CHANSONS POPULAIRES ARABES
BERCEUSE (l)
Mon fils dort dans le berceau
Et je le berce.
Quand il sera grand il lira sur la planche
Et le professeur l'instruira.
Mon chéri est parmi les garçonnets
Le plus agile d'entre eux.
Lorsque vient le coucher du soleil
Il part les laissant seuls.
O postillon I conduis bien,
Prends garde de faire tomber mon fils;
Je te prie de veiller sur lui
Et te paierai de mes deniers.
Son père est satisfait
Quand il commence à lire
Et son frère le caresse
D'un coup amical sans lui faire mal.
(i) Chantée par les femmes de Gueîma pour endormir leurs enfants.
Mon fils nage sur la mer
Comme un capitaine marin,
S'il voyage su»* terre
Il monte la chamelle coureuse.
Mon fils est cavalier du goum
Monté sur une jument ;
Sf le sommeil arrive
Il se repose ud peu.
Mon fils est parti chasser.
Il me rapporta un porc-épic ;
Lorsqu'il voulut recommencer
Il rencontra les voleurs.
Mon fils est toujours propre
Il se lave au bain maure.
Lorsque vient Tépoque de Véié
Il mange de la chair de colombe.
Les amis de mon fils sont raisonnables
Et il est le plus séiieux d'entre eux:
Si la bataille se déclare
C'est lui qui est le premier !
Dès le matin de bonne heure
Il se lève et travaille;
Lorsqu'arrive la fin de la matinée
La gazelle revient dans son parc.
O gens comment vais -je faire !
Mon fils m*a quitté.
Mon esprit s'égare
En songeant au peu de temps que je l'ai vu.
Mon fils est cadhi,
Il tranche les différends,
Il juge par une décision sûre
Entre les partisans des délits.
BERCEUSE (l)*
Dieu ! ô mon Dieu !
O celui qui endort les enfants!
Fais dormir mon fils
O Dieu le Très Haut'
Je songe toujours à mon fils,
Mon bien aimé,
Conserve lui la vie, ô mon Dieu!
Pour qu'il travaille pour moi.
Il ne pleure pas mon chéri
Car j'aurai du chagrin,
Fais le taire, o mon Dieu!
Toi qui es le Très Haut.
Mon fils commence à se traîner
Jusqu'à la porte de la maison
Quand il se met à crier.
Le voisin me Tamène.
Mon fils commence à courir
Au milieu des enfants;
Je demanderai à Dieu
De me le conserver avec soin.
Mon fils est devant la porte
S'amusant avec ses camarades.
Si le sommeil le prend
Il dormira s>ur mes genoux !
O lettré, instruis mon fils
Pour qu'il devienne un homme.
Et si tu ne l'instruis pas
Tu mériteras un coup de faucille.
(i) Chantée par Us femmes de Gueîma,
WIPEURS DE KIF (l)
O bey I ô le bienheureux !
Accepte de moi cette plainte Le cœur serré dans la poitrine
Voilà la cause de mon mal.
O brune I dans tes yeux se trouve la mort
Tu es semblable à une élégante fleur,
la parole est aussi douce
Que le miel qui sort de la ruche.
Tu as des yeux comme ceux de Pibis
Qui affolent tous les vaillants;
L*homme tranquille devient ivrogne,
L'homme pieux devient infidèle !
Tes lèvres sont roses comme le corail
Ht douces comme la soie à tisser
Tu es une vraie colombe posée sur un diadème
Couronnant un riche trésor.
Ta taille pareille à une canne d'ébène,
Sculptée par la main délicate du menuisier.
Tes cheveux sont noirs comme le négrillon
Qui tient Tétrier de son seigneur.
Tes membres aussi brillants que des sabres
Portés par les beys chez les Turcs.
Tes doigts sont longs et effilés
Parés de bagues d*or et tatoués.
Ton corps aussi blanc que la neige des nuits
Qui a séjourné sur la montagne du Dira.
Âïcha est un paon au plumage magnifique
Elevé au Hamma dans la maison des beys.
La séparation pendant la vie est pire que la mort. O œil, verse tes larmes !
Je pleure et mon cœur saigne D'être séparé de ma bien aimée.
(i) Chantée par Us Hachaïchi d* Alger,
HAOUZI (l)
^ 'iicsftager, par Dieu, jure -moi sur la tête de ton oncle
f De porter mes vœux à celle qui a les cils ftoirs.
Les cheveux longs, adorés, teints avec du henné,
Imprégnés de civette, de musc et d'essence de roses.
Front tant aimé, brille et sillonne les nues
Comme Téclair dans les nuits noires !
Sourcils arqués comme la lettre noun sur une ligne;
Les yeux m'ont percé comme une flèche
Lancée par un vigoureux cavalier, de sa mouture;
Petit nez ressemblant au bec d*un faucon;
^^* jjues épanouies comme des roses et des fleurs d*oranger.
^ livres sans pareilles rougies par le souak guérissent des maladies.
Dents ressemblant à une poignée de perles
Rapportées de la mer d'un pays éloigné;
La parole comme le miel d'un rayon;
Le cou blanc semblable à une branche de palmier
Poussé dans un désert
Où il n'est jamais tombé d'eau.
Elle est vêtue de sa robe mais elle fît un mouvement.
Je pus voir sa belle poitrine
Sur laquelle poussent deux jumelles
Ressemblant aux beaux fruits du pommier.
Continuellement je veille, continuellement j'espère
Car elle a su rendre captif mon cœur.
