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CONCLUSION

Il faut essayer de résumer, en un tableau d'ensemble, les résultats auxquels on est parvenu.

L'isolement de la Nouvelle-Calédonie retentit sur sa situation économique. Tout ce qu'elle fait venir du dehors lui coûtant fort cher, elle doit s'efforcer de se suffire à elle-même, et elle le peut, par la variété grande des produits de son sol et de son sous-sol. Elle ne peut exporter que des produits d'une certaine valeur et autant que possible des produits spéciaux et originaux, qu'on ne puisse demander à des colonies françaises plus vastes et plus rapprochées. Ces produits, elle les possède dans le nickel, le cobalt, le chrome et les autres richesses de ses mines. Elle aurait tort de chercher à produire pour l'exportation du maïs et du bétail, à plus forte raison de la houille ou du blé. Comme en outre, malgré sa pauvreté relative, elle offre ou devrait offrir plus de ressources que les petits archipels du Pacifique, elle doit servir d'entrepôt d'importation et d'exportation pour une grande partie de cet Océan.

Mal appropriée à la vie sauvage, la Calédonie se prête à la vie civilisée. De nos jours, le commerce va chercher les produits utiles en quelque lieu du globe qu'ils se trouvent, et les moyens de communication actuels font cesser l'isolement. Qu'on songe à ce que pouvait être la Calédonie au temps de la marine à voiles, alors qu'elle risquait presque de mourir de faim, et à ce qu'elle est maintenant, reliée télégraphiquement au reste du monde, placée à 35 jours de la métropole, à peu près le temps qu'on mettait il y a quelques siècles pour aller de Bretagne • en Provence.

Il est sans exemple que la race blanche n'ait pas fini par peupler une colonie où elle peut vivre, se reproduire, travailler et trouver des ressources. Les procédés employés pour remédier à la pénurie de maind'œuvre, importations d'Hébridais ou d'Indo-Chinois, ne seront jamais que des expédients précaires. Ces expédients ne doivent pas être supprimés brusquement ni radicalement. Mais l'immigration française libre doit les rendre peu à peu inutiles.

Quelle fortune peut-on promettre à ces immigrants? Rien de semblable à ce que font miroiter à leurs yeux les prospectus trompeurs des

agences qui les attirent vers d'autres contrées, mais une honnête aisance acquise par le travail. Les grandes exploitations rurales sont impossibles et funestes : la Calédonie, par son relief, par la nature de son sol, est appelée à devenir un pays de petits propriétaires. Une sorte d'Auvergne ou de Bretagne d'au delà des mers, à population assez dense, combinant la pêche et la culture, voilà ce que doit être la Nouvelle-Calédonie. Les grands capitaux et les grands entrepreneurs se consacreront à des entreprises minières. Mais si l'on se bornait à ce genre d'exploitations, mises en œuvre par des capitaux australiens, avec des bras de forçats, de Néo- Hébridais ou d'Annamites, la France pourrait quitter demain la colonie sans y laisser trace de son passage. Si telle est malheureusement la destinée des régions où le blanc ne peut s'acclimater, telle n'est pas celle de la Nouvelle-Calédonie.

Qu'on ne dise pas qu'une pareille entreprise est au-dessus de nos forces, et que « le Français n'émigre pas ». D'abord il est prouvé qu'il émigré. En admettant que, dans l'état actuel et avec ses habitudes actuelles (qu'il ne faut qu'un peu de temps pour modifier), la France ne puisse peupler de grands territoires, la Calédonie est précisément dans la limite de ses forces et de ses besoins. Une fois l'archipel Canaque peuplé de Français, la question de l'annexion àl'Australiene se poserait plus. La question des Hébrides se résoudrait également d'elle-même, et la Calédonie, préparant, comme quelques colons l'ont déjà essayé, l'annexion politique par l'annexion économique, y essaimerait, y aurait « sa colonie tropicale ».

C'est l'isolement de la Nouvelle-Calédonie qui l'avait fait choisir comme lieu de transportation. Mais la transportation n'a pas rempli son but, qui était de faire des routes et de préparer la venue des colons libres. Nos colonies salubres ne sont pas assez nombreuses pour qu'on en consacre une tout entière à de coûteuses expériences de colonisation pénale. Il est aujourd'hui démontré que la Calédonie peut être plus et mieux qu'un bagne. Il est démontré aussi que la superficie cultivable et habitable est trop peu considérable, l'élément pénal introduit en trop grande abondance, pour que, surtout si cet afflux continuait, on puisse espérer faire coexister la colonisation pénale et la colonisation libre. On avait choisi la Calédonie comme lieu de transportation parce qu'on la regardait comme un pays salubre, improductif et étendu: il n'y a que sur le premier point qu'on ne s'est pas trompé ; sur les deux autres, une étude plus attentive a démontré que l'île Canaque peut devenir une colonie de ressources, et que la superficie utile y est très réduite. L'Éden des forçats doit donc devenir l'Éden des honnêtes gens. La main-d'œuvre pénale doit être exclusivement consacrée: 1° aux travaux publics de la colonie ; 2° aux mines. Puis elle doit disparaître le plus rapidement possible.

Par la colonisation des Hébrides, par l'immigration libre, par la cessation de la transportation, letout se faisant d'ailleurs graduellement et sans secousses, la Nouvelle-Calédonie atteindra son plein développement économique, et aura sa place honorable dans l'ensemble du domaine colonial français.

INDEX ALPHABETIQUE

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