‹ L'Arc d'UlysseChapitre 11 sur 34 · PROPHÉTIE · texte numérisé non relu

PROPHÉTIE

« Tu mourras par ta mer ! »

Que la mer m'aime, et que j'en meure, mais je veux Autour des îles d'or où chante ma carène, Sous leur croupe luisante attaquer les sirènes, Et pâmer sur leurs seins salés et leurs cheveux.

Gonflé du lait des pis innombrables qui sautent, Je coulerai, inerte, en la profonde mer. Son herbe aromatique et ses filtres amers M'assainiront des lits anciens et de mes fautes.

Par le poison de l'or et l'ongle du désir L'amour n'a jamais fait que tuer ce qu'il aime. Quand "Elle me voudra je mourrai sans blasphème; Je me débattrai bien pour crisper son plaisir.

Que son remords batte du cou sur sa victime, Selon l'us féminin des grands accablements. 11 faut qu'elle s'emporte et pleure rauquement, Et montre aux astres son pauvre amant sur ses cîmes.

Quand l'après de la mort garde à mes molécules Ce grand destin, sied-il de mourir morfondu ? Bon pour qui ne fera qu'un sec et long pendu Dans l'air suave du Seigneur, au crépuscule.

Mais moi j'attends sans peur le beau voyage blanc, Où paravant d'être dissous en perle, ou squale, Je fuirai sur la vague agile et musicale La terre dure où Ton ne sent pas battre un flanc.

La mer me roulera sur son ventre élastique Que fouette, verte ou blanche, ou jaune, sa toison, Et qui, mieux que la terre en ses lentes saisons, N'a pas besoin d'un an pour changer de tunique.

Pour me voir, ses anciens amants, les Noyés blets, D'yeux fondus, dephlegmonsquifontl'orbite en ove, D'une bouche tordue où l'anguille se love, Ocelleront les verrières de ses palais;

Colleront aux hublots du goufre de haineuses Faces d'enfant vénal et bouffi, de mignons Mous et vidés, jaloux du nouveau compagnon Qu'à son tour va mûrir la couche vénéneuse.

Oh ! d'un spasme crever ces flancs répudiés 1 En hurlant régner sa minute inassouvie ! Et vous fouillant-la bouche, et vous lappant la vie, Ces langues de la vague obscène, par milliers !

Enfin calme, couler aux livides prairies Sous des herbes de mille pieds, où mon choc mou Débande de glissants troupeaux, dont un remous Brusque de queue avale un vol blanc d'astéries...

D'avoir vomi tant de désirs paradoxaux

Ne plus sentir son cceur pesant comme une pierre.

Etre une chose si légère, si légère,

Au dos gélatineux des monstres abyssaux.

Ne pas donner du chouan aux faims républicaines De la taupe, de la mouche à viande, et du ver... Loin des hommes sentir qu'à son cadavre vert L'épais cristal fluide est moins lourd que la haine.

LE PHJU{E

La Dame de clarté, le soir, monte à sa tour ; Et devant ses miroirs, folle de ses atours, Aux chambres de cristal se consume d'amour.

En paon qui roue elle étire ses mousselines Lumineuses; l'illusion des crinolines Bouffe, très vaste, autour de sa beauté féline.

Oh ! là-bas, sur la mer, les beaux aventuriers 1... Son œil de feu s'agrippe au flanc des longs courriers : Mais point d'Ulysse qui s'en vienne la prier.

Fenestrière, vers le pilote elle cligne,

Dit : « Je sais les secrets de ta route, et les signes... »

Mais n'éclaire jamais que des fuites insignes.

Sa nocturne douleur dans la flamme se tord ; Et sous la longue et triple flèche qui la mord, Un flot suinte vermeil de ses blessures d'or.

Puis, lasse de brûler pour une mer ingrate, Elle détourne ses antennes délicates, Pas diligent qui glisse, et lumineux éclate.

Sur la colline douce et Le toit endormi On dirait qu'elle vient visiter un ami... Parmi les sables infertiles, et parmi

Les gazons secs, ses pleurs diaphanes jaillissent. L'ivre Ménade tend la coupe d'un calice. L'éphémère jardin doré scintille et glisse.

Mais la terre à son tour se rétracte. La nuit D'une feuille qui tremble au pas muet qui fuit Tressaille, et bat des cils, méchants d'être éblouis.

Dans l'herbe éparse et noire où fuse la flambée, Le brusque serpent d'or alarme un scarabée. Au rayon le Plaisir, las et la bouche bée,

Dit : « Harcèle un jaloux insomnieux et vieil. « Moi, je crains l'huile de tes gouttes de soleil, a Psyché, sur mes genoux écartés et vermeils ».

Sœur lumineuse, aussi j'ai vers les beaux navires Fait des signes. Toujours la nef s'éteint ou vire ; Car la gloire a bouché ses oreilles de cire.

Car les hommes ont peur des sirènes, des fleurs Lourdes comme un secret, et chaudes comme un pleur, Peur du silence illuminé de la douleur.

Et la joaillerie illusoire des rimes,

L'orgueil des lampes d'or qui veillent sur les cimes,

Effarent l'envieux et le pusillanime.

Mais ceux qui croient en toi, Lumière ! en toi, Beauté 1 Dont t'assaille l'extase et dont l'aile a fouetté Tes vitres, en rêvant de l'éternel été,

Quand l'aube aura soufflé la splendide hantise, Le matin balaiera leurs ailes à la brise, Le phalène de gaze avec la plume grise.

10 août jpu, Ver-sur-Mer.

mm

OSCATi JPJLDE DAJSS LJÎ GEOLE DE TiEAWNG

(Ballade).

La haine déchire, Oscar "Wilde,

L'ceilJet deBrummel. Vx solis !

Où sont tes gemmes? où tes Aides ?

Tityre fui d'Amaryllis,

On t'a pris le soleil, les lys...

Ta main — qu'on vantait à Capoue, —

Epluche un vieux câble, et s'y troue,

Mais te tisse un lin enchanté,

Pauvre cœur de riche, où s'avoue

La magnifique humilité.

Monarque des mots, Oscar "Wilde,

Verbe aux fers du Silence, lis

Au mur de Force un nom de Skalde

Qu'hier sacrait Cosmopolis.

Comme aux Maisons-Dieu sur les lits,

C'est ton mal de forçat qu'on cloue.

Lave aux pleurs ton âme des boues.

Sur ce tombeau numéroté Sculpte, aux traits du fier qu'on bafoue, La magnifique humilité.

Souffrir, c'est tout l'Art, Oscar "Wilde.

11 moule ses masques aux plis

Tragiques sur les faces pâles d' ?

Angoisse ; et, s'il lui plaît, élit

Villon, voleur, in vinculis ;

Et tendrement baise à sa joue

Le mau hâle, et — pendu — la moue.

A ses élus la volupté

Des hauts gibets, et sur la roue

La magnifique humilité !

Envoi.

Par dessus le mur écoutez

L'affre des rameaux dévastés,

Comme une vie où le vent froue 1

O douleurs captives, Beauté

D'homme et d'arbre, où la mort dénoue

La magnifique humilité.

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