(i) Chantée par les Hachaîcht de Constantine,
ilteurtred^ IVoU^ ^ttaquts nocturnes SHûntfxitB, €stx0qntxxts
^a sécurité est loin d'être parfaite en Algérie. Nos malheureux colons sont volés très fréquemment, ^5|Jâ5 quelquefois tués par les indigènes. Les Arabes euxmêmes souffrent auçsi beaucoup de l'insécurité et on peut dire qu'il n'existe pas d'Arabe n'ayant pas eu à se plaindre d'un ou plusieurs vols, pas de mechta où ne se soit produit un meurtre.
En pays musulman, le vol n'est pas infamant; les voleurs, receleurs, tous très connus, vivent en bonne intelligence avec tout le monde. Ne voit-on pas journellement, dans tous les pays d'Algérie, des libérés indigènes, ayant été condamnés pour des faits absolument déshonorants, revenir dans leur tribu d'origine et être reçus, choyés, félicités par tous les amis et connaissances? Les notables eux-mêmes ne dédaignent pas de leur embrasser la tête et Tépaule, de se frapper la poitrine en s'inclinant devant eux, ce qui est le suprême du genre !
Ils se disent, ces braves musulmans, qu'à tout péché miséricorde! et qu'en somme ces pauvres croyants, qui reviennent du bagne, ont été condamnés par la justice de
ces chiens de chrétiens, ce qui, selon eux. ne compte pas, tors du jugement dernier.
Quelques arabophilesont prétendu à tort que la criminalité n'était pas plus élevée en Algérie qu'en France. Ils n'ont sûrement pas étudié la question et ne se sont jamais rendu compte du nombre considérable de meurtres, vols, signalés aux juges de paix algériens, ni de ceux qui ne sont jamais connus de l'autorité française par ^uite de l'arrangement intervenu entre les parties en cause. Quant aux incalculables larcins de mince importance qui se commettent journellement, il ne faut pas en parler.
Cette importante question de la sécurité a fait couler bien des flots d'encre, émettre bien des théories, bien des remèdes, mais malheureusement il ne s'est produit encore aucune amélioration et les malandrins indigènes s'en donnent à cœur joie, continuant, comme par le passé, leurs méfaits.
Le chapitre de^ crimes ou vols qui se commettent journellement en Algérie, serait beaucoup trop long à écrire et Dons obligerait à sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Nous ne relaterons que les quelques faits qui nous sont parvenus et nous ont paru de nature à intéiesser le lecteur.
VOLS DF CHHVAUX OU MULFTS
Ce genre de vol est celui qui est le plus commun chez les indigènes, d'abord parce qu'ils peuvent se transporter rapidement sur un point éloigné afin d'invoquer un alibi au cas où la justice se montrerait trop indiscrète, ensuite en raison delà facilité avec laquelle ils peuvent se défaire des animaux volés.
Les chevaux ou mulets des européens sont l'objet de nombreuses convoitises de la part des brigands indigènes qui savent bien que la surveillance est moins active chez les roumis que chez leurs coreligionnaires et qu'ils peuvent souvent compter, pour ne pas dire toujours, sur la compli-
cité du khammès ou des employés arabes au service des colons
Aussi les tentatives de vols sont- elles fort nombreuses autour de toutes les habitations françaises et peu de fermes échappent aux visites des malfaiteurs indigènes. Voler un chrétien, n'est-ce pas servir la cause de Dieu et de Mohammed?
Pour s'empafer des chevaux ou mulets de l'infidèle, les voleurs arabes emploient le moyen suivant :
Préa!ablement renseignés par les ouvriers arabes de la ferme sur le côté où la surveillance est la moins active, ils s'en approchent prudemment après avoir eu le soin, afin de détourner les chiens de faire effectuer une diversion par des complices du côté opposé où ils veulent opérer, puis ils pratiquent une ouverture dans le mur par laquelle ils feront soitir les animaux.
Afin de faire le moins de bruit possible, les voleurs arabes n'emploieni pas d'instrument en fer pour percer les murs ; ils se sej-vent d'une corne de bœuf ou de bouc et ont le soin, afin d'amortir le bruit produit par la chute des matériaux, de placer au pied du mur attaqué un lit de paille. Pendant toute la durée de l'opération, un complice tient un burnous appliqué contre l'ouverture afin d*éviter que le gardien ne s'éveille en voyant la lumière pénétrer par la dite ouverture.
Le trou terminé, avant de pénétrer, et ce dans la crainte de recevoir un coup de feu, ils avancent dans l'ouverture un burnous dans le capuchon duquel ils introduisent un long bâton ; de cette façon si le propriétaire tire un coup de feu ce sera le burnous qui recevra les projectiles.
S'ils n'entendent rien, rassurés, les voleurs pénètrent et agissent à leur. aise Ils auront vite enfourchés les chevaux . et dans un temps très court, les auront emmenés bien loin de leur écurie et cachés momentanément dans un kemine (cachette, grotte, fourré, ravin) toujours très difficilement accessible.
Pendant ce temps, le khammès du colon indiquera à ce dernier, souvent trop confiant, une fausse piste et tous les Arabes, heureux du bon tour joué au Français, se feront un devoir de faire échouer les recherches.
Afin de détourner les soupçons, si le vol a lieu en hiver, saison très appréciée des bandits arabes, les sabots des animaux sont entourés de chiffons pour empêcher les empreintes de se produire ; certains filous vont même jusqu'à enlever les fers des animaux et les replacer à l'en vers, de façon à ce que les traces (Djora) indiquent que l'animal au lieu de s'éloigner de Técurie s'en est rapproché I
Dans la plupart des cas, les voleurs se bornent à mettre la plus grande distance entre Técurie et l'animal volé. Aussi il arrive presque toujours que les recherches sont effectuées sur un rayon de cinquante kilomètres alors que les chevaux volés sont à deux ou trois cents