LA PAVANE
Au souvenir de M. Wilfriâ Chatlemel,
Dans un parc irréel composé par le Nôtre, Sur ces fonds transparents des pastels de Watteau, Et ces gazons roussis où l'Automne se vautre, Une Robe à paniers se pâme, Allegretto ! Que lutine un galant Pourpoint. Le jeu plaît au Bon apôtre.
Mais plus près, adossée aux torses d'Aegipan Dont la gaîne interrompt les rampes à balustres, La troupe de gala des Princesses s'épand. Erof, qui sur ses doigts compte, ô Belles, vos lustres, Fouille d'un œil très fat en vos gorges illustres. Sacripant!
Les Nuques de satin sont aux baisers en butte. Hors des vasques d'onyx un jet d'eau s'effila. L'odeur de bergamote avec les jasmins lutte. Et c'est Rameau qui donne aux violons le la. L'âme de Lulli chante aux hautois et sur la Saquebute.
Quand le Duc pour danser s'avance, quel brocard Ne s'émousse au plastron de sa grâce ancienne? Hors des basques l'dpée en verrouil, avec art 11 tend, sous un flot de vieille valencienne, Ses doigts bleus de saphirs à la patricienne De brocart.
La dame alors fait signe aux pages de la Jupe Qui haussent la grand' queue au rythme du ballet. La danse est grave et lente où sa jampe s'occupe. Le désir fait serment de très humble valet. Quel diadème ! Ophir tremble aux rubis balais De sa buppe.
La vieille France en hauts'talons cambre les reins. Le fin tricorne, aux airs de la flûte traverse Vire et bat les deux temps scandés au tambourin. Cependant qu'une belle aux lèvres peintes, perce Charnellement des yeux le cavalier adverse, Qui l'étreint.
Les Robes de parade à belle aune étalées — Lampas d'orgueil sertis de perles sur le pan — Et la lente Pavane à travers les allées, Ce sont les pas comptés de Monseigneur le Paon, Les gloires que la roue en pierrerie épand, Ocellées.
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DVKAWCHE D'AOUT
L'air qu'ont brutalisé les cloches tout à l'heure, Tombant énormes dans les étroites ruelles, S'assoupit au vol mou des papillons de beurre, Aux calices hochés de visites charnelles.
Odeurs d'été, de parc ancien, de vieille France
Encor pure du sang de Marie-Antoinette ;
Paix du dimanche, où l'on savoure l'innocence
Du ciel, de l'eau, des fleurs, de son cœur, et des bêtes.
Sur les berges sont assises des jeunes filles A regarder couler leur fraîche destinée, Tandis que leurs amants futurs cueillent aux grilles Le capiteux regret de la belle journée.
Assieds-toi sous ce hêtre où j'engrave ton chiffre. Lis-moi Ronsard. Ce bois est sien qui va nous rendre — Pres:ige des vers vifs où roucoulent des fifres — Une ombre altière, au fond palpitante, Cassandre.
Arromanchesk août 1908.
AUX POÈTES DE NQT\MAm>JE
Il n'est bon bec...
Vard, c'est l'archer Gallois. Vrémmc Chante Suresne et Bougival ; "Loriot, Tyr et Salami ne.
Jean Lorrain, alias Duvaî, Ravit Byzance en carnaval.
Paris, pris d'assaut par Lucie, Skalde et guerrière, négocie.
Le pinceau de Beuve est Flamand Bref, partout, fois en Béotie, îl n'est bon bec que de Norman.".
Un cru bourguignon enlumine Certain queux, pinteur sans rival, Du Permisse au Pactole émine Phédre-Crésus. Sur un narval, Moi, je vins du Pôle à cheval.
Courage, or, santé, j'apprécie Sur tous dons la main réussie Qu'incurva Dieu si congrument.
Quand la serre au bec s'associe, Il n'est bon bec que de Normand.
Je le crois, je ne fais pas mine.
J'aime ces biberons du Val De Vire, dont le nom chemine :
Et Gaultier-Garguilîe, et Courval, Cauchois d'amont, Sagiens d'aval.
One ne fut leur suprématie, Luth ou verre en main, obscurcie.
Masse ! Masse ! Gros Saint- Amant.
Quand de pinter il te soucie, Il n'est bon bec que de Normand.
Couplet de rabiot.
