II
« De l'examen de ce tableau nous tirons les conclusions suivantes :
« i° La hauteur totale (mesure n° 1), exprimée en millim., est en moyenne de 413; le maximum, 450'11"1, n'est atteint que par un seul fémur, et deux seulement sont de 445 . Le minimum représenté par deux pièces est égal à 3 83'"'".
« 2U La hauteur de la partie la plus élevée du grand trochanter au-dessus du plan horizontal est en moyenne de 95 p. °/0 de la hauteur totale de l'os, son maximum de 96, son minimum de 94 p. °/0. Cette moyenne est donc très accusée, et la valeur de cette mesure ne subit presque pas d'oscillations.
« 30 Le degré de courbure de l'os, ou, pour parler plus correctement, la distance maxima de la face antérieure au plan sur lequel l'os repose s'est trouvée en moyenne de 52 millimètres, au maximum de 58, au minimum de 46. Sa valeur est difficile à interpréter, vu l'influence de la saillie des condyles et d'autres causes qui ne permettent pas de soumettre au calcul la courbure du corps de l'os avec cette mesure pour base.
« 40 Nous avons dit plus haut ce que nous appelions branche oblique, en ajoutant qu'on en déterminait la longueur avec la glissière, dont les branches s'appuient aux deux extrémités de Taxe du col, c'est-à-dire sur la tète fémorale d'un côté, sur le point du bord externe de l'os que rencontre cet axe prolongé d'autre part. Sa valeur dépend à la fois du diamètre de la tête; de la longueur du col et de l'épaisseur de l'extrémité supérieure du corps ; elle est la résultante de conditions qui varient d'une manière très irrégulière en apparence. Ici elle est de 25 au maximum, de 22 en forte moyenne, de 20 au minimum (par rapport à la hauteur totale — 100).
« 50 De même l'épaisseur du col, sa hauteur moyenne (prise perpendiculairement à l'axe), ne paraissent pas varier suivant une loi. La moyenne de Fépaisseur = 22 mill. et celle de la hauteur — 32 mill.
« 6° Le diamètre de la tête articulaire présente en moyenne 42 mill. Sa plus grande valeur proportionnelle apj)artientà l'os le plus long (445mm); il manque la tête du n° 17 qui a 45om"1); sa valeur la plus petite appartient à un os qui n'a que 3 9 51Tlt|. On peut en conclure que c'est l'os absolument le plus long qui possède la tête relativement la plus grosse.
« 70 Le degré de saillie de la ligne âpre, en moyenne de 2 8/10, par rapport à l'échelle numérotée de o à 5, atteint 4 1/2 sur un fémur de 421"1, trois seulement sur le plus long de 4^0
millimètres, et le minimum 2 pour un os de 445 millimètres. Il s'ensuit que le degré relatif de saillie de la ligne âpre est hors de rapport avec la dimension absolue des fémurs de Baye, et que les plus petits d'entre eux ne sont pas ceux qui présentent les lignes d'insertions musculaires les moins prononcées. Or, si les plus petits fémurs sont, comme on s'y attend a priori, des fémurs de femme, on pourrait en déduire que la femme de l'époque de Baye (pierre polie) était aussi bien et quelquefois mieux partagée que l'homme sous le rapport du développement musculaire, dont la vigueur se trahit par la saillie des lignes d'insertion; on en conclurait aussi qu'il faut renoncer à diagnostiquer le sexe d'après ce seul caractère. On verra plus loin si ces visées se trouvent justes.
«8° L'indice de section du corps, enmoyenne de 97, atteint jusqu'aux 123 centièmes, et plusieurs des fémurs de la série (n° 3, 9, 11, 12, 13, 15, 19) offrent un indice de 100 et plus. On comparera ces forts indices avec la valeur correspondante de la saillie de la ligne âpre. Nous y reviendrons plus bas.
