ET-THEBIB
Ies arabes tiennent en grand honneur le métier de médecin Et-thebib; ils ont pour lui la plus grande déférence, la foi la plus complète.
Le médecin arabe est bien loin d'être un savant ; il pos sède ordinairement une instruction des plus rudimentaires et souvent même il ne sait ni lire, ni écrire. Sa petite science se borne à employer au hasard, à tort ou à travers, les produits les plus hétéroclites ; la médication qu'il fait suivre à ses clients, est toujours accompagnée de pratiques religieuses, ou tenant de la »nagie ou de la superstition.
Quand on écoute un thebib formuler son diagnostic, toujours avec assurance, on est étonné de son ignorance crasse et Ton se demande comment il se peut faire qu*un peuple ayant produit des Averroès (Ibn Raschid) et Avicenne (Abou Sina) en soit arrivé à .ce degré de simplicité et de naïveté.
La méthode de Nancy et celle de Paris n*inquiète nullement le thebib arabe; il suit simplement son inspiration et à l'aide de vieux traités d'Es Siouti ou autres contenant des formules abracadabrantes où le mystérieux le dispute à Pabsurde, il traite imperturbablement tous les malades qui lui sont amenés, sans embarras aucun
Les médicaments les plus énergiques seront employés par lui sans règle ni mesure ; aussi, combien d'accidents mortels sont occasionnés, en pays arabe, par l'absorption de remèdes ordonnés inconsciemment par les médecins indigènes I
Ne réussissant à guérir que par hasard, faisant perdre la vue ou un membre, détruisant l'estomac ou les intestins de ses clients, Et-thebib n'en sera pas nioins vénéré, écouté par tous les arabes, qui continueront, malgré tous ses insuccès, à le consulter.
Les traitements rationnels, les réussites de nos docteurs en médecine et chirurgiens, passent inaperçus des arabes; ils considèrent la science de leur thebib comme bien supérieure à celle de nos médecins I
Le médecin arabe est toujours en même temps pharmacien ; le client trouve chez lui tous les produits qui lui sont prescrits et n'aura pas à l'indemniser des médicaments qu'il devra employer. Ordinairement Et-thebib traite à forfait avec ses malades, nous allions dire ses victimes ! il fixe un prix qui, longuement débattu par le client, est enfin accepté ; la somme promise- sera payée, la moitié ou le quart dès la première visite, le reste à !a fin du traite ment et après guérison.
Fort souvent, le malade n'est pas guéri ; il y a alors contestation entre le médecin et lui et un procès se déroulera devant cheikh el cadhi, le jurisconsulte éminent de la région.
Beaucoup des médecins arabes des départements d'Oran et d'Alger sont originaires du Mogbreb (ouest); aussi ren contre- t-on sur presque tous les marchés un marocain, souvent mulâtre, avec une petite cargaison d'Atria (médicaments), c'est notre thebib.
La tente la plus petite du marché est ordinairement celle du médecin pharmacien arabe ; auctn buste d'Hippocrate ou de Gallien n'orne l'officine : une natte sur laquelle sont
rangés de nombreux petits sacs contenant les drogues et c'est tout.
Et thebib, accroupi, donne gravement ses consultations en compulsant, ou ayant l'air de compulser de vieux traités ou formulaires, manuscrits graisseux grossièrement recouverts de peau. 11 remet au client les remèdes et amulettes nécessaires ei ne manquera pas de toucher le premier à compte de ses honoraires.
En dehors des consultations, Et thebib débite aussi des produits de vente courante, ainsi que des parfums.
Les médicaments qui sont le plus employés par les médecins arabes sont les suivants : sulfates de cuivre et de fer, eau de roses, sulfures rouge et jaune de mercure, styrax liquide, graines de cresson, clous de girofle, safran, épices, muscades, pavot, soufre, arsenic, écorce de noyer, carbonate de soude, etc.
Pour toutes les maladies ks médecins indigènes remet tent au client en même temps que des médicaments plus ou moins étranges, une amulette sur laquelle quelques caractères arabes ou plus simplement des hiéroglyphes sont tracés ; cette amulette devra être portée par le malade pen dant la durée du traitement.
Nous relaterions bien ici, pour faire connaître la force des médecins arabes, quelques traitements où figurent des cadavres desséchés de caméléon, de hérisson, de scorpion macérés dans divers liquides et devant être absorbés par les malades, m? is cela nous entraînerait trop loin.
Les indigènes attribuent souvent leurs malaises aux mauvais génies, c'est alors que le thebib consulté s*en donne à cœur joie et prescrit un traitement fantaisiste destiné à conjurer les maléfices ! Les remèdes, les pratiques qu'il conseille sont des plus curieux et seront d'autant mieux absorbés et effectués par le patient, qu'ils seront compliqués, étonnants, ridicules.
Et ihebib se rend périodiquement sur les marchés et en tre temps il parcourt le pays arabe distribuant ses conseils
et ses douas (remèdes) aux trop crédules musulmans^ contre naturellement bons douros sonnants.
Si le médecin arabe ne donnait à ses malades que des médicaments inofïensifs, il se ferait encore admettre, mais lorsqu'on le voit, comme nous, saigner un cheikh des Abid de Berrouaghia au point de le tuer, ou demander à un pharmacien français si une goutte d'acide nitrique dans Tœil ne rongerait pas convenablement une cataiacte, il est permis de douter beaucoup de ses connaissances médicales et d'engager ses coreligionnaires à ne pas utiliser s^s lumières.
0uperdttttond et Croganced arabes