, rose légè-
rement mauve, un fond gris-bleu ne conviendrait pas; il serait trop froid; mais un ton léger de chrome clair légèrement rompu par un peu de cobalt conviendra admirablement. Ce ton de fond, préparé dans un godet en quantité plus que suffisante pour le couvrir, sera essayé sur le papier-palette pour se rendre compte de sa valeur comparée à la tonalité de la fleur, et pour l'appliquer on se gardera bien.de chercher à le poser simultanément sur les deux parties droite et gauche de la fleur. I1 faudra choisir le point où le contour de la figure est le plus rapproché du cadre, supposer une ligne de démarcation à cet endroit et commencer avec la teinte à ce point de départ par une couture très nette et très droite. Partant de ce point, on étalera méthodiquement comme il estindiqué pour le rectangle à la lecon Lavis, et on descendra ainsi jusqu à la base. L’inclinaison de la planche permettra de diriger le trop-plein de la teinte toujours-vers le pinceau qui opère, afin de pas laisser dans les parties supérieures une accumulation de teinte qui, en séchant, ferait des taches. Si le sujet est coupé par le cadre, le côté droit du fond sera ainsi terminé. On exécutera de la même façon le côté gauche en partant du haut, en longeant la démarcation qui a constitué le point de départ de la première teinte; il faudra ne pas la toucher, car on aurait ainsi une ligne plus foncée au point de raccord; il est préférable de laisser un filet de papier blanc excessivement fin, c’est-à-dire presque invisible.
Si La fleur était complètement entourée par le fond, on commencera comme il est indiqué plus haut et on tournera autour en présentant la planche dans des positions successives telles que le contour du dessin à cerner par le fond soit toujours en regard de la pointe du pinceau.
On doit bien se garder dans cette opération de chercher à teinter simultanément les jours ou trouées qui sont
Les 3 Couleurs. Leur rotation.
Rouge Spectral
Suppression d'une.
Couleur
, .rerdaire très Ver
des contrastès
PO LA PR A ME MO 06 0 er À APR OR SE
produits par l’objet sur le fond. Il vaut mieux les teinter à part, afin de ne pas avoir le souci de mener ensemble plusieurs portions de surfaces, ce qui empêcherait d’apporter à chacune d'elles tout le soin désirable.
Dans un ensemble de fleurs on ne devra jamais assortir des couleurs claires avec des couleurs foncées ; il faudra toujours comme intermédiaire un ton moyen : un rouge vif en contact avec un bleu pâle sera dur et désagréable à l'œil, etil sera nécessaire de les séparer par une nuance vieil or, par exemple. Le blanc aura toujours plus d'harmonie dans un milieu composé de couleurs claires, et les couleurs complémentaires mises en contact aideront à l'harmonie de l’ensemble. Il est d’ailleurs reconnu que ce n’est pas la multiplicité des couleurs qui fait le charme d’une composition, et il n’est pas nécessaire de
représenter tout un jardin de botanique. Deux variétés
de fleurs suffiront, prises dans des couleurs faisant contraste.
Mais nous touchons à un point où les conseils donnés par un livre prendraient une extension considérable; d'autant plus que l'interprétation peut varier suivant les tempéraments. En résumé, on doit, en s'inspirant de son modèle, laisser à l’aquarelle sa fraîcheur, et pour la conserver il faut reprendre le moins possible les différentes parties de son travail, qui doit étre exécuté au premier coup. Si dans un fond on veut obtenir des dégradations, il vaut mieux les adjoindre dans la teinte plate fraiche que de rapporter des tons rompus une fois qu’elle est sèche. Dans l’article relatif aux procédés pratiques (Tra-
vail dans l’eau), on trouvera les indications nécessaires.
à cette exécution.
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L'AÂQUARELLE PRATIQUE