« 90 L'extrémité inférieure, pour laquelle deux mesures sont à prendre, la largeur de distance des points saillants d'une tubérosité condylienne à l'autre, et le diamètre maximum antéropostérieur du condyle externe, possède des dimensions qui varient sensiblement dans le même sens. La première mesure moyenne équivaut à 17 p. %, la seconde à 14. Ces proportions restent sensiblement les mêmes. Mais, tandis que sur l'os le plus long (450 millimètres), la largeur de l'extrémité inférieure est de 17 p. °/0 seulement, le maximum 20 p. °/0 appartient à un os de 387 millimètres seulement; cependant le maximum absolu (86 millimètres) se trouve sur un fémur de 445 millimètres, quoique les 78 centimètres de l'os de 450 millimètres de long soient dépassés par la longueur absolue de celui de 387 millimètres (79). Autrement dit, il n'y a là en jeu que des dispositions absolument individuelles, sans trace d'influence dans un sens déterminé.
« io° — Angle. — L'angle de la diaphyse avec la verticale a pour amplitude moyenne 11, 18 et 8 degrés étant les extrêmes.
« L'angle cervico-diaphysaire mesure un arc moyen de 1290, les extrêmes sont de 1210 et 1400.
« 11 en résulte que le rapport moyen, entre l'angle que la diaphyse fait avec la verticale et l'angle cervico-diaphysaire, est égal à 8 1/2. Nous nommerons ce rapport indice angulaire.
« L'étude des chiffres nous fournit encore d'autres résultats intéressants. Le plus petit angle que fasse la diaphyse avec la verticale appartient aux fémurs absolument les plus longs, la réciproque est sensiblement vraie.
« Le plus grand angle cervico-diaphysaire appartient à un os d'une longueur relativement petite (413 millimètres).
u D'autre part, aux angles diaphysaires les plus petits correspondent sensiblement les plus petits angles cervicodiaphysaires (il est pourtant une exception bizarre : le minimum des premiers, de 8°, correspond tout juste au maximum des seconds, 1400). Malgré quelques exceptions peu nombreuses, on peut arriver à dire que les fémurs les plus petits sont ceux sur lesquels l'angle cervico-diaphysaire est le plus ample, et où le rapport des deux angles a le plus de valeur (14 pour 100 au maximum pour le fémur n° 11, long de 411 millimètres), le fémur n° 17 (450 millimètres) a des angles dont le plus petit ne mesure que la 7 1/2 p. °/0 de l'autre. Et toutefois, dans les deux catégories ainsi établies, les grandeurs des deux angles, malgré les différences que nous venons de signaler, paraissent augmenter et diminuer ensemble (i8°pour 1300, i6°pour 13$°, io° pour 129% 8° pour 1250). Il en ressortirait que, d'une manière générale, si l'examen des autres séries fournissait les mêmes résultats, plus le fémur se rapprocherait de la direction verticale, et plus le coude que font ses deux parties, col et corps, s'effacerait ; en un mot, la direction de l'os tiendrait à devenir absolument verticale et le col disparaîtrait en partie.
« Que nous donnera le calcul proportionnel appliqué aux autres séries? Nous montrera-t-il l'exagération ou l'effacement de l'obliquité et partant de l'angle cervico-diaphysaire dans les âges suivants? Y aurait- il là un caractère de perfectionnement?
« Quoi qu'il en soit, l'étude des mêmes parties chez les
singes (gorilles), faite par notre collègue et ami M. le docteur Topinard , paraît montrer la confirmation de ce que nous n'osons encore appeler une règle.
