Topinard. L\mrropologie. Paris 1877, p. ï
spéciales, qui se retrouvent encore aujourd'hui chez quelques individus, non pas réunies, mais isolées et d'ailleurs plus ou moins atténuées, étaient normalesdanslarace de Cro-Magnon, qui se distingue parla de toutes les races modernes1. » M. de Quatrefages, de son côté, après des descriptions techniques que nous ne pouvons aborder, termine ainsi : « En somme, chez les hommes de Cro-Magnon, un front bien ouvert, un grand nez étroit et recourbé, devaient compenser ce que la figure pouvait emprunter d'étranger à des yeux probablement petits, à des ma sseters très forts, à des contours un peu en losange. A ces traits, dont le type n'a rien de désagréable et permet une véritable beauté, cette magnifique race joignait une haute stature, des muscles puissants, une constitution atléthique 2. » A ces caractères on reconnaît beaucoup de nos spécimens. La masse des archéologues qui s'inspirent des enseignements si élevés de MM. de Quatrefages et Broca, sans atteindre la hauteur de leur science, éprouvent des impressions analogues aux données scientifiques de ces éminents anthropologues. Il n'est pas rare, en effet, d'entendre exprimer de l'admiration pour la beauté de certains de nos crânes. Il est bien évident que ces représentants de la race de Cro-Magnon ont été reproduits par Vatavisme, cette loi si connue d'une hérédité très éloignée. La dolichocéphalie est évidente dans ces crânes, puisqu'elle est le caractère de la race. Ce n'est pas seulement la ressemblance dans la configuration du squelette qui nous frappe, une autre ressemblance morale n'est pas moins évidente. Les habitudes guerrières, les mœurs du chasseur se trouvent retracées dans un grand nombre de grottes. Nos populations néolithiques, dans une certaine proportion, avaient conservé des caractères qui indiquent leur origine. Les flèches en si grand nombre et les dents des bétes fauves l'attestent suffisamment.
Les os longs conservés en grand nombre accusent, par
1 Broca. Discours d'ouverture du congrès du Havre de l'Association française pour l'avancement des sciences Revue d'anthropohgie. 1878, p. 268. 2. De Quatrefages. L'espèce humaine, p. 234.
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leurs dimensions, des sujets d'une taille élevée et d'une grande vigueur. Les empreintes musculaires sont énergiquement dessinées. Les fémurs à contreforts se retrouvent fréquemment, ainsi que les tibias platycnémiques. En un mot, les caractères de la souche, indiqués par M. Broca, sont faciles à discerner. Nous nous bornons à ces indications fort sommaires, qui suffisent pour faire connaître les éléments dans nos collections et propres à faciliter l'étude des intéressantes questions auxquelles ils se rapportent.
L'existence du type du Cro-Magnon n'est pas exclusivement propre à nos stations néolithiques champenoises; il a été retrouvé dans de larges proportions dans la grotte de l'Homme- Mort.
Le type isolé de la Truchère (bords de la Seille, près de Lyon) existe aussi dans nos stations. Un spécimen unique, déterminé jusqu'à ce moment, le reproduit fidèlement. « Dans ce type, le crâne et la face sont remarquables par une dysharmonie aussi tranchée que dans la tête de Cro-Magnon ; mais le désacord est inverse. Ici c'est le crâne qui est large et court, tandis que la face s'allonge. Le premier, vu de face, présente un aspect pentagonal très marqué. Tous les os en so'it développés dans le sens transversal, à l'exception de la moitié inférieure du coronal, qui se rétrécit brusquement pour former un front assez étroit. L'ensemble de la face est relativement petit et étroit. Le nez est très grand et long; les pommettes massives peu marquées, et la mâchoire supérieure est légèrement prognathe \ » Nous faisons la mention de ce crâne à cause de la rareté des échantillons de cette espèce.
La race de Grenelle apparaît également, et il est facile d'en voir les éléments dans ces ossements de dimensions réduites qui tranchent avec les grandes statures qui ne manquent jamais d'attirer l'attention, a Dans la race de Grenelle, la glabelle très prononcée et des arcs sourcillers fortement renflés impriment une direction légèrement oblique à la base du front. Mais bientôt la courbe se relève et se développe régulièrement
i De Quitrcfages. Loco citato. p. 250.
sans ressaut ni méplat. Vu de Face, le crâne apparaît comme aussi bien proportionné que de profil. La face s'harmonise avec lui. Les pommettes sont rugueuses et bien accusées ; les fosses canines, hautes, mais peu profondes; les orbites se rapprochent de la forme carrée; les os du nez sont concaves et assez saillants \ »
L'examen de nos collections donne des ossements auxquels s'appliquent parfaitement les descriptions dues à M. de Quatrefages. « Les os des membres et du tronc sont robustes, et les saillies, les dépressions de leur surface, accusent un développement musculaire très prononcé 2. »
Enfin la race de Furfooz est la plus abondamment représentée dans les stations néolithiques de la vallée du Petit- Morin. « Dans ce type, la face est large, et l'indice en est presque le même que celui de la race de Cro-Magnon. Mais, grâce au raccourcissement du crâne, la tête est harmonique, au lieu d'être dysharmonique comme chez les Troglodytes du Périgord. Un nez légèrement concave, mais assez saillant, des fosses canines peu marquées, une mâchoire supérieure presque orthognathe complètent cette face, dont l'ossature entière a quelque chose de sec et de fin 3. » Selon M. le docteur Broca, « les os des membres ne présentent dans leur conformation aucun des caractères si remarquables qui distinguent les hommes de Cro-Magnon. Les fémurs, les tibias, les péronés, les cubitus sont exactement semblables aux nôtres, et la seule particularité qu'il y ait à signaler concerne le degré de fréquence de la perforation olécrânienne de l'humérus. Cette perforation, que l'on a considérée à tort comme un caractère simien, ou au moins comme un caractère d'infériorité, n'a aucune signification hiérarchique ni chez l'homme ni chez les singes » 4. Les perforations de la fosse olîcrânienne de l'humérus, fréquentes dans cette race, sont très nombreuses dans nos collections. Il y a donc lieu de croire que les habi-