NOTIONS ÉLÉMENTAIRES DE LAVIS A L'ENCRE DE CHINE
OMBRE À 45°. — TEINTES CONVENTIONNELLES. — ToN pu BOIS APPARENT. — TON DU BOIS QUE L’ON SUPPOSE SEC- TIONNÉ. — FIL DU BOIS EN LONG OU DEBOUT.
Ces notions élémentaires, que nous énumérons succinctement, permettront déjà de former l'apprenti au point de vue théorique, l’apprentissage manuel étant mené conjointement.
On devra cependant bien se garder de lui laisser croire que les travaux qu’il est appelé à exécuter, quelle que soit leur importance, seront toujours des œuvres courantes, c’est-à-dire des objets mobiliers dont on arrive à connaître les dimensions de mémoire, ce qui évite la consultation des plans qui s’y rattachent, mais a aussi pour inconvénient de priver le constructeur de les étudier et de se familiariser avec leur lecture.
Dans le but de faire sentir à l’ouvrier d’art combien l'instruction artistique lui est utile, nous lui dirons qu'il doit avoir pour ambition, non seulement de construire avec précision et avec goût un meuble dont le tracé lui a été fourni, mais encore de pouvoir lui-même créer un
projet en lui donnant une originalité qui fasse pressentir une œuvre nouvelle. Dans ce cas, la recherche du sujet, c'est-à-dire le croquis inédit, est crayonnée à main levée en petite dimension (5 à 6 centimètres par exemple). C'est à la forme générale que l’on doit s'attacher tout d’abord ; ce croquis peut être représenté en vue perspective sous l'aspect qui peut le mieux en faire voir Les parties intéressantes.
Si notre élève a reçu quelques notions de modelage, il pourra à la même échelle, modeler à la cire son meuble pour se rendre compte de sa masse et de son degré de sveltesse; le croquis revu, amendé, corrigé avec réflexion, sera traduit en géométral au 5° ou au 10° suivant la grandeur de l’objet mobilier. Un plan avec élévation et autant de coupes qu’il sera nécessaire pour faire voir le jeu des assemblages et les parties cachées.
Il sera joint à ce dessin en géométral une vue perspective graphique à la même échelle, donnant l’aspect des colorations des différents bois employés, bronzes, ferrures. Il sera mentionné autant de cotes qu’il sera possible dans ce dessin en réduction. Elles devront être exprimées clairement et toujours en millimètres, c’est-à-dire que la dimension de 1",25 centimètres par exemple se traduira par 1,250, la dimension de 15 centimètres par 150, et celle de 23 millimètres par 23. Il sera donc inutile de répéter 0,023, ce qui encombrerait le dessin de chiffres inutiles.
Il sera bon dans ces compositions de consulter les hommes compétents et qui ont l'expérience pour eux, avant d’aller plus loin dans l’étude de l’objet mobilier. Alors seulement on pourra aborder le tracé en grandeur d'exécution.
Sur une grande feuille de papier bulle tendue sur une planche à dessin on tracera des axes se rapportant à l’élé-
vation, située en haut, le plan géométral sur le même axe en dessous. Les coupes et profils devront, autant que possible, ne pas encombrer l'élévation et le plan; on ne doit pas hésiter à faire figurer leurs tracés séparément pour mieux en faire saisir la clarté. Nous supposerons que le meuble dont il s’agit ne contient pas de motifs sculptés, nous proposant plus tard d’entretenir nos lecteurs des conditions que doit remplir le sculpteur ornemaniste. Le dessin traduit au crayon et exprimé clairement sera tracé sans exagération au tire-ligne par des traits assez forts. Si la mouluration était complexe, la série de lignes parallèles la représentant prendrait un aspect d'ensemble par trop noir, et les traits au tire-ligne seraient trop pleins. On pourra cependant accuser les lignes importantes, c’est-à-dire qui limitent les grandes proportions, telkes qu’un entablement, une corniche, une devanture, un couvercle, un socle, etc.
Les axes seront représentés par des fragments de lignes fines dont les intervalles seront occupés par un point.
Les lignes de projections, que l’on appelle lignes pointillées, formerontune suite de lignes interrompues d’une longueur constante de 5 à 6 millimètres.
Les lignes représentant des parties cachées se traduiront par une succession de points ronds indiqués avec le tire-ligne tenu verticalement et distants entre eux d’un intervalle constant d’un demi-millimètre.
Les cotes seront figurées par des lignes fines à l'encre rouge, aux extrémités desquelles seront tracées deux flèches dont les pointes toucheront l'intervalle dont on veut indiquer la dimension.
Quand une ligne de cote est verticale, le chiffre qui la représente doit toujours la mentionner de façon qu’on puisse la lire en penchant la tête à gauche du dessin.
Dans les coupes, pour le bois en droit fil, une légère
teinte de sépia sera appliquée d’abord; une fois sèche, les fibres du bois seront représentées avec cette même teinte de sépia par des lignes longitudinales avec un pinceau. Pour la coupe bois debout, sur cette même teinte en sépia, les lignes seront transversales, c'est-à-dire reliant les plus petites épaisseurs. On pourra, pour donner à ce travail un aspect un peu artistique, choisir un fragment de bois de hêtre et, dans les deux cas, copier d’après nature Le jeu des fibres.
