‹ L'arbre de NoëlChapitre 8 sur 43 · LES TROIS DONS DE L'ERMITE · texte numérisé non relu

LES TROIS DONS DE L'ERMITE

Conte allemand.

Dans une petite bourgade vivait un honnête tailleur qui avait trois tils. L'aîné s'appelait Georges; le second, Isidore; le troisième, Félix. Tous trois prirent différents métiers, et Tun après l'autre quittèrent la maison paternelle pour s'en aller selon la coutume finir leur apprentissage en travaillant dans divers ateliers. D'abord Georges partit. Il était assez bon menuisier. Mais en vain le long de la route, dans les villes et les bourgs, il demandait de l'ouvrage. Nulle part il ne pouvait en obtenir, et sa petite bourse était bien près de s'épuiser, et il cheminait tristement lorsque tout à coup, au milieu d'une forêt, il vit devant lui un petit homme vieux, de bonne mine, qui lui dit;

« OÙ vas-tu, mon garçon. Tl me semlrte que tu as des chagrins. Peux-tu me les confier?

— Voilà longtemps, répondit Georges, longtemps que je voyage sans pouvoir me procurer du travail. Je n'ai bientôt plus d'argent. C'est là ce qui m'in- (juicte.

— Quel est ton métier?

— Je suis menuisier.

— Ah! s'écria gaiement le vieillard, c'est bien mon affaire. Viens avec moi, je te donnerai de la besogne. Viens, je demeure dans cette forêt. Tu seras content de moi. »

Georges accepta avec empressement cette invitation. Après avoir fait quelques centaines de pas, il arriva en face d'une belle maison entourée d'une ceinture de verts sapins. Le vieillard l'introduisit dans une chambre bien meublée et bien chauffée. Une

bonne petite vieille qui était là assise derrière le poêle, se leva pour aider le jeune artisan à se débarrasser de son sac de voyage. Puis elle apporta sur la table du pain, du vin, des mets appétissants. Le vieillard invita le jeune menuisier à souper et causa amicalement avec lui toute la soirée.

Le lendemain Georges se mit à la besogne. Il était actif et habile. Il aimait sa profession. De plus il désirait complaire au solitaire de la forêt qui lui témoignait beaucoup de bonté, et il se conduisait si sagement qu'on ne pouvait lui faire aucun reproche.

Au bout de quelques mois, le vieillard lui dit :

« Mon brave garçon, je n'ai plus besoin de tes services, et je ne puis payer ton travail avec de l'argent, mais je te ferai un présent qui vaudra mieux pour toi que l'or et l'argent. Prends cette petite table et emporte-la avec toi. Chaque fois que tu lui diras : « Petite table, couvre-toi, » à l'instant même, tu verras apparaître devant toi tout ce ([ui est nécessaire pour faire un bon repas. Et maintenant, adieu. N'oublie pas le vieil ermite de la forêt. »

Georges quitta à regret cette maison où il avait passé de si heureux jours. Cependant il se réjouissait de posséder sa table magique, et il se mit en route pour retourner dans son pays. Pendant son voyage, chaque fois qu'il avait faim, il prononçait les paroles que le vieillard lui avait enseignées. iVussitôt la table se couvrait d'une belle nappe

blanche , et sur cette nappe il voyait apparaître cuillère, fourchette, couteau, pain délicat, vin fortifiant et plusieurs mets exquis. Il ne s'arrêtait dans les auberges que pour y coucher et n'avait à payer que son lit. Un soir, à sa dernière station. il s'était, selon sa coutume, enfermé dans sacham-

^tit

bre pour commander son souper. L'hôte l'observait par le trou de la serrure, et voyant le prodige opéré par le jeune artisan, il résolut d'en user pour sa propre fortune. Le lendemain matin, il prit si bien ses arrangements ({u'il remplaça ia table merveilleuse par une table pareille.

