‹ L'arbre de NoëlChapitre 32 sur 43 · TOM POUCE · texte numérisé non relu

TOM POUCE

Conte populaire anglais

Au temps du roi Arthur, un jour, le célèbre enchanteur Merlin étant en voyage s'arrêta fatigué à la porte d'un honnête laboureur et demanda lapermission de s'y reposer. La femme du laboureur l'accueillit très-poliment, lui offrit du lait dans un vase de bois, et du pain sur un plateau en bois.

Tout était propre, bien rangé, en bon ordre dans celte habitation. Mais ceux à qui elle appartenait avaient l'air très-triste. Merlin les interrogea avec bonté, et apprit que leur chagrin était de n'avoir pas d'enfants.

« Hélas! dit la femme en pleurant, je serais la plus heureuse créature de la terre, si seulement j'avais un fils, ne fût-il pas plus grand que le pouce de son père. •

Cette idée d'un garçon pas plus haut que le pouce anima Merlin. Quand il fut de retour dans sa demeure, il envoya chercher la reine des fées, qui était son amie, et la pria d'accomplir le désir de la femme du laboureur.

Ainsi fut fait. En quelques minutes, naquit dans le cottage où l'enchanteur s'était arrêté, un enfant tout petit, tout petit. La reine des fées vint le voir dans son Ut, lui donna le nom de Tom Pouce, et ordonna à quelques fées de lui façonner des vêtements.

D'une feuille de chêne, on lui fit un chapeau; d'une toile d'araignée, sa chemise ; d'un tissu de duvet de chardon son pourpoint et son pantalon ; d'une pelure de pomme, ses bas ; de deux sourcils de sa mère, ses jarretières ; d'une peau de souris, ses souliers.

t; ARBRE DE NOËL.

Tom ne fut jamais plus grand que le pouce de son père qui n'était pas grand, mais malgré sa petite taille il fallait se défier de lui, et sa mère ne le gouvernait pas aisément. Quelquefois il se glissait dans la poche des enfants de son âge et leur dérobait leurs fruits. L'un d'eux l'ayant surpris au moment où il commettait un de ces larcins, le mit pour le punir dans un sachet rempli de noyaux de cerises et le secoua de telle sorte que les noyaux

lui meurtrirent les bras et les jambes. 11 demanda humblement grâce, promettant de ne jamais plus rien dérober.

Quelque temps après, il monta par curiosité sur le bord d'un vase, dans lequel sa mère avait mis avec soin tous les mgrédients nécessaires pour faire un bon mets sucré, autrement dit un pouding. En se penchant pour voir ce qu'il y avait là de jaunes d œufs, de raisins de Corinthe et de fine larine.

il tomba au fond de cette pâte, et tâchant d'en sortir, il se levait sur ses petits pieds, agitait sa tête et ses bras, et faisait de tels soubresauts, que sa mère voyant cette incompréhensible agitation de son pouding, pensa qu'il était ensorcelé et le donna àun charbonnier qui le mit dans son sac. Tom Pouce étant parvenu à se délivrer de la farine qui lui était entrée dans la bouche, se mit à pousser des cris si aigus que le charbonnier épouvanté jeta le pouding dans une haie. Là, enfin, le pauvre Tom Pouce parvint à se dégager de la pâte où il était si malheureusement tombé, et retourna clopin dopant près de sa mère, qui le lava et le mit au lit.

Une autre fois il allait voir traire la vache dans le pré Sa mère craignant que le vent ne l'emportât, pendant qu'elle faisait son opération, l'avait attaché à un chardon. Tout à coup, elle entendit une voix lamentable qui lui criait :

« Mère, mère, à mon secours.

— Où donc es-tu, mon petit Tom, demanda la mère etlrayée.

— Ici, dans le gosier de la vache. »

C'était la vache en effet, qui en prenant d'un coup de dent le chardon, prenait en même temps Tom Pouce. Par bonheur, elle resta un instant la mâchoire ouverte ; le petit Tom profita de l'occasion pour s'élancer par terre ; sa mère le ramassa, le mit dans son tablier, et l'emporta au logis.

Mais, il devait avoir bien d'autres aventures. Un jour qu'il se promenait dans les chamis, un cor-

Le petit Tom profita de l'occasion pour s'élancer par terre (page 290).

beau l'enleva avec un épi et le déposa sur un rocher, d'où il roula dans la mer. Un poisson l'avala.

Un pêcheur ayant pris dans ses filets ce poisson d'une grosseur rare, l'offrit au roi Arthur. Quand on l'éventra, Tom en sortittout vivant. Le roi charmé de voir cet alerte petit bonhomme, le nomma son nain favori, et lui assigna un logement particulier dans son palais. Quand il montait à cheval, souvent il plaçait Tom devant lui sur le pommeau de sa selle. Si la pluie tombait, il le cachait dans sa poche. Une fois, il l'interrogea sur ses parents, et quand il apprit que c'étaient de pauvres gens, il lui dit d'aller les voir et de leur porter autant d'argent qu'il pourrait en porter.

