‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 97 sur 131 · HOUES · texte numérisé non relu

HOUES

Les instruments en os ou en corne qui offrent les plus grandes dimensions sont les houes. Au premier aspect ces outils ressemblent beaucoup aux gaines de hache. Comme ces dernières, elles sont faites en cornes de cerf plus ou moins façonnées (fig. 46). La longueur ordinaire et normale des houes ne saurait être indiquée d'une manière absolue, puisque par l'usage elle subissait quotidiennement des oblitérations qui en modifiaient les dimensions. Les plus longues, provenant de nos stations de la Marne, mesurent 20, 21, 23 et 24 centimètres. Nous en avons trouvé un exemplaire qui mesure seulement 10 centimètres. Si on en juge par la grosseur, cette dernière était susceptible d'un plus long développement; ce n'est probablement que par suite d'un usage prolongé qu'elle a été ainsi réduite.

L'instrument désigné sous le nom de houe, dont nous nous occupons, est formé d'une corne de cerf choisie aussi droite que possible; la corne était conservée dans son état naturel. Les parties polies paraissent avoir été régularisées par des frottements réitérés résultant de l'emploi. L'extrémité qui était disposée pour le travail est taillée en biseau plus ou moins régulier. La perforation destinée à recevoir le manche est pratiquée vers l'extrémité de l'outil, c'est-à-dire vers sa base. Cette disposition était adoptée dans le double but d'assurer une plus grande longueur de corne pour l'usage et aussi pour obtenir une plus grande solidité, puisque les nodosités de la partie inférieure de la corne étaient conservées. Une perforation établie au milieu de la corne n'aurait point présenté la même solidité, et se serait inévitablement ouverte sous l'influence des chocs produits dans le travail La solidité de l'œil destiné à recevoir le manche paraît avoir été particulièrement

recherchée, car dans plusieurs échantillons on voit que la perforation a été pratiquée au milieu de protubérances qui for-

Fig 46.

maient ainsi une sorte de douille solide et très-résistante. L'ouverture destinée au manche est ordinairement de forme allongée. La dimension de cette ouverture permettait toujours

d'introduire un manche proportionné à la force de l'instrument. Le manche était naturellement en bois. Nous n'avons aucune donnée jusqu'à présent qui autorise à en déterminer la longueur. Le manche devait du reste être approprié à la destination de l'outil dont l'usage variait.

Rien ne détermine l'emploi de la houe d'une manière sûre. Le nom qui lui a été donné indique qu'elle aurait été affectée à des travaux agricoles. D'autres faits et des comparaisons ethnographiques sont favorables à cette destination. M. Nilsson dit : « 11 est peu constaté que ces houes aient servi à des travaux agricoles quelconques. L'on concédera toutefois que si, comme il paraît probable, l'agriculture a commencé par l'incendie des forêts, suivie du semis dans la cendre de graines de navets, etc.,... ces houes étaient parfaitement appropriées à cette culture l. »

La houe a été retrouvée dans plusieurs pays, en Suède2, en Autriche dans les tourbières et les cités lacustres3, en Danemark dans les Kôkkenmôddings de Meilgaard4.

M. Evans mentionne également l'usage de plusieurs ustensiles en corne de cerf: « J'ai déjà dit qu'on se servait des bois de cerf pour en faire des pics et des douilles pour les hachettes en pierre. Parfois aussi on aiguisa le bois de cerf et on l'employa en guise de hache ou de houe. On trouve des haches en bois de cerf dans diverses parties du continent. Ces haches ne sont pas rares en Scandinavie, sauf toutefois celles sur lesquelles on a gravé des cercles et autres figures en guise d'ornements. Le musée de Stockholm possède une erminette de cette nature, sur laquelle est gravée l'image très ressemblante d'un cerf. On a trouvé une hache faite avec l'ulna d'une baleine. Lindeschmidt a gravé plusieurs haches en corne provenant principalement du Hanovre. On en trouve aussi en

i. Nilsson, /w Habitants primitifs de la Scandinavie^ p. ioo etpl. VIII, fig. 170 et 171.

2. Montelius, Antiquités suédoises, Stockholm, 1875, p. 11, fig. 43.

3. Wurmbrand, Ergebnise der Pfahlbau-Untersuchungen. Tafel III. — Pfahlbauten. — Funde.

4. Madsen, Antiquités préhistoriques du Danemark, pi. III. — Congrès intern. de Copenhague, pi. XIV, fig. 6 et 7.

France1. » Ces différents types se retrouvent dans les grottes que nous avons explorées ; toutefois les instruments ne portent aucune figure.

Ces instruments, dont nous parlons présentement, ne sont pas toujours classés d'une manière certaine par les archéologues, parce que leurs gisements ne réunissaient pas toujours les conditions nécessaires pour exclure le doute. Nous les avons trouvés exclusivement dans les cavernes de la vallée du Petit-Morin. Ils étaient même relativement rares, mais cependant en nombre assez considérable pour prendre naturellement place dans l'outillage de la pierre polie. Une seule grotte de la station des Ronces à Villevenard en contenait quatre. Trois autres en bon état de conservation proviennent de différentes stations. Certaines grottes ont donné des fragments de houes, mais le temps avait tellement altéré ces restes qu'ils étaient complètement frustes. L'outillage en os ou en corne ne résiste pas à l'action destructive du temps comme les silex travaillés. De là vient la rareté des instruments en os. C'est aux conditions exceptionnellement avantageuses de quelques grottes que nous devons la conservation des objets qui figurent dans nos collections.

Page 1