‹ L'Arc d'UlysseChapitre 25 sur 34 · POUR REFUSER LE BRONZE OFFERT · texte numérisé non relu

POUR REFUSER LE BRONZE OFFERT

Vivant, tu m'ignoras. Et mort, tout nous sépare, Jusqu'à ces mots... gaulois que j'écrivais en grec. Qu'a de commun, Prude et Prudent, qui clos ton bec, Ma truculence obscène avec ton verbe rare?

11 te faut les Bérat pour régner sur le Square, Pas Auvray, à qui je lève mon caudebec. Quant à Bouilhet, s'il glousse aux rives du Robec, Dis à Flaubert que je pisse dans sa guitare.

Pas de bronze pour moi. Corneille pour le sien, — Or je suis plus artiste et plus musicien, — Cent cinquante ans croqua le marmot sans vergogne.

Mais, poésie à part, tu peux laurer ma trogne.

Grave sur un tonneau ce par quoi je fus tien :

« Le Commerce des vins au magnifique ivrogne ».

2 3 février 1912.

PJ{1X ACADÉMIQUE

Ainsi parla Mécènes :

« En vain j'ai transvasé mon savoir du Larousse;

J'ai Terroir et Patois délayés, délayés,

En Contes plus vaseux que le Marais Vernier :

Les Quarante, qui sont Trente-deux, me repoussent.

Pourtant ma prose autant que leur nez sent le mucre. Pourtant j'ai fait briller — chez ceux qui m'ont reçu — Le ton moutarde de mon meilleur pardessus, Et mon crâne libidineux en pain de sucre.

Des jaloux ! Masson craint en moi le garde-note. Dame, j'inventorie aussi. L'Ombre d'AIIais Lui souffla qu'aux hardes du Fétiche j'allais Epingler des item et commenter les bottes.

Fâcheux culte du Droit qui des Lettres m'exile ! — « J'ai le mépris des Lois », m'a dit Jean Richepin. Chez Monsieur Freycinet : « — Que me veut ce robin? « J'ai fait mon testament. Filez, vieux Codicille ».

Du grand Aicard gémit la petite musette : « — Vient-il, cet Ostrogoth du pays des pommiers « Me ravir méchamment ma place de Premier. « De premier dans le rire amusé des gazettes ? ».

Ainsi je n'ai pas eu même une voix. Pas une ! Non, pas même la tienne, oublieux Hanotaux 1 Que je laissais toujours faire quine au loto, Aux parlottes de notre obscurité commune.

Eh bien ! que ma revanche éclate sur le monde, Hameaux du Canton de Bridge-Aldemar compris. Et puisque je n'ai pu distribuer de prix Académiques, bah! je m'en passe, et j'en fonde,

Pour Rimeurs du fer à friser qui font des grâces, Pour le Queux qui réchauffe au four de vieux poisson, Pour le maigre bas bleu, pour le large chausson, Et pour les ouvriers qui n'ont pas fait leurs classes.

Ainsi j'achète un pot de ta gloire, Foloppe, Magnifique potard, hàvrais tel Casimir.

S'en vont jusqu'au croupion les Primaires jouir, La dame-auteur jusqu'en ses trompes de Faloppe.

Vers le mérite lourd je mènerai l'enquête. . Et j'inscrirai la somme au dos du compagnon. C'est mon droit, car j'ai l'œil finaud du maquignon, Mon sûr instinct va droit à la plus grosse bête.

Mais ces lauriers, dont ma tempe demeure nue, Dire que je les paie à des fronts étrangers l Ladre en secret, je rage à me sentir grugé, Et j'approuve tout bas mon gendre qui me hue ! »

A Ï0VÉ MOBLE DAME ÉTJ{AJ\GÈJ{E

La Couronne de Vénus.

Des bourdeaux évadée en la Littérature, De monstrueux morpions t'ont taraudé la pel. Tu fis — j'en jure le conin de Jézabel ! — Largesse de poulains aux camps d'Estramadure.