Georges partit, sans se douter de cette trahison, et dès qu'il fut arrivé chez ses parents:

« Ahl s'écria-t-il gaiement, désormais, vous

n'aurez plus besoin de tant travailler, et vous n'aurez plus à craindre la disette. Voici un meuble qui pourvoira à vos besoins. Tenez : regardez. Puis se tournant vers la petite table, il dit : « Petite table, couvre-toi.» Mais en vain; il répéta deux fois, trois fois, vivement, impérieusement ces paroles. La table qu'il avait apportée ne produisait rien.

« Ah ! mon pauvre Georges, si c'est là tout ce que tu as gagné pendant le temps que tu as passé loin de nous, je te plains, et pour réparer le temps perdu, tu feras bien de te mettre ici activement à l'œuvre. »

Georges baissa la tête tout confus. 11 se rappelait bien pourtant les bons repas que sa table lui avait donnés, et il ne pouvait comprendre comment elle était devenue tout à coup stérile.

Cependant son frère Isidore, le meunier, voulut aussi voyager. Il passa par la même forêt, et rencontra le même petit vieillard qui le prit à son service, et l'employa pendant plusieurs mois dans un moulin qu'il venait de construire. Après, il lui dit:

« Tu as très-bien travaillé, et tu as eu une conduite parfaite. Pourtant il faut que je te congédie, car je n'ai plus besoin de tes services, et je ne puis te payer avec de l'argent, mais je te ferai un présent qui vaudra mieux pour toi que des sacs d'argent. Prends cet ânon. Chaque fois que tu lui diras: ce Bon ânon, secoue-toi, » il éternuera et fera tomber à tes pieds des ducats. »

Isidore lit bien vite cet essai. L'ânoii étendit le col, éternua, et de l)eilcs pièces d'or toutes neuves roulèrent par terre.

« Ah! quelle bénédiction, s'écria le jeune meunier en les ramassant; me voilà plus riche avec mon ânon que le seigneur de notre bourgade avec ses châteaux. »

Par malheur, en retournant dans son pays, il s'arrêta dans l'auberge où son frère avait passé la nuit. Il se lit servir là un bon repas, et lorsque l'hôtelier lui présenta la note de sa dépense :

« Attendez un instant, dit Isidore, je vais vous chercher de l'argent. »

Il prit une serviette, s'en alla à l'écurie, étendit la serviette par terre et dit :

« Bon ânon, secoue-toi. »

Le perhde aubergiste l'observait par une fissure de la porte, et le lendemain matin, lorsque le jeune meunier partit, il emmenait bien un ânon, mais ce n'était pas celui que l'ermite de la forêt lui avait donné. Celui-là, le méchant aubergiste l'avait

pris. Isidore, qui ne se doutait point de cette friponnerie, arriva tout joyeux chez ses parents, et leur dit :

t' Désormais, vous n'aurez plus besoin de travailler. Nous sommes riches, prodigieusement riches, regardez. »

Puis, se tournant vers son ânon :

« Mon bon ânon, dit-il, secoue-toi. »

Mais vainement : il répéta plusieurs fois ces paroles. L'ànon n'éternua pas et ne produisit pas la moindre ducat.

Son père lui dit :

« Ah! mon pauvre garçon, si tu n'as que cette chétive bête pour t'enrichir, je te conseille de te remettre au travail pour gagner ta vie. »

Isidore suivit docilement ce conseil.

L'année suivante, Félix, qui avait appris le métier de tourneur, voulut aussi faire son voyage. Il suivit la même route que ses frères, entra dans la même forêt et rencontra le même vieillard, qui l'emmena dans sa maison. Le jeune ouvrier travailla là bravement pendant plusieurs mois. Puis un jour l'ermite lui dit :

1 Tu es un laborieux et honnête garçon; cependant il faut que nous nous quittions ; je n'ai plus besoin de tes services, et je voudrais bien te faire un beau présent. Mais à quoi cela te servira-t-il si tu n'as pas plus d'esprit que tes frères ; ils n'ont pas su garder ce que je leur avais donné. Prends pourtant un sac dans lequel j'ai mis un bâton.