a Il y a plus. La coïncidence que l'on remarque entre la moindre amplitude des angles et la valeur plus grande des dimensions totales absolues, et le rapport inverse existant pour les fémurs de moindre hauteur totale, ne fait que confirmer ce qui est banal et d'observation vulgaire, c'est-à-dire que le sexe féminin qui, en définitive, peut revendiquer les os les plus petits, se caractérise par des angles plus forts, par plus d'obliquité. Cette obliquité, soumise à des mensurations très précises et dont les moyennes maxima et minima seraient déterminées, formerait un élément de diagnostic sûr pour le sexe. Il y a lieu d'appeler l'attention sur cet autre fait, qu'en outre des dimensions absolues variant ainsi dans le sexe féminin, le plus petit des angles est proportionnellement à l'angle cervico-diaphysaire plus grand que chez l'homme1. »
1. Dr KuhfT. Note sur quelques fémurs préhistoriques, Revue d'anthropologie. 1875, p. 130.
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uelques années seulement se sont écoulées depuis le moment où la question de la perforation des crânes et du travail des os crâniens a été introduite dans le programme des études préhistoriques. Cependant elle occupe maintenant un rang- distingué, malgré l'opposition manifeste dont elle a été l'objet dans le début. Les premières observations soumises à la discussion des anthropologistes et des archéologues ont amené des résultats d'une plus grande mportance. Les recherches intéressantes provoquées par la découverte des rondelles crâniennes, des crânes perforés et de fragments crâniens, ont été suivies de la constatation de nouveaux faits.
M. le Dr Prunières avait le premier saisi le monde savant de plusieurs pièces crâniennes provenant des dolmens de la Lozère , qu'il continue d'explorer avec un succès toujours croissant. Ces premiers essais d'interprétation, inspirés par une
2i4 LA TRÉPANATION PRÉHISTORIQUE.
science heureusement appliquée, ont été, dans la suite, l'origine des belles théories de M. Broca, qui a pour ainsi dire créé la question de la trépanation. Il lui a en effet imprimé un cachet de supériorité et d'intérêt qui a provoqué l'admiration de tous les hommes compétents. Les éléments livrés à son appréciation ne pouvaient être interprétés avec plus de science et de méthode.
Les grottes néolithiques découvertes dans la vallée du Petit- Morin ont, comme les dolmens de la Lozère, pareillement donné des crânes perforés, des rondelles crâniennes, des amulettes détachées du crâne humain. Ces diverses pièces sont rangées dans les vitrines du Musée de Baye depuis l'année 1872.
Les faits du même genre, étudiés et communiqués par M. le général Faidherbe, ont aussi révélé à la connaissance des archéologues l'existence des crânes qui avaient subi des pertes de substance. Le moulage d'un de ces crânes provenant des dolmens de Roknia (Algérie) constitue avec les différentes pièces trouvées dans la Lozère et la Marne un premier fond de documents précieux que M. le Dr Broca a brillamment exploité, nous l'avons déjà dit.
Un crâne ayant subi des pertes de substance a aussi, dans d'autres régions, attiré l'attention des savants étrangers; il provient de l'allée couverte de Borreby (Danemark). Ce fait, encore inédit, étend considérablement le champ des observations propres à démontrer l'existence d'une coutume qui aurait été très répandue à l'époque néolithique. M. Engelhardt, dans une note particulière, m'a gracieusement transmis les renseignements suivants, qui paraissent mettre sur la voie d'un même fait : « Après avoir réfléchi, dit-il dans une note particulière, aux trépanations et aux perforations que vous avez eu la complaisance de me faire voir dans votre intéressant musée, et après avoir examiné notre série de crânes attribués à l'âge de la pierre, je ne trouve là rien de correspondant. Il y a cependant dans un crâne provenant d'un dolmen à Nœs (île de Falster), qui contenait des antiquités de la pierre, un trou oblong de ^ millimètres de longueur sur 44 millimètres de largeur. Ce n'est pas une trépanation, mais une blessure, et
LA TREPANATION PREHISTORIQUE. 215
l'homme y a survécu. Toute la tête s'est trouvée dans un état maladif. »
En examinant les contours de cette perforation, dont M. Engelhardt nous a obligeamment envoyé le dessin, il est impossible, en voyant la régularité des bords, d'attribuer la perte de substance à une blessure. Il est en effet difficile d'admettre qu'une hache de pierre ait pu être maniée avec assez de force et dans les conditions requises pour enlever une portion du crâne avec une netteté si complète. Nous savons tout le prix que l'on peut attacher à l'opinion d'un homme aussi distingué que M. Engelhardt, mais n'aurait-il pas éprouvé d'abord l'impression subie par d'autres savants illustres, qui abandonnèrent ensuite l'idée de voir dans certaines perforations le résultat d'une blessure pour reconnaître une trépanation? Cet état maladif général du crâne favorise singulièrement l'hypothèse d'une trépanation chirurgicale, motivée par une affection pathologique de la table crânienne. Nous ne pensons pas nous tromper en affirmant que les perforations traumatiques n'ont pas ordinairement pour effet d'affecter tous les tissus osseux du crâne.