Les courbes à tracer dans un profil, quart de rond, gorge, baguette, doucine, cavet, etc., doivent toujours être tracées au compas. Dans le cas où une grande courbe, par sa souplesse, ne pourrait s’obtenir par des arcs de cercle raccordés, il serait nécessaire de construire un gabarit sur un carton découpé, s’adaptant exactement à la silhouette du projet. Il est nécessaire, dans le tracé du dessin à l’encre, de commencer par la représentation de toutes ces courbes, car l'expérience démontre qu'il est bien plus commode de raccorder des droites à des courbes que des courbes à des droites.
En admettant que l’ébéniste ne soit appelé qu’à confectionner des meubles courants, il aura l’occasion, dans l'exécution des placages et dans tous les travaux de marqueterie, de faire voir son sentiment personnel. Là encore les parties décorées par des bois de différentes colorations seront étudiées dans l’exécution d’un dessin grandeur nature, et le travail de composition nécessité aura pour point de départ la nature : une branche de fleurs avec son feuillage dessinée sincèrement, sera le point de départ d’une composition s’adaptant à la surface à décorer; ces fleurs simplifiées, stylisées selon les exigences de la marqueterie.
Il ne faudrait pourtant pas se laisser aller à prodiguer les nuances, car l’effet ne peut que gagner à être obtenu
à peu de frais. Une couleur et sa complémentaire entourées par des teintes presque neutres séduiront beaucoup plus qu'un bariolage, qui de plus aurait l'inconvénient de faire monter le prix de revient.
Dans les assortiments de couleurs qui ont pour base la géométrie esthétique, on obtient couramment des effets imitant des nattes, des carrelages ; il y a dans ce genre de travail un grand écueil à éviter et dont généralement on ne tient pas compte; par suite des oppositions de colorations et par la contrariété des fibres, on arrive à donner à une surface qui doit rester plane un aspect produisant des creux et des saillies.
Les placages les plus communément employés sont l’assemblage en fougère et en bois frisé d’onglet.
En résumé, quel que soit l'agencement adopté en marqueterie, il doit rester simple. Les trophées, les guirlandes, les macarons, ne doivent pas viser à rendre des effets de peinture; les colorations obtenues avec Les bois naturels donneront toujours une harmonie plus en rapport avec le meuble à décorer que les bois teints.
Pour les meubles de luxe, chiffonniers, secrétaires, on a eu recours sous Louis XV à la palette des artistes en renom: les Boucher, les Lancret, les Fragonard, ont décoré des meubles avec succès.
Cependant nous faisons toutes nos réserves sur ce genre désigné sous le nom de vernis Martin. Il a une valeur personnelle quand la peinture est exécutée par un maitre; elle devient banale et rappelle l’image quand elle est exécutée commercialement.
Dans un autre ordre d'idées, nous citerons la décoration du cuivre incrusté dans un fond d’écaille. C’est l'artiste français Boule qui a créé ce genre, et voici succinctement ce que ses recherches lui ont fait imaginer. Sa composition décorative était recherchée avec soin dans la surface gran-
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deur d'exécution; une fois le dessin complètement revu dans son ensemble et ses détails, il est reporté sur une plaque de cuivre d’un millième d’épaisseur environ et tracé nettement à la pointe sèche; une feuille d’écaille de même épaisseur et de même surface est juxtaposée en dessous de la feuille de cuivre, faisant pour ainsi dire corps avec elle. Cet ensemble, convenablement fixé à l’aide de griffes pour assurer son immobilité absolue, est découpé dans toutes les parties extérieures du dessin à l’aide d’une scie à découper d’une extrême finesse. On obtient de la sorte deux épreuves : la première, l’ornementation en cuivre; la deuxième, la feuille d’écaille ajourée pour donner place à la première épreuve, qui peut s’incruster exactement dans la seconde. Cette opération, bien simple cependant, a rendu son auteur immortel. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la gloire qui s'attache à son nom réside dans le sentiment esthétique qui l’a inspiré. Avant le report sur la feuille de cuivre, que d’études, que de changements le dessin n’a-t-il pas subis? Aussi combien sent-on dans ces beaux meubles la conscience de l’artiste travaillant sans aucune arrière-pensée commerciale.
Aujourd’hui, dans un but économique, on ne se contente pas d’incruster le cuivre dans la nacre ou l’écaille; comme dans l'opération du découpage, on obtient non seulement les deux épreuves dont nous venons de parler, mais encore deux contre-épreuves; on a trouvé bon de les utiliser, et on incruste l’écaille dans le cuivre! L'effet est loin d’être harmonieux, car le métal devient le fond; par suite, il prend trop d’étendue, et l’ensemble produit du clinquant.
La décoration des meubles peut aussi être représentée par le laqué. Les meubles chinois et japonais donnent une idée de ce que l’on peut obtenir. Dans nos meubles modernes la laque pourrait jouer un grand rôle; malheureusement on n’y trouve pas encore une originalité qui
se produira peut-être Le jour où, un style nouveau surgissant, elle pourra s’y adapter avec succès.
Dans l’industrie du bois, le rôle de l’ébéniste est très étendu, et l’occasion se présentera toujours pour lui de faire œuvre d'artiste; malheureusement on est toujours pressé de produire quand même, et le sentiment artistique ne peut recevoir d'application qu’à la condition que le temps ne lui soit pas mesuré.
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