PRÉFACE
La découverte des stations de l'âge de la pierre polie en Champagne a eu un retentissement qui nous imposait des obligations vis-à-vis de la science. L'importance de la région préhistorique ne permettait pas de laisser dans l'obscurité des faits qui apportaient des enseignements si nouveaux et inédits. Nous n'avons rien négligé pour appeler l'attention des archéologues sur les observations que nous avons faites en pratiquant des fouilles qui se prolongèrent pendant plusieurs années. Les premiers résultats ont été communiqués partiellement, selon les circonstances, dans les Congrès spéciaux et aux sociétés savantes qui s'occupent particulièrement des études préhistoriques.
Diverses questions ont été traitées sur les premières données; elles furent même l'objet d'assez vives discussions. Pendant que les diverses opinions se produisaient, les découvertes se multipliaient et donnaient souvent avec une incon-
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testable autorité des solutions vainement recherchées naguère. Dans cette situation, il n'était pas possible de publier un travail général sur les stations néolithiques de la vallée du Petit- Morin, puisque les documents s'accumulaient sans cesse, et que les jugements les plus opposés étaient continuellement portés avec une abondance qui créait la confusion. Le temps seul pouvait produire les conditions favorables à une publication importante. Lorsque toutes les grottes furent bien connues, plusieurs points importants examinés avec le soin nécessaire ne laissant plus de prise à une opposition éclairée, il parut alors opportun de publier un travail d'ensemble sur les stations qui avaient été successivement explorées. Ce travail nous fut instamment demandé. Pour répondre aux devoirs qui résultaient de l'attention provoquée parles découvertes, il fallait faire connaître tous les détails intéressants qui avaient été successivement constatés. Une monographie paraissait à la première vue devoir répondre suffisamment aux besoins de la situation. Mais, en suivant cette voie, l'étude de nos monuments préhistoriques ne constituait plus qu'un simple document, mis à la disposition des savants. Les désirs exprimés dans l'opinion demandaient beaucoup plus. Il fallait répondre aux vœux d'un nombre considérable de personnes qui voulaient s'initier à la connaissance de ces temps si reculés, qui avaient puissamment provoqué la curiosité. Nous avons pensé qu'il était avantageux d'adopter un plan qui répondît à la curiosité du grand nombre, sans préjudicier aux intérêts des classes savantes, qui recherchent principalement les nouvelles perspectives favorables au développement des études. La forme que nous avons adoptée nous paraît répondre au but qu'il fallait atteindre, Les savants trouveront tous les renseignements qu'ils peuvent souhaiter, et ceux qui ont le désir de s'éclairer auront à leur disposition un ouvrage vulgarisateur qui les guidera utilement.
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Si nous avions publié notre étude sur les stations de la pierre polie isolément, le plus grand nombre de nos lecteurs se trouvant en présence d'une période détachée, cette question se serait alors inévitablement présentée à leur esprit : Pourquoi désigne-t-on cette époque sous le nom de pierre polie? 11 existe donc un autre âge de la pierre? Nous avons jugé utile de renseigner nos lecteurs de manière à ce qu'ils puissent comprendre la dénomination de la pierre polie et le rang qu'elle occupe dans l'ordre archéologique.
11 serait téméraire de préjuger aujourd'hui ce qu'il adviendra du problème de l'homme à l'époque tertiaire. La question est toujours pendante. Peut-être fera-t-elle quelques pas au Congrès de Lisbonne, puisque de nouveaux documents seront alors mis à l'étude et la question agitée de nouveau. Quoi qu'il en soit, nous avons dû traiter de l'époque tertiaire afin de préciser l'état de la question sur cette période. Les études qui s'y rapportent sont presque toutes disséminées dans des recueils périodiques ou dans des ouvrages en très petit nombre. L'exposé que nous en avons fait peut parfaitement suffire pour se former une idée de la question de l'existence de rhomme à l'époque tertiaire, telle qu'elle se présente aujourd'hui.