Quand tu en auras besoin, tu n'auras qu'à crier : « A l'œuvre ! le bâton. » Il te défendra, il frappera jusqu'à ce que tu lui dises : « rentre dans le sac. »

Le tourneur remercia très-poliment le généreux ermite, et se mit en marche pour retourner dans la maison paternelle. Chemin faisant, il reconnut l'efticacité de son bâton chaque fois qu'il était harcelé par des gens de mauvaise mine, ou poursuivi par des chiens. Un soir, il arriva dans l'auberge où ses frères avaient été si indignement trahis et volés. Après avoir soupe, il dit à l'hôtelier :

« Je vous confie ce sac, gardez-le-moi en un endroit sûr jusqu'à demain ; mais prenez garde de dire, en y portant la main : A l'œuvre ! le bâton, car vous le verriez agir d'une singulière façon. »

Mais le rapace aubergiste qui avait dérobé la table du menuisier avec lanon du meunier, pensait que ce sac était encore un trésor magique, et voulait s'en emparer. Dès qu'il se trouva seul, il dit : « A l'œuvre ! le bâton ! » Aussitôt, voilà le dur, noueux, massif bâton qui s'élance sur lui et le frappe sur le dos, sur les épaules, à coups redoublés. L'aubergiste veut le fuir et court en gémissant d'un bout de la chambre à l'autre. Le bâton le suit et le frappe encore plus fort.

« Au secours ! » s'écrie le malheureux tout meurtri, et ne pouvant plus endurer son supplice. Le jeune ouvrier s'approche et lui dit :

« Tu n'as que ce que tu mérites ; tu as volé la

(jO L'arbre de xoël.

table d'un de mes frères, l'ânon de l'autre, tu aurais encore volé ce bâton si tu l'avais pu.

— Grâce! grâce! s'écrie le larron tout tremblant, je n'en puis plus, je suis mort. Grâce ! je te rendrai ce que j'ai enlevé à tes frères, mais délivre-moi de cette torture. »

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Ainsi fut fait. Félix remit le bâton dans le sac, prit la table et l'ânon magiques et rentra avec ces trésors dans la maison paternelle. On peut se figurer avec quelle joie il fut reçu. Les trois frères n'avaient plus envie de voyager. Ils restèrent avec leurs parents, et vécurent heureux.

CriANT D'UNE MÈRE PRÈS DU BERCEAU DE SON ENFANT

Poésie finlandaise

J'aime à chanter pour mon enfant; je cherche avec joie 'de douces paroles pour mon petit trésor. Faut-il lui répéter un chant de berceau, ou un chant de bergère que ma mère m'appre nait quand elle m'asseyait devant sa quenouille? Je n'étais pas alors plus haute que son rouet; je n'atteignais pas au genou de mon père.

Mais pourquoi redirais-je les chansons de ma grand'mère ou celles de ma mère? J'en ai moimême composé plusieurs. Sur chaque sentier j'ai trouvé un mot; sur chaque bruyère j'ai pensé à un sujet; j'ai pris mes vers sur chaque branche de la forêt; je les ai recueillis sur chaque buisson.

La gelinotte est belle à voir sur la neige; l'écume de la mer est blanche sur le rivage. Plus

beau est mon petit garçon, plus blanc est mon petit amour.

Le Sommeil est à la porte et demande : N'y a-t-il pas ici un doux enfant au maillot, un joli garçon dans son lit?

Yiens, heureux Sommeil, près de son berceau ; enlace l'enfant, assoupis ses paupières.

Balançons, balançons le petit fruit des champs. Berçons la légère feuille des bois. C'est un enfant que je berce; c'est une couchette que je balance

Mais, hélas! combien celle qui lui a donné le jour sait peu si l'enfant qu'elle berce ainsi sera sa joie dans l'avenir, son soutien dans la vieillesse !

Non, jamais, malheureuse mère, tu n'es sûre d'avoir un soutien dans l'enfant que tu élèves.

Bientôt il sera loin. Il ira ailleurs avec ton espérance. Peut-être la mort s'emparera-t-elle promptement de lui! Peut-être sera-t-il soldat, exposé au tranchant du sabre, au feu du canon! Peut-être deviendra -t-il l'esclave des riches I

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