L'HISTOIRE DE CENDRILLON
Comme on la raconte en AlleEia;;ne.
Un bon homme étant devenu veuf crut devoir se remarier. De son second mariage, il eut deux filles qui n'étaient ni belles, ni spirituelles, mais trèsorgueilleuses et très-envieuses. De son premier mariage, il en avait une qui était la plus douce, la plus gracieuse, la plus charmante créature du monde. Ses sœurs, jalouses d'elle, la traitaient cruellement. Sa mère la rudoyait aussi sans pitié, et son père n"osait la défendre. Elle faisait dans la maison l'office de servante, se levant tôt, se couchant tard, et tout le jour continuant la plus rude besogne, tandis que ses vilaines sœurs se paraient et allaient se promener. Lorsqu'elle avait fini sa tâche, souvent elle s'asseyait en silence dans les
cendres du foyer. Ses sœurs pour se moquer d'elle l'appelaient Cendrillon.
Un jour le père allant à la foire demanda à ses filles ce qu'il devait leur rapporter. L'une d'elles dit qu'elle voulait avoir de riches vêtements ; l'autre, des perles ou des diamants. Quand vint le tour de Cendrillon, elle pria son père de lui rapporter une branche de coudrier.
Au retour de son père, pendant que ses sœurs
se pavanaient dans leurs nouvelles parures, Cendrillon alla planter la branche de coudrier sur le tombeau de sa mère, chaque jour elle l'arrosait de ses larmes. La petite branche grandit rapidement, et lorsque la tendre jeune hlle allait s'agenouiller sur la tombe de sa mère, un oiseau blanc venait se poser sur un des rameaux du coudrier et la regardait avec pitié.
Il arriva que le roi donna une grande fête, à laquelle il fit inviter toutes les jeunes filles du pays, pour que son fils choisît parmi elles une fiancée. Ce jour-là, les sœurs de Gendrillon passèrent de longues heures à leur toilette. La douce Gendrillon les aida elle-même à s'habiller et de ses mains délicates natta leurs cheveux. Elle avait envie aussi, la pauvrette, de voir ce bal du roi dont on parlait tant. Mais personne ne songeait à l'y conduire, et quand elle se hasarda à exprimer son désir, on se moqua impitoyablement d'elle; on lui demanda comment elle oserait se présenter dans le palais du roi , n'ayant qu'une vieille robe grise, et point de souliers. Sa belle-mère prit une terrine pleine de lentilles, et les jetant dans les cendres :
« Tiens, lui dit-elle, si dans deux heures tu peux retrouver et ramasser toutes ces lentilles, nous t'emmènerons avec nous au bal. »
Gendrillon s'en alla au jardin, et invoqua le secours de son ami l'oiseau du coudrier et celui des autres oiseaux du voisinage. Aussitôt ils accoururent en battant des ailes et se mirent à l'œuvre, et en un instant ils avaient très-proprement tout remis dans la terrine
Sa belle-mère, furieuse de voir cette tâche difficile si vite accomplie, versa dans les cendres deux terrines de millet et ordonna à sa belle-fille de recueillir en deux heures tous ces grains menus. Les oiseaux se mireni encore à l'œuvre et l'eurent
bientôt achevée. Mais la méchante belle-mère ne voulait pas tenir sa promesse.
« Comment voulez-vous , dit-elle à Cendrillon, que je vous conduise au palais du roi? Vous êtes trop mal vêtue, et vous avez trop mauvaise façon.»
A ces mots, elle partit avec ses deux tilles couvertes de soie et de dentelles. Cendrillon alla s'asseoir toute triste au pied du coudrier, et elle entendit la voix de son fidèle oiseau qui lui disait :
Ah! cher enfant, dis-moi, Que ferai-je pour toi?
Et Cendrillon répondit :
Si ce que je veux n'est pas mal Je voudrais bien aller au bal.
Aussitôt des rameaux de l'arbre elle vit tomber une robe superbe, des bas tins, des petits souliers en or. Elle s'habilla avec une joie d'enfant et se rendit au bal. Elle était si belle, si belle et si admirablement parée qu'elle émerveillatout le monde. Sa belle-mère et ses sœurs ne la reconnurent pas. Le tils du roi ne dansa qu'avec elle, et lorsqu'elle se retira, il voulait la suivre, mais elle s'enfuit prestement, déposa sous le coudrier ses vêtements qui au même instant disparurent, puis elle alla reprendre sa place habituelle dans les cendres du fo>er.
Quelques jours après, nouveau bal dans le palais
80 l'arbre de no2l.
du roi. Cendrillon y alla, belle comme la première lois, et le prince fut uniquement occupé d'elle toute la soirée. A un troisième bal on la vit encore, mais cette fois, en s'en allant, elle perdit un de ses petits souliers. Le prince le ramassa et fit annoncer par des hérauts au son des trompettes qu'il épouserait la personne qui pourrait mettre
son pied dans cette chaussure extraordinaire, et il partit pour s'en aller de maison en maison chercher ce phénomène.
11 le chercha longtemps sans pouvoir le trouver. Toutes les jeunes filles auxquelles il présentait le petit soulier essayaient en vain d'y faire entrer leur pied. Les deux sœurs de Cendrillon firent aussi vainement le même eflbrt. Le prince leur dit :
o N'avez-vous pas une sœur?
— Oui, répondit la belle -mère, mais nous n'osons vous la présenter ; elle est trop sale.
— Je désire pourtant la voir, » répliqua le prince.
Il fallut obéir. On appela Cendrillon, qui apparut, charmante malgré la grossièreté de ses vêtements, et chaussa sans la moindre difficulté le mignon soulier.
« Ah! s'écria le prince, c'est ma ravissante danseuse. C'est elle que j'épouserai. »
Bientôtles noces furent célébrées pompeusement. Cendrillon se rendit à l'église avec une couronne d'or. Ses sœurs l'accompagnaient avec une monstrueuse pensée de haine et d'envie. L'oiseau du coudrier leur creva les yeux avec son bec. Ainsi elles furent punies de leur méchanceté.