SI MOHAMMED BEN BEL KASSEM
Si Mohammed ben bel Kassem, un des principaux chefs religieux de l'ordre des Rahmania, mort en 1897, habitait à la Zaouïa d'El Hamel, près Bousaâda.
La réputation de sainteté du célèbre xNierabel était immense. Les fidèles se rendaient en foule en pèlerinage chez le saint homme, et sa demeure réunissait en moyenne d3 cent à deux cents pèlerins par jour, qui étaient nourr's aux frais du brave Merabet. Il est vrai qu'en retour, de généreux croyants lui apportaient de nombreuses et importantes offrandes.
Lorsque Si Mohammed ben bel Kassem voyageait, leh indigènes se pressaient enfouie sur son passage, et, plus d une fois, sa voiture eut à souffrir du zèle des croyants qui voulaient embrasser ou simplement toucher le burnous du* saint homme ; s'il descendait de voiture, il était immédiatement enlevé et porté par les bras vigoureux de ses fidèles adeptes.
Souvent nous avons vu des indigènes saisir avec empressement l'enveloppe dans laquelle avait été enfermée une lettre de Si Mohammed ben bel Kassem, l'embrasser ei la passer dévotement sur leur visage en «marmottant quelques bénédictions ou invocations à l'adresse du chéiif, titre qu'avait pris le Merabet d'El-Hamel.
Dans ses stations à Alger, Blida, Médéa, Aumale, Ber rouaghïa, il donnait ses audiences et consultations, simplement installé sur une natte garnie de coussins, et tous ceux qui avaient un péché à se faire pardonner, une maladie à guérir, une demande à formuler, venaient solliciter son intercession.
Les femmes désireuses d'avoir un enfant mâle ou même une liaison coupable, lui demandaient une entrevue.
Un jour. Si Mohammed ben bel Kassem avait été invité à dîner chez un fonctionnaire algérien qui avait, pour la circonstance, réuni cinq ou six de ses amis. A Theure fixée, le Merabet se présente suivi, comme tout personnage religieux important, de six tolba (étudiants) très heureux d'accompagner le saint et aussi de faire un repas plantureux.
Malgré ce surcroit d'invités qui, en pays arabe, ne doit jamais surprendre le maître de la maison, on ajouta immédiatement six couverts et l'on se mit à table.
L'amphitryon avait eu le soin de faire préparer, pour son invité musulman, un certain nombre de plats apprêtés par un cuisinier arabe dont l'orthodoxie ne pouvait être suspectée. Parmi ces plats, figuraient des poulets rôtis; Si Mohammed ben bel Kassem en mangea plusieurs morceaux; chaque fois qu'il plaçait les os sur son assiette, les tolbas les enlevaient et les broyaient à belles dents, très consciencieusement, heureux de pouvoir goûter Tos qui avait approché la bouche du Merabet I
Si Mohammed ben bel Kai^sem, objet de tant de vénération, en était arrivé à croire en sa puissance quasi divine.
Un certain jour, se trouvant dans une réunion où il y avait plusieurs femmes françaises, il demanda à Tune d'elles si elle avait des enfants et combien de garçons? Sur la réponse négative de la dame, il demanda une tasse de lait, en but une gorgée, et invita sérieusement la dame à boire â la même tasse, ajoutant que le moyf n était infaillible, La dame se prêta de bonne grâce au désir du chérif, en ayant soin cependant de boire du côté opposé à celui où il avait trempé ses lèvres. Un an après, Si Mohammed ben bel Kassem revint voir les mêmes personnes et s'informa avec intérêt du résultat obtenu.
Quand on lui eut dit que la dame avait mis au monde une charmante petite fille et qu'on lui présenta l'enfant, il
n'en parut nullement étonné, se bornant à dire qu'Allah seul était le maître de tout ce qui arrivait.
On raconte sur la sagesse, la charité, la puissance de Si Mohammed ben bel Kassem. de nombreuses histoires ; les Musulmans vont même jusqu'à lui attribuer des miracles ! Nous ne citerons ici que deux faits qui sont narrés complaisamment par les indigènes :