LE TRAPPEUR DE LIONS ET PANTHÈRES
Je titre va probablement étonner le lecteur et nous le voyons déjà pensant à Daniel ou aux cages Je Pezon et Bidel, sourire d'incrédulité et s'écrier : (( Mais il y a beau temps qu'il n'existe plus de lions en Algérie. Ils sont tous dans les ménageries, c'est une plaisanterie que de nous parler de lions, de fosses aux lions ! » etc., etc.
Voyons, lecteurs nous allons \ous convaincre de suite C'est dans un petit coin de la forêt du Ksenna, à environ dix-huit kilomètres Est d'Aumale, dans la fraction Sekor, du douar Aïn-Hazem, commune mixte d'Aïn-Bessem, que se trouvent deux trappes destinées à capturer les fauves. Ces deux fosses ont environ cinq mètres de haut sur quatre de long et im mètre cinquante de large. Elles sont recouvertes chacune d'un cadre en bois, supportant deux vanteaux fixés par un pivot et basculant au moment ou un corps lourd vient à être placé sur le m'iieu des trappes.
Les trappes sont disposées sur les deux grands côtés d'un parc rectangulaire dans les angles duquel se trouvent quatre gourbis dont les entrées se font face et habités par les familles des gardiens.
L'entourage du parc, formé de branches de jujubiers, 4elie entre elles les quatre habitations, mais près des fosses la haie est moins élevée, de façon à indiquer un passage aux fauves et de leur permettre de voir les moutons enfermés dans l'intérieur.
Chaque soir, à la tombée de la nuit, les quelques moutons et chèvres qui constituent toute la fortune des gardiens, rentrent dans l'enclos et servent ainsi d'appât perpétuel. Une légère couche de paille est étendue sur les trappes de façon à les dissimuler.
Vers dix ou onze heures du soir, un grognement significatif annonce aux chiens de la mechta qu'il est prudent pour eux da se réfugier dans les gourbis. C'est qu'en effet, le roi des animaux n^est pas loin, et il ne se ferait aucun scrupule de les dévorer. De nombreux indigènes de la région nous ont raconté que tous leurs chiens devenaient la proie du lion ou de la panthère.
Le fauve rôde alors un instant près des gourbis et lorsque le moment lui semble favorable, il franchit d'un bond la haie de l'enclos, tiaute d'environ un mètre, et s'empare d'un mouton. Comme son butin gène ses mouvements, il ne peut quitter la place comme il a fait pour y pénétrer : il songe alors à sortir par l'un des deux passages sur lesquels sont disposées les trappes. Il s'y engage, mais la bascule joue et le fauve est précipité au fond de la fosse avec sa victime. Le vacarme fait par cette chute, ainsi que les aboiements des chiens et les mouvements désordonnés de tous les animaux de la Mechta, indiquent aux gardiens que le moment est venu d'assujettir la trappe avec des grosses pierres ou des pieux. Si l'on ne prenait pas cette précaution, l'animal capturé pourrait fort bien s'évader.
Les autorités sont alors prévenues et elles viennent fusiller impitoyablement le fauve par les lucarnes mobiles ménagées, à cet effet, dans chaque trappe.
Ordinairement, lorsqu'un lion ou une panthère tombe dans la fosse, l'animal tente par des bonds désespérés de
recouvrer sa liberté ; quelques-uns parviennent souvent à passer une patte par une des lucarnes. Les griffes du prisonnier sont, en ce cas, très détériorées par suite de leur frottement sur les parois de la fosse. Ajoutons que l'on a vu plusieurs fois des lions se coucher sans avoir essayé de fuir et attendre philosophiquement la mort.
En aucun cas, le mouton ou la chèvre que l'animal a entraîné dans sa chute, n'est touché par lui ; on les retrouve intacts n'ayant que les blessures produites lors de l'enlèvement. La surprise que lui occasionne sa mésaventure empêche le lion ou la panthère de songer à dévorer sa victime.
Le moyen que nous venons d'indiquer pour capturer les fauves semble primitif ; il est cependant excellent comme on va pouvoir en juger. Depuis l'installation des trappes sous l'administration du commandant Ducrot, alors chef du bureau arabe d'Aumale (1848) jusqu'en 1893, *^ ^ ^^^ P^^^ dans les fosses d'Ain Hazem trente deux lions et seize panthères. Ces chiffres peuvent facilement être contrôlés par l'examen des primes attribuées au trappeur.
Une certaine nuit un magnifique lion et une lionne furent capturés dans la même fosse. Le lion avait franchi la haie et s'emparent d'un mouton était tombé dans le piège ; la lionne, inquiète probablement de ne pas le voir revenir, voulut pénétrer dans l'enclos en passant par l'endroit où se trouvait la trappe et y tomba elle même.
Si notre récit a le bonheur d'intéresser quelque chasseur et qu'il veuille se rendre compte du fonctionnement des trappes, il n'a qu'à aller à Aumale où il prendra la route de Sétif à l'Est, puis après avoir dépassé la zone colonisée, il traversera la pittoresque forêt du Ksenna dont les arbres atteignent de 8 à 10 mètres de haut et arrivera au point où la route coupe 1 Oued Romara, affluent supérieur de l'Oued Sahel ; il suivra cet oued jusqu'à sa rencontre avec un petit ruisseau appelé Tamda, le remontera pendant quelques centaines de mètres jusqu'au moment où il apercevra sur
la rive droite, une agglomération de gourbis, pauvres, délabrés, sales, faisant tache sur le fond veit du paysage.
C'est là que vivent misérablement depuis plus de quarante ans Msaad ben Charef etson neveu Mohammed ben Hamici bien connu des chasseurs de fauves: Zimmer, Capitaine Corberon, Mercier, Rey, Guillaume. Ces pauvres gardiens ne touchent que la rémunération mensuelle de 20 francs, qui leur est payée par la commune mixte d'Ain Bessem. Voilà vingt francs qui sont bien gagnés !
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GRÉLH
Les habitants du douar Ameur Sraouïa, du département de Constantine, dirigent plusieurs fois le pan de leur burnous vers le point où le tonnerre gronde, afin de conjurer l'orage el d'empêcher la grêle de ravager leurç récoltes.
FiR A CHEVAL
Les commerçants arabes clouent un fer à cheval dans leur magasin afin de faire augmenter l'importance de leur négoce (Algérie, Tunisie, Maroc).