Mais un gros seigneur vous domine
L'Editeur. Ce fut Petit- Val,
C'est Lemerre. On meurt de famine
Ou de protêts sans son aval.
Où est le temps de Charlevat,
« Que d'un blanc manger d'ambroisie
« La Muse en secret rassasie ? »
Scarron nous fait, ce conte, il ment.
Le gars rinçait le Malvoisie.
11 n'est bon bec que de Normand.
Envoi .
Prince, s'il sied qu'on te mercie, Ne dis pas bis ! au compliment.
Ou crains à ta bourse autrement Un bis ! qui lui préjudicie :
Préface à placet balbutie, îl n'est bon bec que de Normand.
7{0MDEL
La mort te marque par un signe Comment elle te happera, Par eau, feu, corde, et caetera...
Lis ton destin entre les lignes.
Brisé par ton chant comme un cygne.
Noyé dans ton trou comme un rat, La mort te marque par un signe Comment elle te happera.
Vipère qui glisse en ta vigne?
Escopette dans la Sierra?
Vieux remords qui t'étouffera ?...
D'un ongle fin qui t'égratigne La mort te marque par un signe
VUBJQUJSTE
Aux "Fclits Btrgirei.
L'Ubiquiste, Messieurs, Mesdame?, vous salue. De douze gens j'habite en même temps la peau. Des couleurs de Protée éclate l'oripeau. Et ma forme ondoyante et diverse évolue.
Toute la Compagnie en un seul. Et chacun Peut monter sans façon me toucher sur la scène. En bas, en haut, devant, derrière, je suis UN, Un seul, et cependant cela fait la douzaine.
Je suis l'Epoux, l'Epouse, et l'Enfant, et l'Aïeule,
La Cocotte, l'Anglais, le Soldat, le Bouffon.
Je tiens dans un éclair mille rôles, et seule
La boîte de mon corps n'est pas à double fonds.
Mon visage n'a pas de traits, il a des masques. Je n'ai pas d'âge, pas de sexe, pas d'habit. Je suis fait d'une étoffe et d'une chair fantasques, Qu'un art prodigieux sculpte d'un doigt subit.
Assez de mots. Le Dieu qui de ses mains ar'Ies En mon corps de pantin enferme en raccourci Tous les Pierrots, les Colombincs, et Us tïlMes, Déjà tire sur mes ficelles. Le voici.
v. Qtur
A MADAME GABT{1ELLE T{ÉVAL
Ballade.
« Adieu raisins! ma cuve est pleine.
« J'ai tant écrit! adieu Roman ».
Qui parle ? — La belle Lorraine, Que Normands voudraient de Rouen.
Mais patience ! ce même an, Mirasol, bruissant de proses, Fleurira somptueusement Rosier qui ne veut plus de roses.
Fassent des filles par douzaine Admirer leur jeune maman.
De bachelière ou Sévrienne Tout Paris se voulut l'amant.
Une aura bien de l'agrément, Qui met l'Académie en cause.
C'est que griffe si joliment Rosier qui ne veut plus de roses I
Tant qu'aux Mois féconds bout la veine, Où saigne le flanc véhément Comme une Victoire Thébainc, II faut aux durs enfantements
Offrir un beau corps écumant...
De ta rouge dépouille arrose Autour de toi le sol fumant, Rosier qui ne veut plus de roses.
Envoi.
Princesse au fier renoncement, Croyez vous aux métamorphoses ?
Que fut un calice charmant La lèvre en fleur, et qu'elle ment, Rosier qui ne veut plus de roses?
2j octobre 191 5,
rAJEJVCE B7{ET0JSiNE
Par la coiffe, le corselet, la jupe à fronces, Elle est bretonne, — et sans le voir — garde un troupeau De jars, trop sages pour tourner autour du pot, — Mais qui bavent du jaune aux ifs verts d'un quinconce.
Plus loin d'Armor que sa toilette ne l'annonce, Née à Paris, d'un ouvrier du Grand-Dépôt, Elle servait au bar, du whisky plein la peau. Des gigolos l'ont prise au col, et maint alphonse.
Son petit air Je cruche et son teint campagnard L'ont faite amie — à pot et à rot — d'un grognard Tel que Qualre-vingî-douze en peint sur ses asiettes.
Comme elle est d'une pâte assez tendre, un galant A prendre un avantage, a-t-il mis trop d'élan? — Car une fuite dans la pinte m'inquiète.