L'époque quaternaire, beaucoup plus abondante en produits, représentée dans des proportions incomparables, devait nécessairement avoir sa mention. C'est surtout à son outillage que l'époque de la pierre a emprunté son nom. La civilisation qu'elle rappelle a des rapports avec les temps de la pierre polie. Les instruments de l'époque quaternaire, beaucoup plus nombreux qu'on ne le suppose vulgairement, offrent des types pleins de ressemblance avec les instruments de la pierre polie. Il est donc vrai de dire qu'il y avait une incontestable utilité à donner la notion et les traits principaux des époques qui ont
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précédé les temps néolithiques. Le lecteur ainsi initié saura déterminer le rang qui est occupé par la pierre polie. Il verra que cet âge est un développement perfectionné de la première industrie de la pierre. Les exposés que nous avons faits des époques tertiaire et quaternaire seront donc des guides qui dirigeront le plus grand nombre vers la connaissance de l'époque de la pierre polie. Les savants, de leur côté, trouveront comme dans une mine ouverte les documents nombreux que nous avons consignés sur la période néolithique.
Les grottes ont été l'objet d'une étude aussi détaillée que possible. Cette partie se signale particulièrement à l'attention des archéologues. De nombreuses questions naissent de l'existence même de ces grottes. Le troglodytisme, avec ses mœurs appropriées, n'est plus douteux pour quiconque en connaît les détails. Ce qui est relatif à cette question a été mentionné avec soin, et tout a été scrupuleusement contrôlé. Les paléontologistes trouveront donc ici des renseignements sérieux reposant sur des faits multipliés qui se corroborent mutuellement.
L'existence des sculptures dans les grottes fut la cause de nombreuses discussions; les polémiques qui ont eu lieu contribuèrent à les entourer d'une plus vive lumière. Nous avons cru avantageux de ne faire aucune mention de ces discussions épuisées. Des savants d'une grande notoriété ont promptement fait justice des négations sans autorité qui s'étaient produites sous la plume d'archéologues qui n'avaient jamais pu faire la moindre étude de ces sculptures. M. le D1 Broca a tiré plusieurs déductions savantes de ces sculptures qui sont encore uniques, comme il le disait naguère. Les premières appréciations qui ont été formulées par le Dr Broca autorisaient l'espérance de le voir compléter son jugement- Sa mort sera pour la science une perte dont nous ressentons douloureusement le premier contre-coup.
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Les sépultures, qui sont depuis un certain temps la matière de travaux intéressants, présentent des aspects peu connus que nous avons signalés avec de longs développements. Cette partie sera pour les archéologues une source de nombreux renseignements.
Les pièces anatomiques que nous avons conservées avec le plus grand soin n'ont pas encore été assez étudiées pour en tirer toutes les conséquences qu'elles comportent. Nous devons citer notre collection de crânes, et les différentes pièces anatomiques qui proviennent des grottes, afin qu'elles puissent être un jour étudiées comme elles le méritent par les anthropologues.
Toutes les pièces qui se rattachent à la pratique de la trépanation préhistorique ont été préconisées avec des éclaircissements indispensables. La question de la trépanation, encore nouvelle dans le programme des études archéologiques, a déjà une importance évidente. Les documents que nous publions offriront aux savants des ressources précieuses et seront les sujets nécessaires d'un examen attentif pour quiconque voudra se former une opinion éclairée sur la trépanation.
L'emploi des flèches à tranchant transversal a fourni la matière d'un chapitre important. Nous ne connaissons sur cette matière aucun travail dont les données soient aussi abondantes. Les objections relatives à l'usage des flèches à tranchant transversal trouvent leur réponse dans les documents que nous publions. Les archéologues qui ont tenté de les affecter à des emplois différents ne semblent pas avoir connu ces faits concluants que nous avons relevés en si grand nombre.
Les instruments provenant des grottes et l'outillage en os constituent de belles séries enrichies de divers spécimens rares, uniques peut-être. Elles serviront utilement à l'étude des autres stations delà même époque.
Les parures sont l'objet d'un chapitre qui traite d'un