Si on excepte une communication de M. Schaafîhausen, signalant un morceau de crâne humain, ovale et arrondi artificiellement avec un trou de suspension, on ne connaît point d'autres faits constatés dans les pays étrangers à la France. Du reste, cette pièce crânienne provient d'un tumulus de Thuringe, appartenant à l'âge du bronze1. M. Montelius a cependant mentionné un fragment de crâne trouvé par lui et M. Retzius2. Ce crâne, provenant de Karleby en Vestergotlande, est celui d'un adulte. Les bords de l'ouverture ne sont pas en biseau, mais droits. La sépulture qui le contenait appartenait à la transition de l'âge de la pierre à l'époque du bronze. Nous ne possédons point d'autres renseignements sur cette pièce, encore unique en son genre dans la Suède. Il semble important de citer ces faits, car ils sont pour le moment fort rares en dehors de la France.
1 Congrès intern. d'anthrop. et d'archéol. préhistoriques de Budapest; p. 193. 2. Idem, p. 195.
2i6 L\ TREPANATION PREHISTORIQUE.
Enfin des constatations faites chez certains insulaires de la mer du Sud, établissent que la trépanation est encore en usag-e de nos jours parmi ces peuples sauvages. Us pratiquent cette opération comme moyen thérapeutique dans le traitement de quelques affections particulières.
Le Dr A. Boulong-ne, dans un ouvrage ayant pour titre Le Monténégro, le paj's et les habitants, parle longuement d'une habitude des Monténégrins, qui se font trépaner par des rebouteurs du pays pour le moindre motif, sans avoir reçu de blessure ni fait de chute, simplement pour des maux de tète. Il cite même les exemples nombreux d'individus qui se sont fait trépaner sept ou huit fois, sans inconvénient pour leur santé.
Des traces incontestables de cette étonnante pratique ont été remarquées itérativement sur divers points du globe ; elles concourent puissamment à la même démonstration et, quel que soit leur degré de signification, elles donnent un évident caractère de vraisemblance aux trépanations préhistoriques.
La question est donc introduite, elle fait partie du domaine des études préhistoriques. Des faits nouveaux surg-iront, il n'en faut pas douter. Ils jetteront incontestablement une nouvelle lumière sur le sujet, mais l'intérêt ne fera que s'accroître.
Nous publiions ces lignes en 1876. Depuis cette époque, un savant illustre, M. Wirchow, en a pu dire : « Nous avons g-agné un nouveau terrain à la science '.» Enfin, au moment où nous écrivons, on s'entretient beaucoup dans le monde savant, d'une importante découverte de l'âge de la pierre polie, faite par M. Dupont, directeur du Musée royal de Bruxelles. Parmi les intéressants documents contenus dans les grottes découvertes, on signale des rondelles crâniennes. Les renseignements nous manquent, mais les fragments crâniens supposent des crânes
trépanés.
Les Bulletins de la Société d'antropologie de Paris ont publié les nombreuses démonstrations de M. le Dr Broca. La question de la trépanation a ensuite été traitée d'une manière plus étendue, avec un éclat remarquable et un succès trans-