Puisqu'on t'a recousu le ventre et la nature, Appends en ex-voto le bienfaisant scalpel. Et qu'on dise : « Autrefois, Nymphe au grec Archipel, « Apollo la connut sous le nom de Mercure, »

Pour les ruts douloureux ton squelette allongé Punit son chevaucheur, à chaque ahan, d'un jet ; Et de tes yeux trop mûrs chavirent les opales.

Sur ton front, par le suint des mèches fustigé, — Juste couronne due aux tempes triomphales, — Venus Dolorosa saigne en ces roses pâles.

A IÏN BULGARE

Rimeur insuffisant, du suffisant il tranche,

Et veut péter plus haut que son sac à crotin.

De loin il semble un homme et n'est qu'une catin,

Qui jamais n'emboucha que des flûtes sans anches.

Encore y cherche-t-il l'illusion d'un manche, S'il n'a personne à lui fourgonner l'intestin. Le pus de l'âme afflue aux yeux du cabotin, Qui fait la roue, et pour qu'on lorgne se déhanche.

Plaignez son père, plus cornu qu'un limaçon : Victime d'une garce, hélas ! dans Je garçon 11 espérait un aigle, et retrouve une grue.

Et par la Rousse apprend que ce brave (in petto), Que ce noble Bulgare à fessier hottentot Dispute à sa maman des miches dans la rue.

ifr.'

UTTtT{ATUT{E

Littérature, nom d'une prostituée.

Cantharide du crime. A tous les carrefours Elle vend les poisons du rêve et de l'amour, Saoule le vice, et l'arme, et guette sa ruée.

Puante et chaude de sa dernière suée, Elle dit : « J'ai du feu. Viens \ Je sais plus d'un tour. > La garce change (entends le Livre), et c'est toujours Pareil, de style mol, de viande exténuée.

Pour trois-cinquante on a son âme à fleur de peau, Elle dit son histoire, et montre l'oripeau Qu'elle a volé, qu'elle a truqué dans la brocante.

Au bar, sûr de l'écu, le costaud du Croissant Fait l'article, et d'un œil qu'il veut concupiscent Vante le beau travail pour allumer le pante.

11 avril 1911.

A UN BAGUENAIWJER

Que fait-ii ? L'âne poui- 3e son.

Sans son hôte il compte et canceîle ; Pour vendre cendre, arde étançon ; Ferre les mouches ; aux crécelles Mène pisser poules mancelles ; Pleure d'aise ; rit de chagrin ; Et le eu! sis entre deux selles, Trop il embrasse et mal étreint.

Pisse chaud pour fondre glaçon ; Piège au sel sous la queue oiselles ; Croit vierge étrenner : des bessons Pour Je lolo crient après elle ; Dame il assigne, et qui bosselle Le grand lit ? La bonne ! Qu'au rein II tâte chair, ou aux aisselles :

Trop il embrasse et mal étreint.

ni

Se gratte où n'a pas de cuisson ; Boit l'eau trouble où crut verser l'aie ; Impose deux rênes qui sont D'or au cheval qui a des ailes ; Et le monde rit des ficelles.

Ah ! la gloire ! pour que d'un brin De laurier la tempe étincelle I Trop il embrasse et mal étreint.

Prince errant, il croit d'un refrain Payer le cidre et la bancelle.

Mais qu'il frappe à l'huis, et l'anceîle Au nez du maupiteux le scelle :

Trop il embrasse et mal étreint.

BlîLIOTHKA Otf«vw*ie*

A WJV PROLIXE

Bouts rimes sur le sonnet de Job.

jobard, que l'impuissance atteint,

Dans une ruelle connue

Brûle un très maigre encens, et craint

Que Ninon n'en soit point émue.

EJIe voit sa misère Le mal de Naples s'y Etonnez-vous si de la La belle s'offusque et se

nue :

dépeint î vue plaint...

•« Dieu des vers, reçois ces De petits soins en A ses fins le pauvre n'

soultrances I »

patiences alla ;

Ne vint pas la goutte incroyable.

Mais si l'encre coulait par là,

Quel muids eut fait ie misérable î

Page 1