Tom se procura une bourse, ymitunepièce d'orde l'épaisseur à peu près d'une des pièces actuelles de vingt centimes, chargea sur ses épaules cette bourse, qui lui semblait une lourde sacoche, et, toujours marchant, arriva épuisé de fatigue dans son village, avec son sac sur le dos ; il avait pendant deux jours et deux nuits cheminé sans s'arrêter pour traverser un espace d'une demi-lieue. Ses parents furent heureux de le revoir, et bien étonnés de l'énorme pièce d'or qu'il avait apportée, ils le firent asseoir dans une coquille de noix près du feu, et, pendant trois jours, le régalèrent d'une noisette. Cependant il voulait retourner près du roi, mais comme la terre était un peu trem])ée parla pluie, il ne pouvait se mettre en route. Sa mère alors le posa sur la

paume de sa main, et d'un souffle l'envoya dans la cour du roi

De nouveau, il amusaArthur et les chevaliers de la Table ronde par ses espiègleries, et par l'agilité de ses mouvements. Comme il était d'une nature très-belliqueuse, il voulut sexercer au maniement des armes, assister aux joutes et aux tournois. Il s'y fatigua de telle sorte qu'il en fut mortellement malade. La reine des fées ayant pitié de lui, le plaça dans son chariot traîné par une souris ailée, le transporta dans son palais, et l'ayant bien guéri, le renvoya au roi.

Et voilà qu'un jour, Tinnocent Tom est accusé d'avoir empoisonné le cuisinier d'Arthur. Malgré ses protestations il est arrêté, et condamné à mort. En entendant prononcer cette terrible sentence, Tom remarqua un meunier qui se tenait près de lui, la bouche ouverte. Il fait un bond, s'élance et disparaît dans cette bouche. Personne ne savait ce qu'il était devenu. Mais Tom ne pouvait rester tranquille dans le refuge qu'il avait si heureusement trouvé. Il se promenait, montait et descendait dans le gosier du meunier. Le pauvre homme ainsi tourmenté, et ne comprenant rien aux souffrances qu'il endure, envoyé chercher successivement plusieurs médecins. L'un après l'autre, tous lui prescrivent des remèdes inutiles. Au milieu de leur consultation il se met à bâiller. Aussitôt le petit Tom s'élance hors de sa prison et tombe debout sur la table. Le meunier surpris de voir ce petit être qui lui avait

fait si mal, le prend entre ses doigts, etlejelte dans la rivière. Un saumon l'avale. Il sort encore de ce saumon et reparaît devant le roi qui ayant reconnu

l'injustice de la sentence portée contre lui, le reprend à son service, lui donne un titre de noblesse, et le fait habiller mayniiiqucmcnt.

Avec des ailes de papillon, on lui façonne une chemise; avec de la peau de poulet, des bottes; une aiguille de tailleur est son épée, et un rat son cheval de bataille.

Ainsi équipé, il allait à la chasse avec le roi et la noblesse, et chacun s'amusait à le voir galoper et parader. Un matin, comme il chevauchait fièrement sur son rat à travers un village, un chat s'élance sur lui, le jette à bas d'un coup de griffe et saisit le rat pour le dévorer. Mais Tom tirant bravement son épée, met en fuite ce terrible ennemi. La griffe du chat a pourtant déchiré son beau pourpoint et lui a fait une profonde entaille dans la poitrine.

De nouveau la reine des fées le conduit dans son palais, le guérit radicalement, puis d'un souffle le renvoie au roi. Le célèbre Arthur était mort; son successeur Thumstom ne connaissait pas le petit homme.

« Qui es-tu? » lui dit-il, quand il le vit un jour tomber dans son château.

Tom répondit:

« Je suis Tom Pouce ; je viens de la terre des

fées. Au temps du roi Arthur je demeurais ici. Il maimait, il me protégeait. 11 m'anoblit. — Très-bien, répliqua Thumstom. J'aurai aussi

soin de toi. »

11 lui Ht construire ungrand beau palais d'un demipied de hauteur. Illuifitfaire une chaise pour qu'il pût «^'asseoir à la table royale. Jamais Tom n'avuit été si choyé. Mais la laveur des cours n'est

souvent pas de longue durée. Thuir.stom ayant donné à son petit favori un carrosse attelé de six souris blanches, la reine, furieuse de n'avoir pas aussi un nouvel équipage, accusa Tom d'avoir été insolente envers elle, et le roi jura de le punir sans miséricorde. Le faible Tom pour échapper au châtiment qui le menaçait se cacha dans la coquille d'un limaçon, et y resta si longtemps qu'il faillit y mourir dinanilion. Il sortit cnlin de sa sombre cellule et

pour s'éloigner au plus vite du palais où il avait à redouter la colère du roi et la haine implacable de la reine, il se mit sur le dos d'un papillon qui l'emporta dans la campagne. Mais il n'avait ni selle, ni bride, pour gouverner cette monture aérienne. Il ne put longtemps y garder son équilibre et tomba au coin d'un mur. Là, une grosse araignée étendit sur lui ses longues pattes. Il tira son épée pour se défendre. Inutile bravoure. La féroce bête lui distilla dans le corps un poison dont il mourut. Ainsi finit l'histoire du pauvre petit Tom Pouce.

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